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20 ans de social-démocratie en Europe

dimanche 22 octobre 2017
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France

En 1997, le Parti socialiste français réussissait une alliance de la gauche « plurielle » pour emporter à gauche les législatives anticipées. Si le PS avec 23,5% des voix emportait l’essentiel des sièges de députés de cette alliance électorale – 250 sièges sur un total de 312 à gauche –, il ne représentait à lui seul que la moitié des voix à gauche – 46% des suffrages exprimés.

En 2012, le vote de gauche représentait encore 46%. Mais, avant même l’exercice du pouvoir, elle était divisée, les 7% du Front de Gauche se situant dans l’opposition.

Au cours du quinquennat, le groupe parlementaire SRC passa de 302 députés à moins de 289 et dut, pour retrouver la majorité absolue, diviser le groupe écologiste et absorber 7 de ces anciens membres (dont certains ont depuis rejoint LREM).

En 2017, le Parti Socialiste, isolé, ayant non seulement perdu tous ses alliés dans l’exercice du pouvoir mais également s’étant divisé – son aile droite rejoignant le parti libéral d’Emmanuel Macron –, fait 7,4% des voix aux législatives, derrière La France Insoumise, devenant une composante minoritaire – un gros quart à peine – du total des voix de gauche (25% des suffrages exprimés).

La moitié des électeurs de gauche de 2012 se sont abstenus.

Allemagne

En 1998, le SPD, dirigé par un duo – Schröder, candidat à la chancellerie, et Lafontaine, président du parti –, et annonçant une Coalition avec les Grünen, remporte 41% des voix. Leurs alliés écologistes sont à 6%, la victoire idéologique des sujets propres aux gauches entraîne également un score à plus de 5% du PDS, parti des communistes de l’ex-RDA et à l’époque présent uniquement dans les nouveaux Länder.

La gauche pèse donc alors 52% des voix.

Six mois plus tard, Lafontaine démissionne, ne pouvant mettre en place la relance keynésienne qu’il avait conçu et présenté dans la campagne. À l’époque, Schröder et les Verts, souhaitant baisser le taux d’imposition des plus riches, tentaient d’utiliser des sujets sociétaux pour détourner l’attention des questions économiques et sociales. Cela leur valut dès février 1999 une défaite aux élections régionales du Land de Hesse.

En 2017, le SPD, mené par un aéropage schrödérien (Schulz, Gabriel, Heil, Maschnig, etc.) réalise exactement la moitié du score de 1998 – 20,5%. Le total des gauches est de 39%. Avec les 12,5% de l’extrême-droite, qui est revenue en Allemagne au Bundestag (sous la forme de l’AfD) après 64 ans d’absence, on retrouve les 51% de 1998.

Comparaison franco-allemande

Les deux partis sont donc à la fin d’un cycle, où les « pragmatiques progressistes », qu’ils se définissent, dans un égocentrisme franco-francais très myope de première ou deuxième gauche (voire de rocardiens de droite ou de gauche), ou, dans les ailes allemandes, de Seeheimer et de Netzwerker, les auront menés dans des crises existentielles. Dans les deux cas, l’extrême-droite, qualifiée au second tour de la présidentielle en 2002 comme en 2017 après leur exercice du pouvoir, de retour au Bundestag en 2017, et la gauche radicale, auront progressé.

En France, LFI, le PCF et les trotskystes font ensemble deux fois plus de voix que le PS. En Allemagne, les Linke à presque 10% ont doublé leur score de 1998. Linke et Grünen sont quasiment à égalité avec le SPD. Pire, Linke et AfD font ensemble plus de voix que le SPD.

Pourtant, dans les deux partis, les « pragmatiques progressistes » maintiennent de toute leur force leur pouvoir sur les appareils. Le PS, déjà affaibli, exclut à la pelle les élus issus de son aile gauche. Les représentants des courants Hollando-Fabiuso-strausskahniens espèrent un congrès d’exclusion des « frondeurs qui nous ont empêché de gouverner ». Le SPD veut remplacer des membres des ailes droites par d’autres membres des ailes droites. Le débat est étouffé avant même de commencer.

Et ailleurs ?

Partout où on regarde, les partis social-démocrates, majoritaires en Europe en 1998, montrent le même visage.

Aux Pays-Bas du sinistre Jeroen Djisselbloem, le PvDA social-démocrate est passé de 24 à 5% des voix, loin derrière le Parti socialiste – issu du maoïsme, apparenté dans la Gauche Unitaire Européenne (GUE) avec le Front de Gauche ou les Linke – à 9,5%.

En Grèce, le PASOK est passé de 42% en 2009 à 4,7% en 2015.

En Irlande, le Labour passe de 19,6% en 2011 à … 6,6% en février 2016, moitié moins que Sinn Féin, parti républicain irlandais (favorable à la réunification de l’île), d’orientation socialiste mais apparenté à la GUE.

En Norvège – où les jeunes travaillistes ont perdu plus de 70 des leurs dans un attentat causé par la frénésie meurtrière d’un néofasciste en 2011 –, le parti travailliste passe de 35,4% en 2009 à 27% en 2017, face à une Coalition des droites et de la droite national-populiste, majoritaire depuis 2013.

En Suède, si les social-démocrates du SAP résistent en 2014 avec 31% des suffrages exprimés, c’est dans une alliance des gauches à égalité avec le bloc des droites, et un gouvernement minoritaire, l’extrême-droite étant à 13% – deux fois plus forte qu’en 2010.

Les social-démocrates danois sont passés de 38% en 1998 à 26% en 2015. Là aussi, un parti d’extrême-droite s’est établi sur les décombres électoraux de la social-démocratie.

Dans les pays d’Europe centrale et orientale, le paysage est bien pire

La social-démocratie a eu énormément de mal à s’implanter quand elle ne servait pas les ambitions d’apparatchiks communistes recyclés. Elle ne progresse pas, voire régresse. Cette absence d’appétence n’a pourtant jamais véritablement interrogé le Parti Socialiste Européen (PSE), qui fut incapable de mener une politique consciente et politique de construction. Il n’y a donc pas d’espoir de renouvellement doctrinal ou tactique de ce côté là.

En Pologne, la coalition électorale des gauches est passée de 18% à 7,5% et n’est même plus représentée à la Diète, parlement du pays où la chute du pacte de Varsovie fut initiée par une grève des syndicalistes de Gdansk…

En 2016, en Slovaquie, le SMeR de Robert Fico, malgré une crispation opportuniste sur les réfugiés, s’effondre de 44% à 28%, et, face à une extrême-droite à 17% mais divisée en deux partis, choisit de s’allier …. avec l’un des deux.

En octobre 2017, le parti social-démocrate tchèque vient de passer de 21 à … 7%. Deux partis eurosceptiques et national-populistes, le libéral Babis à 30% et le nationaliste Okamura à 11%, emportent la mise.

En Hongrie, si l’alliance de centre-gauche représente 26% des voix en 2014, c’est loin derrière le Fidesz d’Orban, et talonné par les nationalistes et néofascistes de Jobbik.

En Autriche, le SPÖ qui pesait 38% en 1995, perd le pouvoir en 2017 à 27% – presque à égalité avec l’extrême-droite FPÖ.

En Bulgarie, la coalition de gauche menée par le BSP a réussi à gagner 11 points en 2017 à 26%, mais ne peut empêcher un gouvernement conservateur/extrême-droite. Notons que le BSP de 2017 n’est plus sur la ligne de Sergueï Stanishev (son ancien dirigeant), président du PSE depuis près d’une dizaine d’années, qui a été traduit en commission des conflits pour avoir voté deux fois avec le SPD au Parlement Européen contre les positions officielles du BSP.

Enfin, il y aurait un parti en coalition avec le centre-droit qui pourrait servir de modèle aux « pragmatiques progressistes » français et allemands. C’est le PSD roumain, vainqueur en 2016. Bon courage, vus les scandales à répétition le touchant.

À l’Ouest, du nouveau ?

On aura remarqué que deux partis social-démocrates n’ont pas été évoqués. L’un est au pouvoir au Portugal dans un gouvernement minoritaire, soutenu par un parti communiste très « orthodoxe » et la gauche radicale ; l’autre, le Labour Party de Jeremy Corbyn, a forcé, sur une ligne authentiquement socialiste, les conservateurs, minoritaire, à une alliance chaotique avec l’extrême-droite nord-irlandaise, qui pourrait ne pas tenir très longtemps.

Mais ces deux exemples déplaisent extrêmement aux pragmatiques progressistes.

Mathieu Pouydesseau

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