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Julien Dray : Du Monti sans Monti ou pire du Monti avec Monti

mercredi 27 février 2013

drapeau-ital-280x140Chapeau bas au centre-gauche italien. Grâce à lui nous venons de revivre les meilleurs moments du cinéma néoréaliste italien des grandes années. Avec à peine plus de 29% des voix, le Partito Democratico et ses alliés ont fait mentir les sondages… qui les donnaient de cinq à huit points au dessus de leur score actuel.

 Pendant ce temps, le candidat de Madame Merkel, Mario Monti, ancien Commissaire à la concurrence, Premier Ministre imposé après un coup d’Etat légal dont seule l’Italie à la secret, a réalisé une performance remarquée de 10% des voix, loin derrière les deux vainqueurs du scrutin : Berlusconi et Beppe Grillo.

 Deux grands vainqueurs donc : Grillo et Berlusconi. Deux grands perdants : Monti et le Partito Democratico.
Point commun des perdants : ils adhèrent à la politique d’austérité.
Point commun des vainqueurs : ils se sont faits les porte-voix rageurs et vindicatifs de la colère populaire contre les mesures d’austérité.
Il faut dire que la politique économique de Mario Monti a été une catastrophe complète à la fois pour le tissu économique italien et pour le moral de la société italienne. Il est d’ailleurs symptomatique que les alliés de Monti (notamment l’UDC de Cassini), jugés positivement par la presse européenne, aient été entrainés dans sa chute, au point, pour certains, d’être laminés et de disparaitre de la scène politique.
Pendant toute la campagne, Bersani, pourtant ancien communiste italien, a laissé entendre qu’in fine, le centre-gauche pourrait s’allier à Monti. Au moins a-t-il laissé entrevoir qu’en tout cas, il ne s’agissait pas de remettre en cause les politiques d’austérité chère au Professore Monti. Au mieux, les Italiens se voyaient promettre du Monti sans Monti, et au pire, du Monti avec Monti. On leur offrait une pincée de Vendola, le leader SEL, la gauche de la gauche, marginalisé et réduit à une force d’appoint de 3% au centre gauche. De quoi enthousiasmer l’électorat de gauche, qui représente aujourd’hui moins de 30% des votants, toutes tendances cumulées ou de séduire la « génération 1000 euros », c’est-à-dire les plus jeunes, confrontés aux dégâts sociaux de la crise…
Depuis Berlin, Madame Merkel peut donc contempler l’effondrement de son poulain, qu’une visite au Vatican auprès du Pape sortant n’aura pas sauvé de son destin, ni d’ailleurs de la vindicte électorale du peuple italien…
La vérité est criante : les Italiens vomissent cette politique d’austérité, comme tous les peuples d’Europe. Ce sentiment est partagé par tout le spectre politique, par toute la société, des ouvriers du textile de Toscane aux fortunes lombardes, de l’employé calabrais aux intellectuels de Rome… Pas plus qu’ailleurs en Europe, on ne supporte cette politique et l’atonie qu’elle entraine. Même usé et presque grotesque, Berlusconi paraissait moins déphasé par rapport à la société italien que Monti. Même peu crédible, Grillo semblait encore sérieux par rapport aux prescripteurs des saignées d’austérité.
Tous ceux qui seraient tentés de voir dans la ligne du Partito Democratico de Bersani un modèle éventuel pour d’autres gauches en Europe ont sous les yeux la démonstration éclatante du rejet par les peuples que l’austérité européenne engendre. Sans doute pourront-ils méditer ces résultats…
Les Italiens ont voté massivement contre la politique vantée et voulue par Madame Merkel. Sur la règle des 3%, sur les restrictions constantes des dépenses publiques, sur la compression budgétaires et les coupes claires dans les budgets, les Italiens ont dit non. Et il y a fort à parier que d’autres peuples les imiteront.
Il va falloir en effet tirer quelques leçons des élections italiennes. La plus importante est qu’il faut réorienter le projet européen. Sans attendre. Car si l’Europe ne connait pas une alternative imminente alors toutes les démagogies seront possibles, à l’image de Grillo aujourd’hui ou d’autres demain…
Dès maintenant c’est l’alternative au gouvernement actuel de l’Europe qu’il faut mettre en place, avec les peuples.
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