Dans les départements

David Cayla : « Stratégies de glaciation au PS »

lundi 13 octobre 2014

Vous pouvez retrouver cette tribune sur le site d’Angers Mag.

Rédigé par David CAYLA – Le 13/10/2014
 

7070886-10823648Contribuer au débat public, faire vivre les réflexions politiques et, à notre niveau, participer tout simplement à l’indispensable vie des idées. C’est l’objet de [La tribune du Lundi], page blanche offerte aux responsables politiques, toutes sensibilités confondues, et aux acteurs éclairés de la cité angevine et du territoire. La parole est donnée cette semaine à David Cayla, économiste et représentant dans le département de Maintenant la gauche, à l’aile gauche du Parti socialiste.

Samedi dernier, quelques centaines de cadres du Parti socialiste se sont retrouvés autour de Jean-Christophe Cambadélis pour parler stratégie. Le Premier secrétaire a donné sa feuille de route : 1/ soutenir le gouvernement ; 2/ rassembler les socialistes.

Pour rassembler, une seule tactique : éviter de parler de sujets qui fâchent. C’est ainsi que la direction a lancé, cet automne, « les États généraux du PS » : une vaste consultation où les militants sont appelés à rédiger une courte contribution pour s’exprimer sur l’identité socialiste.

Parler de soi pour éviter de parler du monde. Une manière habile de retarder un Congrès susceptible de diviser. Une façon aussi de soutenir le gouvernement en étouffant l’expression organisée des militants. Car comment soutenir autrement que par le mutisme une action gouvernementale à ce point éloignée de la feuille de route initiale ?

Comment le PS peut-il faire la moindre proposition alors que toutes les mesures actuellement en débat constituent une négation de son projet ? Le contrôle renforcé des chômeurs, l’allègement des seuils sociaux, l’ouverture des magasins le dimanche… Ceux qui s’opposent à ces mesures trouveront dans les archives du PS de très bons argumentaires pour les contester. Surtout ne rien dire. N’émettre aucune idée de gauche. Elles pourraient gêner.

Un débat sur les débats pour éviter les débats…

Dans la fédération socialiste de Maine-et-Loire la même quadrature du cercle entraîne une stratégie similaire. Grégory Blanc, son jeune Premier fédéral est lui aussi très attaché aux débats sur l’identité. Il a ainsi initié une « Convention fédérale » dont l’objet est de réécrire le règlement intérieur de la Fédération. Les militants doivent répondre à un QCM sur l’organisation des débats internes et le rôle des élus. Faire un débat sur les débats pour éviter les débats. Subtil…Autre chantier engagé : bâtir un « projet fédéral ». Depuis deux ans, une commission d’experts se réunit régulièrement pour penser. Sa première contribution a produit un texte pompeusement intitulé « projet économique », adopté sans vrai débat et sans amendement. Certains militants l’ont lu et en ont fait une analyse critique. Mais la plupart n’ont aucune idée de ce qu’il contient. Peu importe.

La Fédération a depuis choisi d’éviter toute polémique en se rabattant sur des thématiques bien plus consensuelles. Les débats sur l’extrême droite foisonnent. Il y en a déjà eu trois depuis deux ans, sans compter les débats en section. Cela tombe bien. Le FN, tout le monde est contre. Autre sujet qui ne mange pas de pain, la petite enfance. Là c’est le contraire : tout le monde est pour. Et pendant que les militants débattent de l’extrême droite des députés socialistes sont mis au ban de l’Assemblée et exclus des Commissions. Pendant qu’ils parlent de la petite enfance, le gouvernement envisage de réduire les allocations familiales.

Des collectifs « Vive la gauche »

Ainsi va le débat en Maine-et-Loire. Les adhérents sont régulièrement conviés à échanger doctement sur leur identité pendant que le Premier ministre explique devant les traders de la City que la France a un gouvernement « pro-business » et que les chômeurs français sont très (trop ?) bien indemnisés. On comprend que les militants trainent un peu des pieds et que les effectifs de ces réunions soient clairsemés.Mais cette stratégie de glaciation ne pourra durer éternellement. Ici et là des militants se réunissent en dehors des cadres fédéraux et nationaux pour construire des collectifs « Vive la gauche ». Certains profitent de l’occasion des États généraux pour proposer des contributions en soutien aux députés « frondeurs ». Il faudra bien qu’un congrès ait lieu. Il sera alors intéressant d’écouter l’expression libérée de ceux qui sont restés des militants socialistes. Aux périodes glacières succède toujours le dégel.

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