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Entretien dans Le Monde – Marie-Noëlle Lienemann : « je suis candidate à des primaires à gauche »

jeudi 24 mars 2016

Le Monde.fr | | Par Bastien Bonnefous

MNL_Le_Monde_24-03-2016Marie-Noëlle Lienemann publie le 31 mars un livre réquisitoire contre François Hollande, Merci pour ce changement (Editions du Moment), dans lequel la sénatrice de Paris, classée à l’aile gauche du PS, demande que son parti organise des primaires pour désigner son candidat à la présidentielle. Elle s’y porte d’ores et déjà candidate.

Pourquoi des primaires et pourquoi être candidate ?

Notre pays est affaibli et déprimé car le quinquennat de François Hollande n’a fait que prolonger cette redoutable plongée, à gauche comme à droite, dans le libéralisme, commencée il y a trente ans, sans tenir compte du génie français. Une collusion des élites ne cesse de nous expliquer que le meilleur atout de la France est de ne plus être la France, que notre salut serait de ressembler aux Allemands, aux Américains, aux Anglais… Il est temps de changer de cap. Je veux des primaires qui rassemblent la gauche et les écologistes, PS compris. C’est pour cela que je suis candidate.

François Hollande n’est donc pas pour vous le candidat naturel du PS en 2017 ?

Non, la meilleure preuve est que personne ne se précipite pour dire qu’il n’y a que lui. Candidat naturel ou pas, il faut respecter nos règles. Celles du PS imposent des primaires. Sous prétexte que le FN constitue une menace réelle, on ne peut pas interdire le débat et dire qu’il n’y a pas d’autre choix que François Hollande. Ce serait le degré zéro du sursaut politique.

Mais Jean-Luc Mélenchon a dit non à des primaires et M. Hollande ne semble guère partant…

Que Mélenchon ait décidé d’y aller seul n’empêche pas les autres forces politiques à gauche de réfléchir. Et si François Hollande ne le souhaite pas, c’est une erreur de sa part. S’il pense que les primaires sont un risque pour lui, comment peut-il imaginer gagner la présidentielle ? Il peut toujours croire qu’il y a un immense champ qui s’ouvre à lui au centre, les réalités politiques montrent que c’est faux.

Que lui reprochez-vous ?

De ne pas avoir tenu ses engagements de 2012, qui n’étaient pourtant pas démesurés. Il a progressivement délégitimé la gauche, en expliquant que ce que propose la droite est plus efficient. C’est un abandon idéologique qui a fait prévaloir la ligne Valls, pourtant ultra-minoritaire à gauche. Je lui reproche aussi de n’avoir pas essayé de réorienter l’Europe. Il n’a jamais tenté de créer un rapport de force avec Angela Merkel et a, au contraire, accepté les réformes structurelles imposées par la Commission européenne, en échange du non-respect de la baisse des déficits.

En demandant des primaires, vous entretenez les divisions à gauche.

Le débat ne divise pas, c’est la volonté de fracture de François Hollande et Manuel Valls qui le fait. Depuis 2012, le chef de l’Etat n’a fait que contourner et éjecter ses alliés. Le premier ministre explique que le cycle du PS d’Epinay est fini. Pour lui, cela signifie la fin de l’unité des forces de gauche, pour aller vers le centre. C’est une erreur majeure car le cycle qui s’achève n’est pas celui de l’union de la gauche, mais celui de l’illusion sociale-libérale. Partout dans le monde, la mondialisation libérale commence à être rejetée par les peuples. Même aux Etats-Unis. A droite, c’est le populisme avec Donald Trump, à gauche la recherche d’une voie nouvelle avec Bernie Sanders.

Mais vous êtes minoritaire au sein du PS.

Nous n’avons pas réussi depuis 2012 à transformer l’essai. Je n’ai pas compris les jeux tactiques de certains qui, même s’ils le regrettent aujourd’hui, ont permis à Manuel Valls d’aller à Matignon. Au congrès de Poitiers, Martine Aubry a choisi de soutenir le gouvernement, c’est une autre occasion ratée. Mais dans les faits, le PS ne s’est pas donné au néolibéralisme. Manuel Valls reste minoritaire et personne ne soutient réellement Emmanuel Macron.

Pourquoi restez-vous au PS ?

Quitter le PS serait faire gagner ceux qui ne sont plus socialistes. Je n’ai pas l’intention de laisser le parti de Jaurès, Blum et Mitterrand aux mains des néolibéraux. Je crois à l’actualité du socialisme républicain.

Dans votre livre, vous citez plusieurs fois François Mitterrand dont vous avez été la ministre entre 1992 et 1993.

Entre Mitterrand et Hollande, il n’y a pas photo ! Mitterrand, comme de Gaulle, avait connu la deuxième guerre mondiale, il avait une vision globale de la politique et de l’histoire, pas une vision technocratique. François Hollande, lui, gère le pays comme un manager d’entreprise. Il ne parle pas aux Français, il parle par mots-clés de communicants, il dit « réforme », « compétitivité », etc. Mais les mots-clés ne règlent pas les faits.

L’exécutif a revu la loi Travail, doit-il abandonner la déchéance de nationalité ?

La déchéance de nationalité ne rassemble ni les forces politiques, ni les Français, et ne permet pas de lutter contre le terrorisme. Elle met en cause nos principes. Il faut clairement l’abandonner. Sur la loi Travail, je demande son retrait car c’est une loi de dumping social. Si François Hollande veut encore avoir quelques chances d’éviter le désastre pour la fin du quinquennat, il doit montrer qu’il est capable de ne pas persévérer dans l’erreur sur ces deux points.

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