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Article dans Le Figaro / Flexibilité : l’aile gauche du PS fait de la résistance

mercredi 6 mars 2013

Flexibilité : l’aile gauche du PS fait de la résistance

Par Solenn de Royer Mis à jour

La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, le député Jérôme Guedj et le conseiller régional Emmanuel Maurel étaient présents, mardi, en marge de la manifestation contre l’accord sur la sécurisation de l’emploi.

Ils se sont affichés à la manifestation… sans manifester. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, le député Jérôme Guedj et le conseiller régional Emmanuel Maurel, figures de proue du courant Maintenant la gauche (l’aile gauche du PS) et éternels trublions de la majorité, ont tenu à saluer mardi syndicats et manifestants qui s’opposent à l’accord du 11 janvier sur la sécurisation de l’emploi. Sans pour autant se joindre au cortège mené par la CGT et FO. Le député PS Pascal Cherki est descendu dans la rue, lui aussi.

La présence d’élus socialistes en marge d’une manifestation visant à déboulonner un texte du gouvernement a suscité des remous dans la majorité. Le patron des députés PS, Bruno Le Roux, a sèchement évoqué la question mardi matin sur Europe 1: «Je leur demande de ne pas s’associer à une manifestation contre un texte gouvernemental et je leur demande, quand le texte viendra, de travailler sur le fond et de le voter.»

Las. «Il mène un combat d’arrière-garde!», répond Lienemann, qui rappelle que «98 % des manifestants ont voté pour Hollande au deuxième tour de la présidentielle». «Être aux côtés de ceux qui ont fait notre victoire, c’est la moindre des choses», poursuit l’infatigable sénatrice. «Ce n’était pas une manifestation contre le gouvernement, tente de justifier Guedj. Si on ne peut plus rejoindre les syndicats dans la rue, on fait quoi? On ne va plus aux manifs du 1er Mai?» Les tenants de l’aile gauche du PS n’ont pas l’intention de désarmer, alors que le texte, présenté mercredi en Conseil des ministres, sera débattu en avril à l’Assemblée. Ils jugent l’accord «déséquilibré» (en faveur des patrons), et annonciateur de «régressions sociales». Ils redoutent que les licenciements soient «facilités» et les mutations «imposées de force» aux salariés.

Faire bloc

Ces élus se sont aussi braqués contre la forme. Guedj répète que la démocratie sociale ne pouvant se substituer à la démocratie politique, les parlementaires doivent pouvoir amender le texte, alors que Le Roux a demandé la discipline à ses troupes. Le patron des députés PS a insisté pour que «l’équilibre» du texte soit préservé. Il y va, selon lui, de la «crédibilité» de la méthode gouvernementale. «L’accord du 19 octobre sur les contrats de génération a été signé par tous les syndicats et nous l’avons amendé!, réplique Guedj. Les accords du 11 janvier n’ont pas été signés par tous les partenaires sociaux et on nous dit: vous n’y touchez pas!?»

Parfois agacés par les velléités d’autonomie de l’aile gauche, une centaine de parlementaires PS ont appelé dimanche à faire bloc, dans une tribune publiée par le JDD. S’ils disent ne pas avoir pour autant renoncé à leurs prérogatives de parlementaires, ils ajoutent que ce «pouvoir», c’est d’abord «celui de respecter la voie choisie par les partenaires sociaux en transcrivant dans la loi, sans en modifier l’équilibre, l’accord qu’ils ont conclu».

Le rapporteur du texte, le député Jean-Marc Germain, tente de faire la synthèse. «C’est comme s’il y avait les murs, mais pas encore les portes ni les fenêtres. Avec un même mur, on n’a pas la même maison à la fin», argue-t-il. S’il estime que ce n’est «pas une bonne idée d’aller manifester», Germain n’a pas voulu signer la tribune de ceux qui défendent le texte. «Il y a une inquiétude (des syndicats non signataires et de certains élus PS, NDLR) à prendre au sérieux, note le député des Hauts-de-Seine. Il y a des trous dans les cordages de la raquette ; il faut tenter de les réparer. Le PS doit être le parti de l’ensemble du monde du travail. Notre devoir est donc de réconcilier les positions divergentes. On trouvera une solution qui respecte tout le monde.» Méthode Coué?


 

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice.
Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice. Crédits photo :

Marie-Noëlle Lienemann, la pasionaria

C’est la figure de proue de l’aile gauche au Sénat, où elle n’a de cesse de pourfendre le «social-libéralisme» du gouvernement. À 62 ans, cette ancienne ministre de Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin, aujourd’hui sénatrice de Paris, s’agace de ce que le PS se montre incapable de «garder ses gauches». Dans les années 1990, elle a créé avec Julien Dray la Gauche socialiste. S’il n’en reste qu’une, ce sera elle…


 

Jérôme Guedj, député.
Jérôme Guedj, député. Crédits photo :

Jérôme Guedj, le bateleur

À 41 ans, ce «beau gosse» (selon les mots d’un pair) est l’une des étoiles montantes au PS, même si ses positions sont souvent minoritaires. Le député et président du conseil général de l’Essonne est aussi un pilier de la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée, où il se prête avec délice au jeu médiatique. Ex-assistant parlementaire de Jean-Luc Mélenchon, il fut, en 2012, l’un des porte-voix des opposants au traité européen


 

Emmanuel Maurel, conseiller régional.
Emmanuel Maurel, conseiller régional. Crédits photo :

Emmanuel Maurel, le chef de file

À 39 ans, il a remplacé de fait le leader de l’aile gauche, Benoît Hamon, tenu à la discrétion depuis son entrée au gouvernement. C’est donc cet inconnu du grand public, conseiller régional d’Ile-de-France, qui a porté une motion alternative à la motion majoritaire, au congrès du PS à Toulouse. Emmanuel Maurel, qui s’est présenté au poste de premier secrétaire contre Harlem Désir, en octobre dernier, a réuni 28 % des suffrages militants.


Les syndicats divisés

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accord sur l’emploi ne fait pas l’unanimité parmi les syndicats. D’un côté, le camp des réformateurs, qui ont signé le texte, avec la CFDT, la CGC et la CFTC. De l’autre, ceux qui l’ont rejeté, Force ouvrière et la CGT. Même si la mobilisation de mardi fut un échec, ces deux organisations «main dans la main, c’est en soi un événement», a relevé le leader de la CGT, Bernard Thibault. Les deux centrales n’en faisaient qu’une jusqu’à leur scission, en 1947, FO voulant s’affranchir de la tutelle des communistes. Côté CFDT, pas de manifestation pour soutenir l’accord, mais un tract distribué mardi également, qui s’applique à ridiculiser ses opposants. Sous forme de quiz, il demande: «Voyez-vous le piège partout ou l’opportunité à saisir?»

Si la CGT et FO dénoncent un accord «qui démolit le Code du travail», la CFDT insiste en effet sur les avantages que peuvent en tirer les salariés. Il faut dire que «Bernard Thibault ne pouvait pas défendre un tel accord devant son ultime congrès national mi-mars (il laissera alors la main à son successeur, Thierry Lepaon), avec les cégétistes des usines d’Aulnay et d’Amiens qui chaufferont la salle, analyse un fin connaisseur du milieu syndical. Sa position sur l’accord s’explique donc plutôt par des raisons de circonstances que par des questions de fond. FO, de son côté, est opposé en ce moment à tout ce qui bouge.»

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