Economie, Europe, Presse

Dans Le Monde : « Alexis Tsipras divise la gauche »

mardi 30 juin 2015

LE MONDE ECONOMIE | • Mis à jour le | Par Nicolas Chapuis et Raphaëlle Besse Desmoulières

François Hollande et Alexis Tsipras, à Bruxelles, le 22 juin.

François Hollande et Alexis Tsipras, à Bruxelles, le 22 juin. Geert Vanden Wijngaert / AP

Entre soutien à la poursuite des négociations et franc parti pris pour Alexis Tsipras, la crise grecque met au jour les lignes de fracture qui traversent la gauche française. La possibilité d’un « Grexit » était à l’ordre du jour, lundi 29 juin, du premier bureau national du Parti socialiste depuis le congrès de Poitiers, qui s’est tenu début juin. Le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a défendu la ligne de François Hollande : « La France doit garder sa position d’intercesseur et réaffirmer sa disponibilité pour négocier jusqu’au bout. Nous devons être mezza voce : nous ne sommes pas l’expression française de Syriza, mais dire que la discussion est encore ouverte, c’est aussi prendre position contre Wolfgang Schäuble (le ministre allemand des finances), qui considère qu’elle est close. »

Pour le patron du PS, appuyé lors de la réunion par Martine Aubry, la sortie de la crise passe également par l’ouverture du débat sur la question de la renégociation de la dette. Pas question par ailleurs de remettre en cause le recours au référendum annoncé par Alexis Tsipras. Pour Christian Paul, l’un des cadres de la gauche du parti, à charge pour les Européens d’envoyer d’ici là un « message d’espoir » aux Grecs : « Il faudra de nouvelles initiatives dans la semaine, on ne peut pas attendre l’arme au pied. S’il y a un Grexit, le signal politique est désastreux, cela signifie que la solidarité européenne ne fonctionne pas. »

Emmanuel Maurel, député européen et dirigeant de l’aile gauche du PS, estime que le parti doit sortir de sa réserve : « On n’a pas le droit d’être neutre. On doit marquer très clairement notre solidarité avec le peuple grec et le gouvernement en place : laissons Alexis Tsipras mener ses réformes structurelles à lui plutôt que les vieilles recettes de la Commission [européenne], qui ne marchent pas. » Les « frondeurs » du PS reprochent globalement à François Hollande son attitude, qu’ils jugent trop passive. « Comme d’habitude, il a fait une intervention mi-chèvre, mi-chou, regrettait M. Maurel à l’issue de la prise de parole du chef de l’Etat lundi matin. A chaque fois, je rêve que François Hollande va prendre une initiative qui lui permettra d’être le héraut d’une autre Europe, mais il ne saisit jamais cette opportunité. »

« Sans-faute »

Le président de la République, qui devait rencontrer mardi 30 juin les présidents des deux assemblées, des groupes parlementaires et des commissions sur la question du terrorisme, a ajouté à l’ordre du jour le dossier grec. Les écologistes comptaient bien en profiter pour demander l’organisation d’un débat parlementaire sur le sujet, comme cela a pu exister sur le Mali ou la Syrie. « Ça nous paraît légitime que le Parlement ait à en débattre, explique François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas inutile qu’il y ait une formalisation des positions de chacun vis-à-vis des Français qui peuvent ressentir une inquiétude. »

Si M. de Rugy trouve « un peu étrange » d’organiser un référendum en huit jours, nombreux sont ceux, à la gauche du PS, qui saluent l’initiative du premier ministre grec. « Ça prouve que Tsipras veut aller au bout du respect de son mandat, estime Anne Sabourin, qui représente le PCF au Parti de la gauche européenne. Mais il a trouvé un bloc de responsables politiques qui ne souhaitent pas qu’une expérience alternative de gauche réussisse : ça voudrait dire que ce qu’ils nous racontent depuis trente ans qu’il n’y a pas d’alternative est un mensonge. » Pour Eric Coquerel, coordinateur politique du Parti de gauche, il s’agit même d’un « sans-faute ». « C’est exactement la politique que nous mènerions si nous étions au pouvoir, ajoute-t-il. C’est encore plus méritoire, car il a un rapport de force qui lui est défavorable. »

Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV, est plus nuancée et renvoie chacun à ses responsabilités. « La Grèce ne peut pas continuer comme aujourd’hui, et le Fonds monétaire international doit prendre en compte ce qui s’est passé en janvier avec l’arrivée de Syriza au pouvoir », analyse-t-elle en recensant les sujets sur lequels Athènes doit, selon elle, avancer, de l’évasion fiscale aux dépenses militaires, en passant par la mise en place d’un véritable cadastre qui permette de lever l’impôt foncier. Pour elle, un accord ne peut passer que par la dette grecque, que ce soit grâce à un rééchelonnement ou à une restructuration. « La question que je me pose est de savoir si l’Europe et les Grecs ont vraiment envie de parvenir un accord, interroge-t-elle. Ça me rend triste pour l’Europe. »

« Chantage »

Sans surprise, M. Coquerel est encore plus direct et dénonce le « chantage » de l’Eurogroupe. « C’est le nouveau temps des colonels », assène-t-il, en référence à la dictature militaire mise en place en Grèce de 1967 à 1974. « Ça confirme le caractère non démocratique de l’Europe », renchérit Mme Sabourin. Cette dernière n’en revient toujours pas que les ministres des finances européens aient décidé, samedi, de sortir leur collègue grec des discussions après l’annonce de l’organisation du référendum. « C’est un putsch, critique-t-elle. Il faut arrêter le dix-huit contre un. »

Pour beaucoup, François Hollande aurait pu mieux faire. « Sa faute originelle, c’est d’avoir refusé de renégocier le TSCG [pacte budgétaire européen] comme il l’avait promis, juge David Cormand, secrétaire national adjoint d’EELV. Il est censé être le seul président de gauche d’un des plus grands pays de l’Union européenne. Il avait un rôle historique à jouer, mais il a complètement renoncé. Il n’aurait pas dû être un médiateur dans cette histoire, mais bien un acteur. » Un sujet qui s’ajoute à la liste déjà longue des différends qui opposent désormais le président socialiste au reste de la gauche.

If you enjoyed this post, please consider leaving a comment or subscribing to the RSS feed to have future articles delivered to your feed reader.

Réagir