Economie, Presse, Social

Jérôme Guedj interview au Nouvel Observateur : « Arnaud Montebourg est utile au gouvernement »

jeudi 6 décembre 2012

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Bien que désavoué sur ArcelorMittal, le ministre a contribué « à la réhabilitation du volontarisme en politique », estime Jérôme Guedj, député PS. Interview. (propos recueilli par Baptiste Legrand)

Il y a trois semaines, quand François Hollande présentait son « pacte de compétitivité », vous regrettiez une « inflexion de la ligne politique » du gouvernement. L’issue du bras de fer avec ArcelorMittal illustre-t-elle cette « inflexion » ?

– Non, je veux distinguer les deux sujets. En moins de deux semaines, un débat national s’est ouvert sur la pertinence de nationaliser temporairement une entreprise privée. Cette idée n’a pas été désavouée par le gouvernement quand elle a été mise sur la table par Arnaud Montebourg. Je suis extrêmement reconnaissant au ministre du Redressement productif d’avoir mis au cœur du débat public la notion de nationalisation temporaire. Car il faut bien voir d’où l’on vient ! Lors du congrès du Parti socialiste, nous étions seuls, avec Marie-Noëlle Lienemann, à défendre cette option dans notre texte. Bien sûr, au terme du processus, la nationalisation n’est pas retenue. Mais je fais partie des optimistes qui considèrent qu’il s’agit d’une grande victoire sur le champ de bataille des idées.

Les pessimistes vous répondront : le gouvernement a finalement écarté la nationalisation, c’est là un échec symbolique fort…

– Je souscrirais à cette analyse si le Premier ministre n’avait pas lui-même souligné ce que l’accord conclu avec ArcelorMittal doit à Arnaud Montebourg. Franchement, j’ai bu du petit lait quand le communiqué de Matignon déclare que le ministre a contribué « à créer un rapport de forces favorable à la conclusion de l’accord ».

Vous préférez retenir le communiqué de Jean-Marc Ayrault plutôt que son intervention devant les caméras, qui sonne comme un désaveu de son ministre !

– Arnaud Montebourg a permis de mettre un pied dans la porte. Il ne faut pas désespérer une partie du peuple de gauche qui a besoin qu’on lui parle. Lionel Jospin avait lancé alors qu’il était Premier ministre : « L’Etat ne peut pas tout ». Et bien au contraire, Arnaud Montebourg nous indique la voie à suivre. Il réhabilite un outil, la nationalisation temporaire, que certains trouvaient ringard. Et qui a reçu des soutiens bien au-delà des frontières partisanes, de Mélenchon à Guaino en passant par Bayrou. Il ne s’agit pas de dogmatisme. C’est la réhabilitation du volontarisme en politique.

« Parler » au peuple de gauche, dites-vous. Parler, Montebourg l’a fait. Mais dans les actes ? Le gouvernement n’a-t-il pas bien peu obtenu ? D’autant que « jamais Mittal n’a tenu ses promesses dans le passé ». C’est une ministre, Delphine Batho, qui le dit…

– Dans le passé, Mittal a fait un véritable bras d’honneur à la France. Delphine Batho a donc raison de dire qu’il n’y a pas de confiance. D’où le besoin de maintenir le rapport de force. Mittal promet désormais d’investir 180 millions d’euros. Si cet investissement ainsi que la perspective du projet européen Ulcos n’étaient pas au rendez-vous, alors on ne pourra pas faire comme si le gouvernement n’avait pas prévenu. La nationalisation reste une option.

Nous avons besoin de cadrer cet acteur économique. A cet égard, on a trop vite oublié l’histoire de la dette fiscale qu’ArcelorMittal doit à la France [le groupe industriel a cependant démenti les informations du « Canard enchaîné », NDLR]. Il y aurait un paradoxe à ce que le crédit d’impôt prévu dans le cadre du pacte de compétitivité bénéficie à une entreprise qui doit de l’argent à l’Etat. Je fais partie des gens qui demandent à ce que le système de crédit d’impôt comporte davantage de contrepartie. Le débat a lieu en ce moment à l’Assemblée, un certain nombre d’amendements sont pris en compte, on peut aller plus loin.

Montebourg a eu raison de ne pas démissionner ?

– Arnaud Montebourg est utile au gouvernement. Son action est un message fort de la volonté de l’Etat d’agir pour sauvegarder l’emploi. S’il avait démissionné, cela aurait signifié l’impossibilité de tracer ce sillon au sein du gouvernement.

Propos de Jérôme Guedj recueillis par Baptiste Legrand le lundi 3 décembre 2012

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