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Emmanuel Macron veut détricoter les 35h

vendredi 21 novembre 2014

Ne laissons pas Emmanuel Macron détricoter les 35 heures. Défendons la réduction du temps de travail.

par Marie-Noëlle Lienemann

emmanuel-macron-a-propos-de-pierre-gattaz-ca-ne-sert-a_2216860_800x400On comprend mieux, en écoutant aujourd’hui Emmanuel Macron  sur les 35 heures, pourquoi la direction du PS n’a pas voulu, dans la charte pour un nouveau progrès humain, rappeler que la réduction du temps de travail était un combat permanent des socialistes et qu’elle pouvait contribuer à la politique de l’emploi.

C’est d’ailleurs une des raisons qui ont justifié qu’avec mes amis de Maintenant la Gauche je refuse de voter ce document lors du Bureau national du PS de mardi.

Les propos du ministre des finances  sont consternants et témoignent d’une ignorance sur la réalité du temps de travail en France.

Emmanuel Macron a dit ce jeudi matin à propos des 35 heures vouloir les défendre  sans pour autant le mettre  «sur un piédestal»

Il nous refait le énième épisode de l’assouplissement des 35h. Il prétend maintenir le cadre légal  en répétant ce qu’on entend depuis 15 ans et qu’on entendait déjà sur les 39h à savoir que  “le cadre légal n’est pas suffisant parce que salariés comme entreprises ont besoin de plus de souplesse“.

C’est oublier que la mise en œuvre des 35h s’est accompagnée le plus souvent, de l’annualisation   du temps de travail, ce qui crée une grande souplesse… Trop grande parfois. Qui plus est, évidemment les salariés  peuvent  travailler plus longtemps. Mais, dans ce cas, l’entreprise doit payer ce temps en heures supplémentaires, donc plus cher. Et c’est bien ce qui fait grincer le patronat.

Emmanuel Macron a osé dire “Qui serions-nous pour dire à quelqu’un qui souhaite travailler plus que c’est impossible ?“. C’est nier tous les fondements du droit du travail,  à savoir que les plus faibles, les plus pauvres peuvent accepter l’insupportable car ils ont besoin d’argent, ils peuvent mettre en cause leur santé ultérieure poussés par l’urgence du moment. La loi doit les en protéger.

Pour autant, Emmanuel Macron ne semble pas s’interroger en disant tout simplement  “Qui serions-nous pour dire à quelqu’un qui souhaite travailler – trouver un travail- que c’est impossible ?“, à savoir comment faire reculer le chômage. Or qui peut nier que le passage des 35h  a créé des dizaines de milliers d’emplois ? ce que n’a pas réussi à faire la politique actuelle du gouvernement…

Franchement, on ne peut accepter sa déclaration qui met de fait en cause la hiérarchie des normes, garant d’un respect des droits pour tous : «Dans le cadre légal des 35 heures, comment faire en sorte que des accords majoritaires puissent donner plus de flexibilité sur certains territoires ou dans certaines branches ? (…) C’est cette voie qui doit être poursuivie».

Déjà, l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi, datant de janvier 2013 permet à des entreprises en difficulté, sous réserve de signature d’accords majoritaires, et pendant 2 ans maximum, d’aménager le temps de travail et les rémunérations. Et les syndicats, même les signataires de l’accord, ne voulaient pas déroger davantage à la règle… Cet accord n’a que 2 ans… Alors stop.

Comment le ministre des finances peut-il privilégier un “signal” pour les entreprises étrangères par rapport à l’avis des français et de la  création effective d’emploi ? En effet, il ose déclarer  que si la réforme des 35 heures avait eu «un effet bénéfique (…) sur l’emploi» et était «acceptée et bien reçue par les Français», elle avait «créé un signal négatif pour les entreprises étrangères qui voulaient investir en France», et ce malgré une durée effective du travail dans le pays qui dépasse ce volume horaire affiché ?684484-la-senatrice-ps-marie-noelle-lienemann-le-30-aout-2014-a-la-rochelle

Franchement ces provocations permanentes de membres du gouvernement en direction des salariés, du monde syndical et de la gauche, ces concessions incessantes au patronat sont insupportables. On le sait bien tant que le MEDEF n’aura pas obtenu l’abrogation des 35h, il n’aura aucune cesse et tout recul nouveau de la gauche n’aura qu’un effet : légitimer sa revendication et les thèses de la droite…

Ne laissons pas Emmanuel Macron détricoter les 35h. Il n’a qu’une idée en tête mettre en œuvre le très libéral rapport Attali dont il était l’une des plumes et que La gauche et François Hollande en son temps avaient vigoureusement fustigé. Trop c’est trop.

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2 réactions

  1. BERNHARDT dit :

    Je suis actuellement et pour plusieurs mois en mission de solidarité internationale dans la Guajira, en Colombie.
    Il suffit de voir les conditions de travail auxquelles sont soumis les travailleurs de ce pays (la Colombie est admirable dans ses applications ultra-libérales) pour comprendre en quoi celles encore en mesure en France sont un scandale et une aberration pour l’économie et idéologie libérale.
    « Comment le ministre des finances peut-il privilégier un “signal” pour les entreprises étrangères par rapport à l’avis des français et de la création effective d’emploi ? » Mais tout simplement parce qu’il est dans son rôle de serviteur de la finance et de ses intérêts. « Trop c’est trop »?… Je crains fort, chère Marie Noelle Lienemann, que nous soyons encore loin d’avoir tout vu.

  2. Conan dit :

    Trop d’ENArques tuent l’Enarque!!!
    L’ENArchisation de notre système a pollué complètement le débat politique et celui des idées. Il n’existe plus que la pensée unique… des ENArques. Toute notre vie politique est cernée par l’ENA. Nos gouvernants, les chef de Cab, les DirCab, la Haute Aministration, les Directions Générales, etc… et ce sont les synthèses qui sortent de leur seule boîte à idée(s?), à eux, qui font « loi »!!!

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