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Emmanuel Maurel dans L’Obs – Crise grecque : Monsieur Hollande, voici ce que vous devriez dire à Merkel

mercredi 8 juillet 2015

Publié le 06-07-2015 à 16h31 – sur L’Obs

Angela Merkel est reçue à l’Elysée. François Hollande aidera-t-il à trouver un compromis sur la Grèce ? Doit-il au contraire « s’engueuler une bonne fois » avec la chancelière ?

François Hollande reçoit Angela Merkel ce lundi soir à l’Elysée. Objectif : accorder les positions françaises et allemandes au lendemain du « non » massif des Grecs au plan des créanciers européens. Et avant un sommet européen crucial mardi.

Que faut-il attendre de ce rendez-vous au sommet ? « L’Obs » a posé la question à Yannick Jadot (EELV), Christophe Caresche et Emmanuel Maurel (PS). 

« S’engueuler une bonne fois avec Merkel »

Yannick Jadot, député européen EELV

 « Jusqu’à maintenant, François Hollande a suivi les traces de Sarkozy et est resté tapi dans l’ombre de Merkel. Il ne s’agit pas tant d’une crise économique que d’une crise politique. On sait que la dette grecque n’est pas soutenable ; on sait que le cadre d’austérité budgétaire est contre-productif pour relancer l’économie et l’emploi en Europe. Et pourtant, nous sommes incapables de remettre en cause le cadre économique.

François Hollande a dû négocier pour affaiblir la contrainte budgétaire qui pesait sur la France. Il a obtenu des dérogations sur ses déficits, et en contrepartie il n’a pas cherché à remettre en cause le cadre européen. Hollande a préféré prendre des fessées à Berlin plutôt que s’engueuler une bonne fois avec Merkel.

Aujourd’hui, Hollande ne veut pas que Tsipras obtienne de Merkel ce que lui-même n’a pas pu obtenir après son élection en 2012. Cela fait 6 mois que le Premier ministre grec essaie de renégocier. Les discussions du Conseil européen ont lieu en toute opacité, sans rendre de compte à personne. Les sommets à répétition ressemblent à un vaste psychodrame où dominent les conflits personnels et les haines recuites. Toute rationalité a disparu. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé la nomination d’un médiateur, Jacques Delors, qui saura incarner l’intérêt général européen.

J’aimerais que François Hollande joue ce rôle de facilitateur,mais il ne l’a pas fait jusqu’à maintenant. Il ne peut pas rester le good cop de Merkel. François Hollande doit devenir enfin ce qu’il n’a jamais été depuis trois ans : un dirigeant européen. »

« Hollande a toujours veillé à être un trait d’union »

Christophe Caresche, député, membre de l’aile droite du PS

« J’attends que se dégage l’esquisse d’une solution. Peut-on repartir sur la base de l’accord d’avant référendum ? Ça va être à mon avis difficile. Il faudrait envisager une solution un peu nouvelle en tirant les leçons de cet échec de l’Europe. Le problème est toujours le même : la manière dont les pays européens répondent. L’approche qui consiste à vouloir imposer par des injonctions est un peu dépassée. Si on se dirige vers une restructuration de la dette, ce sera aux Grecs de faire le boulot, ça ne signifie en aucun cas un cadeau.

Jusqu’à maintenant, Hollande a prôné un accord jusqu’au bout et il a bien fait. Ce n’était pas uniquement dans l’intérêt national. C’est une position assez juste, respectueuse des uns et des autres. Il s’est refusé à prendre parti et à s’engager dans une contestation, à l’inverse de certains à gauche. Cette idée qu’il faudrait renverser la table relève du romantisme et d’une stratégie qui n’a aucun sens et ne mènerait qu’à l’éclatement de la zone euro.

En Allemagne, on n’observe aucune mobilisation de l’extrême gauche. Un fossé énorme se creuse entre l’Europe du nord et du sud, une cassure qui n’est pas idéologique mais territoriale d’un certain point de vue. Or Hollande, depuis le début, refuse d’être le porte-parole des pays du sud face à l’Allemagne qui serait celle des pays du nord. Lui a toujours veillé à être un trait d’union. »

« Hollande doit porter la voix de ceux qui veulent réorienter l’Europe » 

Emmanuel Maurel, député européen, membre de l’aile gauche du PS

 « J’attends que François Hollande prenne l’initiative d’un infléchissement. On nous dit qu’il y a eu ces derniers jours une différence d’appréciation avec Angela Merkel. Cela ne s’est pas beaucoup vu. Hollande doit porter la voix de ceux qui veulent saisir l’opportunité de ce vote pour réorienter l’Europe. Si nous sommes sur la position dure défendue par Wolfgang Schäuble [ministre des Finances allemand NDLR], on envisage une Europe double : d’un côté ceux qui respectent la discipline budgétaire, de l’autre ceux qui ne sont pas dans les clous et se retrouveraient lâchés. Il faut en finir avec l’intransigeance qui donne de l’Europe une image déplorable de cour de récréation. 

Concrètement, il faut remettre sur la table la question de la dette,qui doit être rééchelonnée et négociée pour laisser le temps à Tsipras de mettre en place des réformes de structure. Le problème est aussi politique. Si une solution de compromis n’est pas trouvée, il ne faudra pas s’étonner à terme que les citoyens européens s’en détournent ni venir pleurer à chaque élection sur le score des nationalistes. »

Propos recueillis pas Baptiste Legrand et Audrey Salor

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