Economie, Europe, tribunes

Election italienne : une gauche défaillante, l’urgence d’une réorientation européenne par Marie-Noëlle Lienemann

vendredi 1 mars 2013

drapeau-ital-280x140Les élections italiennes surprennent ceux qui ne veulent pas regarder lucidement la situation des peuples en Europe, la dégradation des  conditions de vie et de travail, les graves conséquences des démantèlements des modèles sociaux et des politiques austéritaires. S’y ajoute une crise démocratique majeure où les citoyens des pays de l’UE ont de plus en plus le sentiment -mais ce n’est pas qu’un sentiment- d’être dépossédés des choix essentiels pour eux, leur avenir, notre destinée commune.

Il y a bien sûr la spécificité de chaque pays,  et le cas italien est bien sûr particulier au regard du mode de scrutin et de l’histoire politique de ce pays. Mais le diagnostic mérite d’être affiné pour nous servir de leçons.

La première leçon est un taux d’abstention en forte hausse, avec comme de coutume une abstention plus forte dans les milieux populaires et qui pénalise la gauche.

La seconde constatation est la grande capacité de la droite à se rassembler, en dépit du discrédit accumulé par Berlusconi.

La troisième est la nette sanction de Mario Monti, coqueluche de l’establishment européen et financier. C’est bien la politique d’austérité qui est refusée et le blocage actuel est sans doute la réponse que ce peuple a cru devoir opposer à des politiques qui se déroulent comme un rouleau compresseur, indifférent à tout.

Ce n’est à l’évidence pas la bonne réponse. On aurait pu souhaiter  que le candidat du Parti démocrateincarne une alternative susceptible de répondre aux attentes de changement des italiens. Mais, L’alignement plus ou moins implicite aux exigences européennes a évidement entamé très largement le crédit du candidat Bersani, en dépit des  primaires et de l’alliance qui s’est opérée autour de lui. Son score, à peine supérieur à celui de Berlusconi, est la conséquence de choix politiques décalés des aspirations populaires.

Beaucoup a été dit sur le score de Beppé Grillo qui incarne un vote refuge mais aussi qui pointe des choix politiques sur lesquels les italiens veulent se faire entendre: l’Europe et l’Euro, le salaire et le revenu minimum, les pratiques politiques.

Dernière constatation, la gauche de la gauche n’a pas capté le mécontentement et avoisine les 2%. Au pays de Gramsci, le combat culturel contre le fatalisme et sur la crédibilité d’une alternative apparaît à l’évidence essentiel.

Ne pas reconnaître l’alerte majeure que ce scrutin lance à la gauche européenne et de fait  à la gauche française serait un aveuglement coupable. La sociale démocratie contaminée par le libéralisme et obsédée par le centre gauche est en échec total. Il ne sert à rien de dénoncer je ne sais quel populisme et  serait gravissime d’imaginer qu’une fois de plus le peuple s’égare et n’est pas conscient du bienfondé de la politique  qu’on lui impose.  Le vote italien montre qu’il faut sortir des choix économiques et sociaux actuels qui échouent et menacent la démocratie.

D’ailleurs, redoutant cette conclusion, Bruxelles comme Berlin ont immédiatement réagit: l’Italie ne doit pas changer de cap! C’est justement ce que les italiens  viennent de demander. Les institutions européennes comme les amis de Mme Merkel devraient mesurer qu’ ils ne pourront pas durablement faire fi de la souveraineté populaire et François Hollande devrait immédiatement relancer le débat sur une stratégie de croissance et le refus de la marche forcée vers la réduction des déficits.

Si la France, ne prend pas la tête de la réorientation de la construction européenne, qui le fera? Ne pas prendre aujourd’hui l’initiative du changement risque de menacer sérieusement l’avenir de l’Europe.

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