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Dans Paris Normandie : « L’avant-projet de loi travail suscite un gros coup de mou à gauche, pas sur le net »

mardi 1 mars 2016
logo-Paris-NormandieParis-Normandie – Publié le 28/02/2016 à 23H25 – a.quindroit@presse-normande.com

Crispation. Il y eut la loi Macron et le clivant recours au 49-3 pour faire adopter le texte sans vote. Il y eut le débat sous haute tension autour de la déchéance de nationalité. Il y a désormais l’avant-projet de loi du travail de la ministre Myriam El Khomri pour décontenancer le Parti socialiste. Décontenancer… Le mot est faible : la rupture entre le gouvernement et le parti dont il est issu est même consommée. La tribune de la maire de Lille, Martine Aubry, n’est qu’un exemple. Dans les fédérations socialistes, le projet de gouvernement ne suscite pas l’adhésion. En Normandie, comme ailleurs, ça coince.

 
Chez les militants de gauche, l’ambiance est plus morose que rose. « C’est sûr que, en ce moment, c’est plus difficile de recruter de nouveaux adhérents », note Arnaud Mouillard, secrétaire de la section PS de Pavilly. La loi Macron et le recours au 49-3, le débat houleux autour de la déchéance de nationalité et maintenant l’avant-projet de loi du travail El Khomri ne sont pas de nature à multiplier les cartes d’adhésion. « C’est vrai, que, sur le coup, j’ai cru à un coup du Gorafi [un site internet proposant des articles humoristiques ancrés dans l’actualité, NDLR]. Mais non. Quand on voit que Pierre Gattaz, le patron du Medef, trouve que les propositions vont dans le bon sens… Clairement, cette réforme aurait été vivement combattue par la gauche avant la présidentielle de 2012 », ajoute-t-il, pince-sans-rire.

« CE QUI EST PROPOSÉ, CE NE SONT PAS DES MESURES DE GAUCHE »

La tribune acerbe de Martine Aubry, parue dans Le Monde, sur le projet et sur la politique menée par le gouvernement symbolise la colère et l’incompréhension qui agitent la base depuis plusieurs jours, pour ne pas dire semaines, voire mois. « Les militants ne s’y retrouvent pas aujourd’hui. Ils sont même déçus », pointe le socialiste pavillais qui – comme plus de 758 000 personnes, un chiffre en perpétuelle évolution et certainement déjà largement dépassé depuis l’écriture de ces lignes – a voté la pétition contre la loi travail (lire par ailleurs).

Nicolas Vincent l’a signée également. Cette autre figure locale du Parti socialiste, syndicaliste toujours actif et ex-Petroplus, s’étrangle à l’évocation de cette réforme : « Nous avons perdu les Municipales, perdu les Européennes, perdu les Départementales, perdu les Régionales… Les électeurs sont en perte de repère. À un moment, il faut les entendre ! » Là où il travaille, il sent que « les messages ont du mal à passer. Ce qui est proposé, ce ne sont pas des mesures de gauche. Il y a eu des avancées sociales avec ce gouvernement. Mais quelles avancées sociétales a-t-on eu ? »

Pas question pourtant de rendre sa carte du parti : « Moi, je préfère combattre de l’intérieur pour faire triompher nos idées », affirme-t-il, à l’instar d’un Gérard Filoche, membre du Bureau national du PS et, pourtant, l’un des plus virulents opposants à ce projet de loi : « Cette réforme ne vient pas du PS ni du reste de la gauche, les syndicats sont contre… C’est donc Valls qui est seul », martelait-il dans nos colonnes le 24 février.

Et c’est ce message que de nombreux militants et sympathisants socialistes tentent de faire entendre. « Tout ne va pas pour le mieux, c’est certain. Les militants ne sont pas écœurés. Déboussolés, ce serait un peu fort. Disons qu’ils cherchent à avoir l’aiguille dans le bon sens pour 2017, euphémise Matthieu Brasse, secrétaire de la section socialiste du Havre. Entre le gouvernement et le parti, nous ne sommes pas à 100 % sur la même longueur d’ondes. »

S’il salue la tribune de la maire de Lille et s’il juge important que Jean-Christophe Cambadélis ait pris position contre le projet tel qu’il se présente, il prône un vrai débat : « Sur le fond. Et pas du tribune contre tribune, ténor contre ténor. Il faudrait que le PS soit un peu plus associé aux projets du gouvernement. C’est vrai que cet avant-projet est un peu sorti du chapeau. Les militants n’ont pas bien compris pourquoi ce projet n’avait pas été plus discuté au préalable avec les syndicats. Maintenant, il faut être lucide et analyser le texte. »

« Au niveau des militants, ça ne suscite pas l’adhésion, enchérit Dominique Chauvel, députée PS de la 10e circonscription de Seine-Maritime et maire de Saint-Valery-en-Caux. Quand il y a une telle levée de boucliers, il ne faut pas passer en force. » Elle refuse toutefois de tirer à vue sur le gouvernement : « Je suis une femme de gauche, je reste fidèle à mes idées. Le gouvernement a fait de bonnes choses et aussi de mauvais choix. C’est à nous, parlementaires, de le remettre sur le bon chemin. D’où parfois ma voix discordante. »

« IL VA FALLOIR REVENIR AUX FONDAMENTAUX DU PARTI SOCIALISTE »

Elle se montre d’ailleurs plus critique sur « la méthode Aubry : même si je peux partager certains points de sa tribune, je crois qu’il y a d’autres moyens de se faire entendre. Ça fait politique politicienne. S’envoyer des invectives comme ça ne donne pas une bonne image de la politique. »

Pis encore, pour d’autres, ce nouveau coup de canif dans ce qui est censé représenter les valeurs fondamentales de la gauche offre un boulevard pour les extrêmes. « Il va falloir revenir aux fondamentaux du Parti socialiste, aux origines avec la Section française de l’Internationale ouvrière !, préconise Nicolas Vincent. Il faut des marqueurs de gauche. Là, il n’y en a pas : je serai dans la rue contre ce projet de loi. » Et de conclure, amer : « Ma fille m’a demandé il y a quelques jours : ‘Papa, c’est quoi la gauche’. Je lui réponds quoi aujourd’hui ? »

ANTHONY QUINDROIT

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