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Interview d’Emmanuel Maurel au JDD: « Le vrai débat au PS : austérité, stop ou encore? »

mercredi 27 mars 2013

INTERVIEW – Sur la forme, il n’est pas d’accord avec les propos tenus par Pascal Cherki contre l’action de François Hollande. Mais, joint par leJDD.fr, Emmanuel Maurel*, le représentant de l’aile gauche du PS, reconnaît qu’il « est temps de se poser clairement la question d’une réorientation de la politique gouvernementale ».

Emmanuel Maurel Emmanuel Maurel est le représentant de l’aile gauche du PS, ici lors du congrès de Toulouse. (Maxppp)

Que pensez-vous des propos de Pascal Cherki?
Il faut distinguer la forme – qui en effet est très provocatrice – et le fond, qui traduit une forme d’impatience d’un certain nombre de militants socialistes. Mais aussi de doutes par rapport à l’orientation actuelle de la politique gouvernementale. Autant je ne partage pas la forme, autant sur le fond, j’estime que, compte tenu la gravité de la situation, il est temps de se poser clairement la question d’une réorientation de la politique gouvernementale.

«Sur la politique économique, nous ne sommes pas entendus»

Sur le fond, quel reproche feriez-vous à François Hollande?
Le problème est que l’on a une contradiction entre des mesures volontaristes – mises en œuvre notamment pour l’emploi des jeunes, le logement ou encore l’éducation – et une politique de rigueur extrême qui ne nous permet pas de sortir de la spirale de récession dans laquelle nous sommes engagés. Nous avons fait trois choses que nous avions dit, pendant la campagne, que nous ne ferions pas : le traité européen (TSCG), le pacte de compétitivité et la transcription de l’accord sur l’emploi (ANI). C’est précisément ces trois points importants de la politique économique qui aujourd’hui posent question au regard de la situation nationale. Nous expliquons qu’à notre avis, dans ce contexte, le mieux est une stratégie de relance. Nous n’avons pas attendu hier pour le dire. Le vrai débat au sein du PS aujourd’hui c’est : austérité, stop ou encore?

Vous dites exprimer votre désaccord depuis quelques mois. Mais vous n’êtes pas vraiment entendu…
C’est vrai, même s’il ne faut pas bouder notre plaisir quand on a de petites victoires. Je pense notamment à la baisse de la TVA sur le logement social, annoncée par François Hollande. Mais je constate en effet que sur les grandes orientations de la politique économique, nous ne sommes pas entendus, alors même que j’ai la prétention de croire que nous exprimons un sentiment majoritaire à gauche, dans notre électorat.

Que faire pour que cela change?
Je pense que François Hollande est quelqu’un de réaliste. Il a le sens des rapports de force. Aujourd’hui, il est temps de rééquilibrer la politique en faveur du monde du travail. Parce qu’il est pragmatique, je ne doute pas un instant que François Hollande ait ça en tête. C’est pour ça que j’espère qu’à l’occasion de son intervention télévisée de jeudi, il va non seulement parler de son cap – car même si on dit ‘on sait où on va’, il y a encore des doutes précis sur l’objectif à atteindre – et surtout qu’il va faire un geste en direction des salariés de ce pays, qui attendent de la gauche autre chose qu’une simple politique de rigueur.

«Il est temps de mettre en oeuvre un certain nombre d’engagements»Vous restez donc confiant?
Ce n’est pas une question de confiance. D’abord, rien ne se fait dans le pays sans le PS. Et puis, nous avons été élu sur un certain nombre d’engagements, certains étaient très forts, il est temps de les mettre en œuvre.

Au bureau national mardi soir, Harlem Désir a déclaré : « Ce qui est attendu aujourd’hui d’un député qui doit son élection au PS et qui a été élu dans la foulée de François Hollande, c’est d’être mobilisé derrière le président de la République. » Etes-vous d’accord?
Le problème d’Harlem Désir est qu’il avait promis, lors de son élection, que le PS serait un parti qui évidemment soutiendrait le président, mais qui garderait aussi son autonomie dans le débat et dans l’action. L’enjeu des prochaines semaines, c’est que le PS donne de la voix et dise les choses que François Hollande ne peut pas se permettre de dire, par exemple par rapport à Mme Merkel. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Plus que jamais, compte tenu de ce qui se passe au niveau européen, le PS doit mobiliser les progressistes contre l’Europe des libéraux qui nous mène droit dans le mur.

* La motion « Maintenant la gauche » d’Emmanuel Maurel est arrivé en deuxième position dans la course à la présidence du PS. Face à Harlem Désir, il avait recueilli au second tour 28% des voix.

 

Anne-Charlotte Dusseaulx – leJDD.fr

mercredi 27 mars 2013

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