Presse, Vie du parti

Dans le JDD : Les frondeurs rêvent d’un Podemos à la française

lundi 8 juin 2015

Christian-PaulUn pied dedans, un pied dehors, ils n’ont pas désarmé. Leur objectif : construire « quelque chose de nouveau« .

Ils ne veulent pas faire les choses à Poitiers. Ici, Manuel Valls a été chaleureusement applaudi ; ici, Christian Paul a livré un discours mezza voce ; ici, certains pensent que la « fronde » est finie. Alors, pour l’heure, les frondeurs n’en parlent pas en tribune mais l’idée germe et avance : depuis quelque temps, l’un des leurs, Pouria Amirshahi, mûrit le projet d’un mouvement à côté du PS. « Le gouvernement a choisi une voie libérale, inégalitaire et sécuritaire. L’autre gauche se rejoint souvent mais n’avance pas ensemble. Que toutes celles et tous ceux qui en ont la volonté, quel que soit leur lieu de militantisme, viennent construire ce mouvement citoyen d’un type nouveau« , confie Amirshahi. Et de continuer : « On parle de Syriza, de Podemos… Faisons notre mouvement à la française. » Associations, militants de tous bords, scientifiques, ouvriers, syndicalistes : Amirshahi voit large.

« Quelque chose qui s’intéresse à l’avenir »

De cette idée, il en déjà parlé avec Benoît Hamon, Emmanuel Maurel, Pierre Laurent et Cécile Duflot. Ce n’est pas un hasard si cette dernière a, en mars, dans Libération, évoqué la nécessité de « l’émergence d’une nouvelle force politique. Une force culturelle, sociale et civique« . Quelque temps avant, Amirshahi et Duflot en avaient discuté ensemble. Depuis, Cécile Duflot se fait plus discrète sur cette question. « Pour que ça marche, n’en parler jamais« , dit parfois la Verte lorsqu’elle mijote quelque chose. « Je suis frappé par le nombre de gens dans les quartiers, dans l’entrepreneuriat social, dans le champ de l’écologie qui formulent des propositions que l’on partage mais qui nous dénient toute légitimité à les représenter. Il faut créer des lieux de discussion et de confrontation, pas une énième succursale du PS« , tranche Benoît Hamon. « Tout en continuant notre débat à l’intérieur du PS, nous ne nous interdisons pas de prendre langue avec les associations et d’autres forces afin de construire quelque chose qui s’intéresse à l’avenir« , abonde Emmanuel Maurel, l’un des leaders de l’aile gauche.

« Il y a aujourd’hui beaucoup de luttes thématiques. Face à un PS qui vieillit, qui s' »apparatchise », qui est en train de perdre sa sève militante, comment faire émerger ces mouvements pour renouveler le logiciel périmé de la social-démocratie ?« , se demande l’eurodéputé Guillaume Balas. Calendrier, formes d’organisation et d’appartenance : « Tout reste à inventer« , convient Balas. « L’idée est que l’on puisse adhérer sans s’encarter et que nous ayons un pied dans le PS et un pied dehors« , poursuit l’un des « frondeurs », en parlant de ce « mouvement commun » qui pourrait d’ailleurs bien être le nom de cette future structure. « Il faut un nouveau souffle. Nos institutions sont à bout de souffle, notre économie brise des vies, les partis sont épuisés. Ça suffit! Je compte sur un acte de naissance dans le trimestre qui s’ouvre », détaille Amirshahi. Septembre pourrait aussi être le moment d’une université de rentrée, peu après La Rochelle.

« C’est Macron qui fronde contre le PS »

L’accalmie au PS n’aura donc duré qu’un week-end. « Le congrès a clarifié les choses mais je ne dirais pas que la fronde est finie, que cela est plié« , explique en aparté un Manuel Valls très conscient de la situation au PS. Pourtant, il est sûr d’avoir marqué des points. ­­ »­Jamais dans un congrès du PS, nous avons ainsi parlé de l’entreprise« , souligne-t-il en référence à son discours du matin. Mieux, il veut croire qu’avec Christian Paul il n’y a pas « beaucoup de différences« . « Il n’y a pas deux lignes au Parti socialiste. Il y a une différence de curseur sur le pacte de responsabilité. Aujourd’hui, les différences sont moins marquées qu’avant« , estime Claude Bartolone.

Avant de voir émerger ou non ce « mouvement commun », l’exécutif socialiste devra déjà passer sans encombre le retour de la loi Macron à l’Assemblée. « Je veux aller vite« , a expliqué Manuel Valls. Le 49.3? « Nous verrons bien« , élude le Premier ministre. « La loi Macron est encore plus illégitime à la sortie du congrès qu’en y entrant. C’est Macron qui fronde contre le PS« , lâche Hamon. Même la motion de Cambadélis se disait opposée « à une nouvelle extension du travail du dimanche. C’est d’abord un choix de société« , précise le texte. « C’est le genre de situation dans laquelle on ne veut plus se retrouver. Il va être difficile d’en sortir par le haut« , convient Jean-Marc Germain, un proche de Martine Aubry. « Le texte de notre motion n’est pas un acte notarial. La loi Macron est une queue de comète. Le plus important, c’est la réorientation du pacte de responsabilité« , estime, pour sa part, François Lamy. De la loi Macron à un futur « mouvement commun », l’image du rassemblement n’aura peut-être duré que le temps d’un congrès.

Arthur Nazaret – Le Journal du Dimanche

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