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Interview de Marie-Noëlle Lienemann dans Le Figaro: Pour une relance de la croissance, le 22 avril 2013

lundi 22 avril 2013

Lienemann (PS) : «Pour une relance de la croissance»

«Toutes les politiques de réduction drastique de la dépense publique ont mené à la même baisse de la croissance, et même à la récession», affirme Marie-Noëlle Lienemann.
«Toutes les politiques de réduction drastique de la dépense publique ont mené à la même baisse de la croissance, et même à la récession», affirme Marie-Noëlle Lienemann. Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

INTERVIEW – Représentante de l’aile gauche du Parti socialiste, la sénatrice de Paris défend «une autre politique».

LE FIGARO.- Dans un manifeste que vous venez d’envoyer à François Hollande, vous plaidez pour une alternative à la rigueur. Une «autre politique» est-elle possible?

Marie-Noëlle LIENEMANN. –Oui. Il faut sortir de cet objectif de réduction des déficits à marche forcée. Car si l’on n’arrive pas à doper la croissance, nous ne résoudrons pas la question des déficits. Il faut donc inverser les priorités et lancer une politique de relance de la croissance. Nous sommes de plus en plus nombreux à demander ce changement de cap: des économistes, le FMI, plusieurs ministres – Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Cécile Duflot – mais aussi Stéphane Le Foll qui prône une relance des investissements. Ce mouvement est en train de monter. En France mais aussi en Europe. Le gouvernement néerlandais a décidé de changer de cap et de ne pas faire des 3 % l’alpha et l’omega de sa politique. Il a décidé de soutenir la croissance.

Que répondez-vous à Jean-Marc Ayrault qui, au conseil national du PS, a ironisé sur une gauche qui poursuit des idéaux au lieu de se confronter aux réalités?

Mais nous sommes les réalistes! Toutes les politiques de réduction drastique de la dépense publique ont mené à la même baisse de la croissance, et même à la récession. Les fameux réalistes devraient faire profil bas. Le réalisme, ce n’est pas d’être aveuglé par des présupposés économiques qui, la plupart du temps, ne sont pas vérifiés. Le réalisme, c’est mettre un coup d’accélérateur de la croissance.

Vous pourfendez le «surmoi libéral» prégnant en France, même à gauche…

Le plus grave dans ce surmoi libéral, c’est l’idée qu’il n’y a pas d’autre politique possible. De notre côté, nous plaidons pour une réactualisation d’une pensée de type keynésien. Trente ans plus tard, les libéraux ont davantage failli que les keynésiens. À cause de ces présupposés libéraux, il y a une incapacité de penser qu’on peut changer de cycle. Comme pendant les années 1930, nous sommes pétrifiés à l’idée de changer de fondamentaux. Or le cycle s’épuise. Nous sommes plongés dans une crise majeure. Nous pensons qu’il est urgentissime de passer à une autre ère. Il faut rompre avec cette pensée unique. Nous exigeons un large débat public dans le pays. J’ajoute qu’en France, nous sommes entravés par une culpabilisation qui a toujours été de mise en temps de crise: dans ces moments-là, on dit que l’Allemagne est vertueuse et que la France est dépensière. D’un côté, la vertu ; de l’autre le laxisme. Cette récurrence n’a jamais rien donné de bon. Cette démoralisation collective pétrifie notre pays et peut l’emmener à des aberrations.

«Il faut un plan de relance de 44 milliards d’euros, dont seulement 28 seraient financés sur les fonds publics»

Marie-Noëlle Lienemann

Vous citez Franklin Roosevelt en exemple. François Hollande devrait-il s’en inspirer?

Roosevelt n’a pas seulement été l’homme du New Deal, il a cru en la rigueur budgétaire. Un peu comme François Hollande aujourd’hui. Et puis le réel l’a rattrapé. Le président américain s’est dit qu’il fallait avoir le courage d’une voie nouvelle. Pour Hollande, cela devrait même être moins dur que pour Roosevelt. La culture républicaine française donne un rôle prééminent à l’État, et il y a en France un large consensus sur la défense du modèle social. Hollande devrait donc avoir davantage de marges de manœuvre pour remettre en mouvement notre peuple que Roosevelt n’en avait eu à l’époque pour convaincre les Américains.

Comment prendrait corps cette autre politique que vous préconisez?

Il faut un plan de relance de 44 milliards d’euros, dont seulement 28 seraient financés sur les fonds publics. Ce plan s’appuierait sur l’investissement et la consommation, en donnant la priorité à celle-ci (qui représenterait plus de la moitié des dépenses). C’est la meilleure manière de faire face à l’urgence sociale. Ce plan comprendrait aussi une nouvelle stratégie industrielle impliquant une réorientation de l’épargne des Français vers la réindustrialisation du pays.

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