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Le plan grec communiqué à l’Eurogroupe

vendredi 27 février 2015

Le courrier adressé par le ministre des finances grec à Bruxelles cette semaine comprend :

1- une partie consensuelle :

La lutte contre la corruption et la fraude fiscale, la rationalisation de la fiscalité, notamment par le biais de la suppression des exemptions et passe-droits indus, mais aussi de la dépense publique (modernisation du processus et du contrôle budgétaires, limitation des retraites anticipées). Inutile de rentrer dans les détails : c’est à la fois juste et efficace financièrement (aux fins de réduire les déficits publics). Syriza peut faire ce que les gouvernements précédents, défendant les intérêts de l’oligarchie, avaient promis de faire sans le mettre en pratique, mais la réussite n’est pas acquise et, au minimum, prendra un temps certain.

2- des reculs regrettables, sous la contrainte et sous l’effet d’un défaut de solidarité suffisante de la part d’autres pays de l’UE dont la France :

La hausse de la TVA (même si on modifiera les taux de manière à limiter les effets sur les plus défavorisés), le renoncement à l’annulation de certaines privatisations et l’engagement à en lancer d’autres pour « générer des revenus » et « renforcer la concurrence » (de la pure vulgate FMI).

Il faut déplorer, en particulier, la mise sous enveloppe budgétaire et pseudo-économique de toutes les mesures sociales, c’est-à-dire le maintien d’une politique de rigueur budgétaire et en partie de déflation salariale. D’une part, les dispositions destinées à combattre la pauvreté doivent être « ciblées », ne pas avoir d’impact budgétaire négatif et la masse salariale publique ne progressera pas. D’autre part, il conviendra que l’augmentation du salaire minimum ne porte pas préjudice à la « flexibilité » et à la « compétitivité » de l’économie…

Il faut espérer qu’il ne s’agit là en partie que de mots – laissons de côté la consternante logorrhée à laquelle a dû se plier le gouvernement grec, faite de d’odes à la concurrence, à la stabilité, aux politiques « actives » de l’emploi (qui reposent implicitement sur le principe que les chômeurs sont responsables de leur situation), etc. – et que Syriza a surtout essayé de gagner du temps.

3- une inflexion réelle mais insuffisante des politiques subies par la Grèce :

Politiquement, on doit sans doute insister sur le fait que Syriza a bien obtenu une inflexion des politiques menées en Grèce mais insuffisante par la faute de l’aveuglement des Européens, ce qui fait peser la menace du pire (Grexit, extrême-droite).

En particulier, l’idée que les contribuables allemands n’ont pas à payer l’augmentation du salaire minimum grec est parfaitement ridicule. Pour l’essentiel, celle-ci améliorerait la situation des salariés du secteur privé et serait supportée par leurs employeurs – mais en contribuant à ranimer la demande, de sorte que même le patronat grec y serait favorable ! Cette Europe-là est devenue complètement irrationnelle : « il faut que les Grecs souffrent… »

Ce point reste en suspens, le gouvernement grec ne donnant plus de chiffres : il est fondamental qu’il ne cède pas.

Daniel Vasseur

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