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L’accord de partenariat économique avec l’Afrique australe

jeudi 15 septembre 2016

Analyse et décryptage par Emmanuel Maurel, député européen socialiste

Le Parlement européen était appelé, aujourd’hui, à ratifier l’Accord de partenariat économique négocié entre l’Union européenne (via la Commission) et six États d’Afrique australe* ; ce qu’il a fait à 417 voix pour et 216 contre. Pour ma part, je n’ai pas souhaité donner mon assentiment à cet accord, qui ne peut pas satisfaire ceux qui ont à cœur d’œuvrer au développement économique, social et démocratique de nos partenaires africains.

Certains accords commerciaux méritent d’être soutenus, mais je n’ai pas été convaincu par les tenants du « there is no alternative » : rien d’obligeait les négociateurs européens à demander l’ouverture de plus de 80% des marchés africains, notamment agricoles. Rien ne justifiait non plus que la Commission exerce une pression suffocante sur les parlements botswanais, namibien et swazilandais afin qu’ils ratifient l’accord en urgence, cet été, sous peine de se voir confisquer leurs préférences commerciales actuelles (ouverture totale du marché européen, sans contrepartie).

En vérité, cet accord générera des pertes budgétaires et économiques pour les deux États les plus vulnérables de la région, qui font partie des « pays les moins avancés » : le Lesotho et le Mozambique. Il ne relève en rien du « partenariat », puisque sa nature est uniquement commerciale : le dialogue politique sur les droits de l’homme et la démocratie est complètement éludé, la société civile africaine n’est que vaguement invitée à assurer le suivi de l’accord. Enfin, en accordant des concessions tarifaires différentes selon les États, les négociateurs risquent de fragiliser le très ancien processus d’intégration régionale de l’Afrique australe, matérialisé par une union douanière depuis 1910.

Si je regrette le vote du Parlement européen, je continuerai à me mobiliser dans l’hémicycle, au côté de collègues socialistes européens, pour que les prochains APE avec l’Afrique de l’est et l’Afrique de l’ouest fassent l’objet d’une réécriture totale. Il n’est pas acceptable que la Commission européenne négocie avec ces pays des accords exclusivement commerciaux, sur le même modèle que les accords entre pays développés, en rupture flagrante avec ses engagements en matière d’aide développement, que, par ailleurs, elle ne se donne pas la peine de remplir.
* Afrique du sud, Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Swaziland

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