Europe, International, tribunes

BRUXELLES-NICOSIE via BEAUVAIS

dimanche 24 mars 2013

cyprus>>> Tribune de Julien Dray

Une taxe confiscatoire fortement inégalitaire imposée à Chypre par l’Eurogroupe et le FMI, une élection partielle catastrophique pour le PS français et un Sommet léthargique à Bruxelles… En un week-end, démonstration a pu être faite du drame dans lequel nous nous trouvons…et de la nécessité qu’enfin il se passe quelque chose pour arrêter la machine infernale…

  Nicosie : nouvelle secousse…
Le cas de Chypre empoisonne la zone euro et au-delà. Il est surtout la démonstration du mélange de la folie budgétaire et d’affolement qui saisit l’Union européenne…
Effet papillon, le battement de l’aile chypriote provoque une crise qui peut devenir systémique… Que l’Eurogroupe aille jusqu’à inventer une taxe confiscatoire sur 10% des dépôts dans ce pays, au point que la Russie s’en mêle, a quand même de quoi étonner et inquiéter.
En octroyant une aide de 10 milliards contre les 17 milliards annoncés, l’Eurogroupe commet deux erreurs : concéder que ces aides, dans le contexte actuel, tombent dans un tonneau des Danaïdes et frapper indistinctement les déposants par une mesure trop inégalitaire et vouée, dans le contexte économique actuel, à se répéter.
Il apparait que le premier plan visant à taxer les dépôts à Chypre (dont les deux cinquièmes sont le fait de déposants étrangers) est surtout fortement inégalitaire. Sur le principe, on ne peut reprocher une taxation des plus riches. Dans les faits, c’est parce que tous les déposants, y compris les petits épargnants, sont concernés que la mesure passe aussi mal et que les citoyens, y compris allemands, commencent à vraiment contester les choix de leurs gouvernants.
Alors que le Président de Chypre confesse que l’Union Européenne et le FMI lui imposent une forme de diktat, on constate en effet, une fois de plus, le jeu particulièrement trouble du gouvernement de Madame Merkel, qui a négocié un plan trop inégalitaire pour ne pas inquiéter les petits épargnants allemands (ce qui le fragilise) et qui a, de toute façon, inquiété Moscou, ce qui n’est pas forcément un problème qu’il fallait créer…
L’idée d’appliquer la même mesure inégalitaire à l’Italie a ravivé les craintes… Souvenons nous d’ailleurs que ce pays l’a déjà vécue en 1992, c’est-à-dire l’année précédant l’implosion du système politique italien d’alors !
Ainsi cette mesure a-t-elle semé le doute et l’inquiétude en même temps qu’elle s’est avérée potentiellement inefficace et politiquement inacceptable.
Totalement sourds à ce qu’ont clairement signifié les électeurs italiens il y a trois semaines, les gouvernants européens sont donc enclins à susciter la colère des peuples et… une possible panique bancaire…
 Beauvais : vote sanction.
Ce qui s’est passé à Beauvais dimanche et ce qui s’est passé entre Bruxelles et Nicosie le même week end ont-ils un lien ? Evidemment.
Les peuples ne supportent pas ces politiques d’austérité. La colère gronde partout.
Dimanche soir, les résultats d’une élection partielle sont venus nous alerter sur la situation dans laquelle se trouve la gauche. Notre camarade Sylvie Houssin – candidate dont la constance dans sa lutte contre les droites locales est remarquable – a été éliminée dès le premier tour de l’élection partielle qui se déroulait dans l’Oise. Elle avait manqué l’élection d’une poignée de voix en triangulaire en juin.
C’est le Parti Socialiste qui a perdu cette élection. Evidemment, nous aurons droit à toutes les réponses imaginables : « il s’agit d’une circonscription historiquement de droite », « il faut faire preuve de plus de pédagogie » etc… Mais la sanction électorale qui est tombée est sans appel et on ne peut se prévaloir de l’abstention pour expliquer que, finalement, tout cela n’est pas bien grave…
Le comble consiste quand même, in fine, à appeler à « faire barrage au FN » sans l’ombre d’une analyse qui s’émancipe quelque peu des réflexes pavloviens…
Plus de 9000 électeurs qui s’étaient déplacés pour voter socialiste en juin dernier n’ont pas pris la peine de se déplacer pour soutenir l’action gouvernementale.
Malgré une abstention de l’ordre de 67,2%, les déperditions de l’UMP et du FN ont été bien moindres. L’électorat socialiste a fondu des deux tiers quand celui de l’UMP et du FN n’a baissé que d’environ un tiers de ses effectifs. L’électorat de gauche fait la grève des urnes.
Il n’y a aucune fatalité, aucune règle immuable qui dicte que des élections partielles soient aussi catastrophiques que celles que nous venons de vivre depuis décembre. Aucune fatalité, pourvu que la gauche française, que la France, parle clairement et impose une volonté.
 A Bruxelles, rien de nouveau.
Pourtant, à Bruxelles,  le Conseil européen s’est déroulé dans « le consensus ». On nous a parlé d’un « sommet prévisible ».
Autant parler d’une Europe léthargique. Aucune volonté ne s’y est manifestée. On laisse une douce torpeur envahir les sommets européens tandis que, de temps à autres, se manifeste surtout l’affolement devant l’état réel de nos économies…
« La stagnation de l’activité économique prévue pour 2013 et le niveau intolérable qu’a atteint le chômage montrent à quel point il est crucial de s’attacher en priorité à intensifier les efforts pour soutenir la croissance tout en assurant un assainissement budgétaire axé sur la croissance » clame le communiqué final du Conseil européen qui traduit en quelques mots tout le drame actuel.
En un week-end, de Bruxelles à Nicosie en passant par Beauvais, nous avons vu à quel point la politique européenne était en perdition. Bientôt, il n’y aura plus d’européens. L’idée qui est en train de faire son chemin, c’est que chacun pour soi c’est mieux que tous ensemble !
Désormais, tout indique que l’urgence est là et que, si l’on ne redresse pas la barre très vite, des drames d’une autre nature pourraient survenir…
Le besoin de sortir de cette orthodoxie budgétaire, le besoin d’une relance soutenue par la BCE, d’un plan de grands travaux immédiats, d’une harmonisation fiscale au service d’un vrai modèle social : voilà où la France doit être en première ligne !
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