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Jérôme Guedj : «Les ingrédients qui ont conduit au 21 avril 2002 sont là»

mardi 5 août 2014

Vous pouvez également retrouver cet entretien sur le site de Marianne.

Mardi 5 Août 2014
BRUNO RIETH

Une Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle devant un Nicolas Sarkozy à 25 % ? C’est l’information du sondage Ifop pour Marianne, si l’élection avait lieu aujourd’hui. Quel que soit le scénario entre un Hollande, un Valls, un Montebourg ou un Mélenchon, aucun candidat de gauche ne dépasserait la barre des 20 %. Jérôme Guedj, président socialiste du Conseil général de l’Essonne et signataire de l’Appel des cent, revient pour Marianne sur les leçons à tirer de ce sondage choc.

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Marianne : Un FN en tête du premier tour de l’élection présidentiel de 2017 et aucun candidat de gauche qualifié au second tour. Que vous inspire le sondage Marianne-Ifop ?

Je prends généralement les sondages avec beaucoup de précautions. Mais je n’ai pas eu besoin du sondage de Marianne pour savoir l’hypothèse de l’absence d’un candidat de gauche au deuxième tour en 2017. Il y a eu les élections européennes avec des socialistes à moins de 14 % et un FN en tête. Je ne suis pas de ceux qui ont considéré que c’était un non-événement à mettre sous le tapis. Au contraire, c’est un événement historique qui est venu conforté ce que je dis, et d’autres socialistes le disent aussi : Attention à 2017 ! Il ne faut pas que la gauche refasse les mêmes erreurs que lorsqu’elle était au gouvernement entre 1997 à 2002. Les ingrédients qui ont conduit au 21 avril sont déjà là. Jospin à l’époque capitalisait 12 % du vote ouvrier et employé en 2002. En 2014, la côte de popularité du président de la République est en dessous. C’est bien que le « peuple de gauche » ne se reconnaît pas dans cette politique gouvernementale. Ce qui m’inquiète, c’est que les élections européennes du 25 mai sont passées sans provoquer de réactions. Or, on voit bien qu’il y a une forme de fidélité dans le vote FN. On le constate encore plus dans le nord ou Marine Le Pen s’est présentée en personne. Faut-il attendre qu’il y ait un miracle, que des courbes s’inversent mystérieusement avec ce côté incantatoire, presque irrationnel ou allons nous réagir ? C’est la question que je pose.

 

L’autre information de ce sondage, c’est que le score associé de Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent chacun à leur manière une forme d’alternative à gauche, dépasserait Valls et Hollande. Quelles leçons en tirer ?

J’ai trouvé un peu court, au lendemain des européennes, qu’on analyse qu’il n’y avait pas d’alternatives à gauche, simplement parce que le Front de Gauche n’avait pas profité du recul du vote socialiste. Je suis convaincu que les électeurs de la gauche pensent que le PS est important dans le processus d’union de la gauche pour créer une alternative. C’est ce qui explique ce résultat. Notre sujet principal doit donc être de penser les relations futures avec les partenaires de gauche. On ne peut pas leur mettre le couteau sur la gorge en leur disant « ne présentez pas de candidat car vous ferez perdre les socialistes ». La réflexion ne peut pas se faire ainsi. Cette union de la gauche doit se faire maintenant. En 2017 il sera déjà trop tard.

 

Quand vous dites lors d’un entretien, « moi je veux la réussite du quinquennat d’Hollande et sa réélection », ne brouillez-vous pas le message que vous portez, c’est à dire une critique de la politique gouvernementale ? Ne faudrait-il pas plutôt parler de rupture pour être crédible ?

Je comprends cette critique, mais quand je dis que je suis pour la réélection de Hollande, je parle d’un Hollande qui aurait muté, qui aurait décidé de faire la politique qu’il énonçait dans son discours du Bourget. Quant à parler de rupture, pour faire quoi ? C’est ça la question. En tant que chef de courant du parti socialiste, ce qui m’intéresse et ce qui est le plus utile je pense, c’est de convaincre au sein de ma formation de la nécessité de cette union de la gauche et de l’obligation d’appeler à une autre politique économique. C’est une question qui se posera au prochain congrès en 2015. Mais parler de rupture, qui est un terme extrême je pense, sans débouché politique derrière, ça me paraît prématuré. On a déjà vu les résultats que ça donne de partir, à grand renfort d’annonce.

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