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Emmanuel Maurel, candidat à la tête du PS : « Macron n’est pas un début, c’est une fin » – Marianne

vendredi 12 janvier 2018
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Marianne – Propos recueillis par Hadrien Mathoux – Publié le 11/01/2018 à 17:29

Ancien député frondeur, Emmanuel Maurel souhaite rassembler au-delà de son étiquette traditionnelle pour faire du PS un parti « républicain, antilibéral et écologiste« . Il se confie à Marianne.

A côté des déclarations solennelles – Stéphane Le Foll et Olivier Faure ont annoncé tour à tour cette semaine leur candidature à la tête du PS -, Emmanuel Maurel se ferait presque discret. Eloigné du courant majoritaire, ce représentant de l’aile gauche (il a fait partie des frondeurs pendant le quinquennat de François Hollande) s’étonne qu’on attende de lui une annonce formalisée. « Ce n’est pas une élection présidentielle« , soupire-t-il. Mais il est bien candidat. Décidé à prendre la tête d’un Parti socialiste moribond, le député européen esquisse pour Marianne les contours de son projet.


Comme Luc CarvounasStéphane Le Foll et Olivier Faure, vous êtes candidat pour prendre la tête du PS. Pourquoi ?

Emmanuel Maurel : J’aime le PS, le PS est en mauvais état, j’ai des solutions pour le redresser et je pense qu’on peut faire gagner la gauche en 2022. Je me présente avec une grille de lecture de la société, du monde et un cap stratégique clair.

En quoi consiste ce cap ?

Contrairement à ce qu’on lit dans les commentaires mainstream, Emmanuel Macron n’est pas un début, c’est une fin. C’est la fin du cycle néolibéral. Macron est habile, intelligent, professionnel mais il méconnaît quelque chose de fondamental en France : l’aspiration égalitaire. Avec sa conception de la société et de l’individu très marquée par le libéralisme – la métaphore du « premier de cordée » en témoigne – il met en place une politique qui est à mon avis à l’encontre de ce qu’est l’identité politique de la France. A un moment, il va y avoir une confrontation très forte. La gauche, à condition qu’elle redevienne elle-même, peut être au rendez-vous dès 2022. Je veux relever le Parti socialiste dans cette optique-là.

Vous préparez donc un virage à gauche du PS…

Je ne dirais pas ça. Je ne pense pas que le congrès doive être une sorte de concours – plus à gauche, moins à gauche. Moi, je suis simplement de gauche, je l’ai toujours été. Certains se sont parfois aventurés sur le terrain libéral, ce n’est pas mon cas. Mais je n’ai pas l’impression de porter un message maximaliste. Quand je dis que le socialisme d’aujourd’hui doit être à la fois républicain, antilibéral et écologiste, je pense être en résonance avec l’aspiration du peuple de gauche, quel qu’ait été son vote à la présidentielle ou aux législatives.

Avec Emmanuel Macron, on a des différences de nature. Avec la France insoumise, on a des différences de degré.

Quelle orientation politique souhaitez-vous donner au parti ?

Mon projet est républicain, car il faut remettre l’égalité au cœur de tout : égalité territoriale, refus d’une société défigurée par le communautarisme et les différentialismes – le combat laïc est au cœur du combat socialiste -, défense des services publics qui ont été défigurés ces derniers temps…

Il est également antilibéral, car la vocation première d’un socialiste au XXIe siècle est de restreindre le champ de la « société de marché », pour reprendre l’expression de Lionel Jospin. La nature nouvelle du capitalisme transnational, c’est la marchandisation généralisée et le fait qu’on considère que le marché s’étend à toutes les sphères de la vie, même les plus intimes. Un socialiste conséquent fait en sorte que la société de marché, ce monde où il n’y a plus de règles, recule. Être antilibéral, c’est aussi tout faire pour protéger les travailleurs au moment où le monde de l’ubérisation se développe avec toutes ses conséquences néfastes sur le monde du travail.

Un projet écologiste enfin, et c’est une évolution idéologique : le combat écologiste et le combat social vont de pair. Dans la dynamique du capitalisme, il y a l’exploitation toujours plus délirante des ressources naturelles, il y a un consumérisme dangereux, cela nous invite à produire et consommer autrement. En quoi tout cela est-il « plus à gauche » ? C’est l’idée que je me fais du mouvement progressiste aujourd’hui, j’ai le sentiment que cela correspond aux aspirations du peuple de gauche.

Qu’est-ce qui vous différencie de la France insoumise ?

Avec Emmanuel Macron, on a des différences de nature. Avec la France insoumise, on a des différences de degré. On doit avoir des débats avec la France insoumise, dans le cadre d’une confrontation traditionnelle à gauche. Certains chez les Insoumis considèrent que le clivage droite gauche est dépassé et que le vrai clivage oppose le peuple à l’oligarchie : je pense que ce n’est pas tout à fait exact. Un clivage ne va pas se substituer à tous les clivages existants. C’est quand même une différence importante.

Mais ne comptez pas sur moi pour taper sur la France insoumise de façon quasi-obsessionnelle. Notre priorité est de nous opposer à la droite et à Macron, dont nous devons être les adversaires politiques. Ça n’a pas toujours été clair, et d’ailleurs chez certains dirigeants socialistes ça ne l’est toujours pas. D’ailleurs, au moment des législatives puis au moment du vote de confiance, une forme de confusion a contribué à dégrader l’image du PS. On doit se revendiquer clairement dans l’opposition à Macron, à ce qu’il porte, à ce qu’il propose. Les six premiers mois de Macron, de ce point de vue-là, devraient avoir décillé les yeux de tous ceux qui avaient des doutes. Il ne fait rien pour échapper à la caricature du « président des riches ».

Il est donc envisageable de mener des luttes communes avec d’autres mouvements de gauche, la France insoumise ou encore le mouvement Génération.s de Benoît Hamon ?

Ce n’est pas seulement envisageable, c’est indispensable. Quand on est socialiste, on considère que le rassemblement de la gauche le plus large possible est la condition pour transformer la société en profondeur. Cela se fera dans les luttes, les mobilisations, les causes communes, ce qui permettra de rentrer dans une dynamique nouvelle.

Reste qu’aux yeux de beaucoup, vous incarnez l’aile gauche du PS…

Ça va peut-être vous surprendre mais je ne veux pas déposer une motion de l’aile gauche. Je veux proposer une synthèse nouvelle. Ce sera un rassemblement assez large. Nous voulons porter un débat sur comment on en est arrivé là : en 2012, on avait tous les pouvoirs, en 2017 on n’a quasiment plus rien. L’inventaire ne consiste pas à distribuer les bons points et les mauvais points, ou à rejouer le match entre frondeurs et légitimistes, mais il faut quand même comprendre. Il y a eu des avancées dans le quinquennat, mais aussi des moments où les gens ne nous ont pas reconnus. Je propose dans cette synthèse nouvelle que le PS se fixe comme objectif prioritaire de renouer avec un électorat qui l’a quitté : le corps central de la société, les ouvriers et les employés. Ça passe par une réflexion aboutie sur les territoires délaissés, mais aussi par l’attention aux conditions matérielles de l’existence des gens. Je trouve sidérant qu’au Parti socialiste, on ne parle plus des salaires. La question salariale est totalement centrale : qu’on réaffirme notre attachement au salaire minimum, qu’on en demande l’augmentation, que par ailleurs on ne s’interdise pas de réfléchir à une loi à l’islandaise sur l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, c’est une priorité absolue.

Même si vous ne voulez pas rejouer le match, vous faites face à plusieurs candidats emblématiques de la ligne dite « légitimiste »… Quel regard portez-vous sur les candidatures de Stéphane Le Foll ou Olivier Faure ?

Je ne vais pas me prêter au petit jeu de débiner les concurrents. Ils feront leurs propositions, donneront leur interprétation du moment. Moi, je souhaite qu’on ne puisse pas dire à la fin du congrès : « ils n’ont rien compris, ils n’ont rien appris ». On est obligés de donner le sentiment que le message des électeurs a été entendu, qu’on est d’accord sur une stratégie, qu’on a la conviction que la gauche peut se relever pourvu qu’elle redevienne elle-même. C’est ça qui m’intéresse.

La multiplication des candidatures et son lot de querelles intestines ne sont-elles pas le signe que le PS s’apprête à retomber dans ses travers ?

Si c’est ça, ça veut dire qu’on n’est pas à la hauteur de l’enjeu, et les gens continueront alors à se détourner de nous. Moi, je fais le pari de l’intelligence collective. Je fais le pari que la clarté qui accompagne ma démarche sera comprise par les militants. Ils ont envie de tourner la page, ils ne sont pas encore totalement convaincus qu’on peut être très vite dans une dynamique de reconquête. C’est à moi de les en convaincre.

Quel regard portez-vous sur le manifeste publié par Stéphane Vincini et une trentaine de cadres du PS dans le JDD ? Ils appellent à relancer le parti grâce à ‘l’action dans les territoires« , et proposent également un « projet de société des Nouveaux possibles Maîtrisés s’articulant autour de nouveaux communs« …

Il y a des choses intéressantes dans cette démarche, notamment l’attention aux territoires qui doivent irriguer notre réflexion. Cela me paraît totalement indispensable. Après, il y a aussi des concepts que je trouve un peu flous. Or je crois que tout en ayant une pensée complexe et nuancée, il faut être capable de sortir avec un certain nombre de mots d’ordre clairs et simples. On doit pouvoir se mobiliser sur des thèmes mobilisateurs et compréhensibles par le plus grand nombre.

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