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Le Monde : Au PS, la tentation d’une alliance avec le centre alarme l’aile gauche

mercredi 21 novembre 2012

>>> Lire l’article en ligne sur le site du Monde

L’inquiétude grandit au sein de l’aile gauche du PS. Ecartés de la direction socialiste, les amis d’Emmanuel Maurel redoutent de plus en plus un changement d’alliance du PS de la gauche vers le centre. « Au moment où la majorité connaît des tensions avec nos alliés écologistes et communistes, il ne faudrait pas que certains, au PS, préparent un renversement d’alliance avec le MoDem« , prévient le vice-président du conseil régional d’Ile-de-France. Une crainte renforcée par la recomposition prévisible de la droite sur fond d’élection à l’arraché de Jean-François Copé, mardi 20 novembre.

En cause, le tournant clairement social-démocrate pris par François Hollande, dans la foulée du pacte de compétitivité de Jean-Marc Ayrault et du rapport Gallois. Autant d’étapes saluées par le MoDem de François Bayrou, mais critiquées par leParti communiste, le Parti de gauche, et un pan d’EELV. Pour la sénatrice deParis Marie-Noëlle Lienemann, proche de M. Maurel, « le nouveau discours de François Hollande rend possible un rapprochement avec le centre. La preuve, François Bayrou a été le premier à l’applaudir ».

PROXIMITÉ IDÉOLOGIQUE

Face à une droite qui semble de plus en plus se radicaliser, la question d’une main tendue socialiste au centre se pose pour deux raisons principales. La première, programmatique, découle de la proximité idéologique qui a toujours existé entre M. Bayrou et M. Hollande, héritier de Jacques Delors qui a défendu l’idée d’une « troisième force » française née de l’alliance entre socialistes et démocrates-chrétiens.

Dans un entretien au Parisien Dimanche, le 18 novembre, le leader du MoDem, qui a appelé à voter pour le candidat PS au second tour de l’élection présidentielle, a de nouveau soutenu le « cap » engagé par le chef de l’Etat, jugé « courageux » et« convaincant ».

 TACTIQUE

La seconde raison est davantage tactique : du fait du changement de discours et de politique de M. Hollande, la majorité présidentielle peut-elle, à terme, rester la même qu’au lendemain du 6 mai ? Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon, les deux candidats qui avaient appelé à voter pour lui au second tour, sont aujourd’hui très critiques ; le Front de gauche est passé du soutien sans participation à l’opposition systématique, notamment au Parlement ; et les écologistes enchaînent les coups d’éclat.

Si M. Bayrou rappelle ne pas « appartenir à la majorité de gauche », certains, au MoDem, rêvent de relancer ce parti affaibli en coopérant avec le gouvernement au sein d’une grande coalition démocrate, comme son vice-président, Jean-Luc Bennahmias, qui estime que « bientôt se posera la question de savoir quelle est la vraie majorité ». Les voix centristes pourraient par ailleurs être utiles aux socialistes pour le vote de textes législatifs sensibles, comme le droit de vote des étrangers ou le mariage pour tous, et la préparation des élections municipales de 2014.

« DES RELATIONS CLAIRES »

Des signes semblent aller déjà dans le sens d’un plus grand dialogue, comme la réception à l’Elysée, le 14 novembre, lendemain de la conférence de presse de M. Hollande, d’une dizaine d’élus MoDem par Bernard Poignant, conseiller proche du chef de l’Etat. Ou la démarche du président du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui a récemment chargé la sénatrice MoDem Jacqueline Gourault, fidèle de M. Bayrou, de coproduire une proposition de loi sur le statut de l’élu avec le socialiste Jean-Pierre Sueur.

Pour l’heure, au PS, pas question d’évoquer un rapprochement. « Harlem Désir a pour seule tâche d’établir des relations régulières et claires avec nos partenaires radicaux et écologistes, mais aussi, quand c’est possible, avec le PCF et le Parti de gauche », explique son porte-parole, David Assouline, ajoutant néanmoins que les socialistes sont disposés à « discuter avec tous ceux qui peuvent serassembler, notamment au Parlement, sur nos positions ». La porte n’est donc pas fermée au MoDem, à condition que les centristes s’alignent sur les mesures socialistes.

« ON VERRA PLUS TARD »

Mais plusieurs responsables semblent déjà préparer l’avenir. Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, proche du chef de l’Etat, indique par exemple que la participation gouvernementale du MoDem « ne se pose pas encore »« On verra ça plus tard », ajoute un autre poids lourd. « Rien ne démontre, aujourd’hui, qu’on ait besoin demain du MoDem », estime Luc Carvounas, nouveau secrétaire national du PS aux relations extérieures.

D’autres prennent carrément date contre une évolution qu’ils condamnent d’avance, comme Benoît Hamon, classé à gauche dans le parti. « Je ne crois pas à un renversement d’alliance, mais si jamais il devait s’envisager, comptez sur moi pour m’y opposer », prévient le ministre délégué à l’économie sociale et solidaire.

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1 réaction

  1. Le Cun dit :

    Sur réformer et changer le système demande de prendre des décisions qui ne font pas que des heureux.

    Article de Thomas Piketty dans Libération.

    Lors de sa conférence de presse,
    François Hollande a annoncé, non sans
    fierté, qu’il défendait un «socialisme de
    l’offre», favorisant la «production», par
    opposition à un socialisme «plus traditionnel
    », «axé sur la demande». Quel
    beau sujet de dissertation pour le bac,
    et quelle bonne idée de choisir le côté
    de la production! C’est toujours mieux
    qu’un socialisme sans production…
    Le problème est qu’au-delà de cette
    posture rhétorique archi convenue
    (contrairement à ce que l’on entend ici
    et là, les socialistes français ont depuis
    longtemps expérimenté des politiques
    de l’offre, avec la baisse d’un tiers du
    taux de l’impôt sur les sociétés entre
    1988 et 1993), on voit surtout se dessiner
    dans les mesures Ayrault–Hollande
    de cet automne un socialisme de
    la niche et de la complexité fiscale,
    catastrophique pour le modèle social
    français, qu’il faudrait urgemment
    moderniser et réformer.Un socialisme
    de l’usine à gaz, en quelque
    sorte.
    On connaissait déjà la
    niche des «pigeons», accordée aux
    plus-values : de nombreuses pages
    ajoutées au code des impôts, sans
    aucun intérêt pour l’efficacité économique,
    et encore moins pour la justice
    fiscale. Voici venu le Crédit d’impôt
    emploi et compétitivité (Ciec), fer de
    lance du plan compétitivité du gouvernement,
    et qui n’est en réalité qu’une
    énorme usine à gaz en construction.
    C’est l’exemple même de ce qu’il ne
    faut pas faire: au lieu de se lancer dans
    une réforme de fond des cotisations
    sociales, ce qui aurait demandé courage
    et détermination au gouvernement
    comme aux partenaires sociaux, on
    contourne l’obstacle en ajoutant une
    couche de complexité sur un système
    fiscalo-social qui en comporte déjà
    beaucoup trop.
    De quoi s’agit-il?Quiconque a déjà embauché
    un salarié connaît la difficulté
    de savoir les taux exacts de cotisations
    à appliquer. Il faut additionner de multiples
    taux (plusieurs régimes de
    retraites, assurance chômage,maladie,
    famille), prendre en compte tous les
    prélèvements additionnels (construction,
    logement, formation, taxe sur les
    salaires, variant suivant les secteurs
    d’activité et la taille de l’entreprise,
    sans parler des innombrables régimes
    dérogatoires dépendant de l’âge du
    salarié ou de sa date d’embauche
    (on vient d’ailleurs d’en ajouter un,
    avec le contrat de génération).Au terme
    de calculs fastidieux, et de beaucoup de
    temps perdu avec le comptable, on
    aboutit grosso modo aux chiffres suivants.
    Le taux global de cotisations
    patronales est de l’ordre de 40%(pour
    verser 100 euros en salaire brut, l’employeur
    paie 140 euros en salaire super brut),
    dont à peu près la moitié pour les
    cotisations retraites et chômage. Le taux
    est réduit à environ 20%au niveau du
    Smic,mais remonte en flèche dès lors
    qu’on dépasse le salaire minimum, et
    retrouve son niveau de 40%dès 1,6 fois
    le Smic; tout cela avec des variations
    suivant les secteurs et le temps de travail
    (on la fait courte).
    Quand au salarié qui souhaiterait connaître
    son pouvoir d’achat, il fait face à
    un labyrinthe encore plus ubuesque. Il
    lui faut distinguer CSG déductible et
    non déductible, salaire net de CSG mais
    brut d’impôt sur le revenu, sans parler
    du chèque de «Prime pour l’emploi»
    (PPE) que quelque 8millions de salariés
    modestes reçoivent avec un an de retard
    afin de leur rembourser une partie de la
    CSG prélevée un an plus tôt…C’est sans
    doute le sommet de l’absurdité fiscale,
    tout du moins jusqu’à aujourd’hui.
    Car voici que nos vigoureux socialistes
    de l’offre, non contents
    de ne rien changer à ce
    fatras incompréhensible,
    décident d’ajouter une couche, avec un
    crédit d’impôt remboursant aux entreprises,
    un an plus tard, l’équivalent de
    6%de leu rmasse salariale, prélevée un
    an plus tôt sous forme de cotisations
    sociales. C’est, en gros, l’équivalent de
    la PPE pour les entreprises. Et, comme
    il se doit, ce mécanisme de crédit d’impôt
    sur les sociétés comporte toutes
    sortes d’exceptions : en sont notamment
    exclues les fondations, associations
    (particulièrement présentes dans
    l’enseignement supérieur), la recherche,
    la santé, secteurs d’avenir, hautement
    concurrentiels, et dans lesquels il
    n’est pas évident d’attirer en France la
    main-d’oeuvre qualifiée.
    Quel est l’effet de tout cela?Un énorme
    gaspillage d’argent public, car presque
    personne ne maîtrise ces règles, sauf
    peut-être les très grandes entreprises.
    Et encore, ces dernières devraient en
    toute logique calculer que ces dispositifs
    de crédit d’impôt se sont toujours
    caractérisés par une instabilité chronique
    et une imprévisibilité quasi totale
    à l’horizon de quelques années, et ne
    prendre par conséquent aucune décision
    qui les engage au-delà. Pour résumer
    : le gouvernement jette l’argent
    public par les fenêtres au moment où il
    n’en a pas. Tout cela financé par une
    hausse de la TVA sur les plus modestes.
    Le gouvernement précédent avait au
    moins eu le bon goût d’utiliser ce même
    argent pour mettre en place une véritable
    baisse des cotisations sociales
    au-delà de 1,6 Smic. Une seule question:
    pourquoi tant de bricolage?
    Thomas Piketty est directeur d’études à
    l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie

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