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Guerre au Mali « étais tu pour ou contre » par Paul Quilès

jeudi 31 janvier 2013

maliguerreQuinze jours après l’intervention française au Mali, la pression médiatique retombe. Et pourtant, les opérations continuent et elles sont d’autant plus dangereuses -et parfois, difficiles à décrypter- que l’objectif de « guerre contre le terrorisme » est ambigü.

Lors d’un dîner avec des amis, le sujet est venu en discussion et j’ai été, en quelque sorte, sommé de me prononcer clairement sur l’opportunité de cette intervention: « Etais-tu pour ou étais-tu contre? » Devant mon refus de répondre à une question aussi mal posée, j’ai failli être suspecté de faire preuve d’irresponsabilité, voire, plus grave, de nourrir des sympathies pour les Djihadistes!

Heureusement, nous étions entre (vrais) amis. J’ai pu dérouler mon raisonnement, au cours d’une discussion animée…. qui a duré plus d’une heure et il me semble que j’ai fini par les convaincre.

Je résumerai ma position de la façon suivante:

1- Bien entendu, il n’est pas question d’avoir la moindre sympathie pour ces hommes, leurs « valeurs » et leurs méthodes.

2- Cela n’interdit pas d’essayer de comprendre l’origine de ces mouvements et leurs motivations (voir sur ce blog: « D’où vient le terrorisme d’origine islamique? »). Se tromper sur le diagnostic peut conduire à se tromper sur les remèdes.

3- Pendant 8 mois (avril à décembre 2012), la Communauté internationale (le Conseil de sécurité de l’ONU), les Africains (la CEDEAO), l’Union Européenne, la France ont tenté de trouver une solution susceptible de mettre fin au chaos qui régnait au Mali.

4- La nécessité de prendre des mesures urgentes, sous peine de faire le lit des mouvements islamistes radicaux, était connue (voir sur ce blog mon texte du 14 avril 2012: « Les risques d’un Mali effondré« )

5- Malgré cela, les lenteurs de la mise en oeuvre des solutions envisagées, notamment sur le plan militaire, ont conduit à attendre le 20 décembre 2012, pour qu’une résolution du Conseil de sécurité décide de créer la MISMA, force d’intervention, composée exclusivement d’Africains.

6- Dans les jours qui ont suivi, on a appris, par diverses déclarations publiques, que cette force africaine ne serait pas opérationnelle avant octobre 2013!

7- Question: Les responsables politiques de la Communauté internationale (Conseil de sécurité, France, Africains, UE, Etats-Unis…..) pensaient-ils sérieusement que les Djihadistes n’avaient rien entendu et qu’ils attendraient pendant 9 mois que la MISMA s’installe avant de réagir? Cette naïveté, qui frise l’incompétence, a conduit les mouvements islamistes à décider d’attaquer rapidement l’armée malienne, de prendre la ville de Konna, avec l’intention affichée de foncer vers Bamako.

      Dans ces conditions, compte tenu des éléments que j’ai rappelés, la réponse à la question que me posaient mes amis ne peut être « oui » ou « non », mais plutôt: « La France était condamnée à intervenir rapidement« . En répondant ainsi, je n’ai pas l’intention d’exonérer pour autant de leur responsabilité ceux qui ont laissé la situation se dégrader, rendant inévitable cette intervention du seul pays -la France- capable de donner un coup d’arrêt rapide aux plans des mouvements djihadistes. De toute façon, la question demeure de connaître l’objectif ultérieur de cette guerre et de la part que souhaite y prendre notre pays.

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Je vous conseille la lecture de ces 2 intéressants articles:
– « une intervention sans doute nécessaire mais pas nécessairement juste » (Le Monde)

– « Mali, un nouvel Afghanistan? » (Marianne)

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