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Gérard Filoche : « La contre-révolution de Hollande » – L’Humanité

dimanche 13 mars 2016

Samedi 12 mars 2016 – L’Humanité Dimanche

La chronique de Gérard Filoche. Myriam El Khomri prétend nous «bousculer vite et fort», clamant que nos critiques sont «absurdes». C’est sa conception du «dialogue social».

imagePourtant, « l’absurdité » est tout entière dans l’article 1 de sa loi : ne serait-ce qu’à cause de lui, tout le projet de loi El Khomri doit être retiré. Il est la remise en cause historique, théorique, juridique, fondamentale d’un siècle de Code du travail. Le Code du travail est né en 1910, après la catastrophe de Courrières de 1906, dans le Pas-de-Calais. Lors de cette tragédie, 1 099 mineurs avaient perdu la vie. Le choix fondamental a été, depuis, d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail.

Aussi, lorsque le président Hollande annonce qu’il veut « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », c’est une contre-révolution conceptuelle. Elle n’a rien de « moderne » et rien à voir avec la « crise » : c’est le retour au XIXe siècle, bien avant 1906, aux débuts du salariat postesclavage, quand il n’y avait ni lois ni cotisations sociales. Ça n’a rien à voir non plus avec l’emploi : Hollande l’avoue le 21 février 2016, en précisant que cette loi « n’aura pas d’effets en termes d’emploi avant plusieurs mois. Mais il s’agit d’installer un nouveau modèle social ». Cent ans durant, le Code du travail a été construit pour que les droits des humains au travail échappent aux exigences du marché, de la rentabilité, de la compétitivité.

Les lois du travail sont – et doivent rester – universelles en ce qu’elles sont attachées aux droits humains. Elles doivent l’emporter sur les contrats, sur les accords, sur les dérogations, les exceptions. C’est ce qui est garanti par la Déclaration des droits de l’homme de 1948, par la charte européenne des droits fondamentaux des humains de 1999, par des conventions de l’OIT. S’il existe une Organisation internationale du travail, c’est pour que ces droits humains s’étendent, pas pour que le président Hollande les rabougrisse.

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