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Le plan Juncker

jeudi 27 novembre 2014

Plan Juncker : stop à la com’ et aux annonces trompeuses, la France doit refuser cette duperie.

Vous pouvez également retrouver cette analyse sur le site de Marie-Noëlle Lienemann.

Avec l’annonce du plan Juncker, l’Union Européenne va une fois de plus nous endormir avec des promesses qui cachent de plus en plus mal les effets dévastateurs de ses politiques et l’incapacité chronique à porter une relance collective susceptible de sortir nos pays de la crise et du chômage.

Depuis sa nomination comme président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker nous annonce, à grands coups de trompettes, un plan d’investissement de 300 Milliards d’Euros.  La somme peut paraitre importante mais la réalité est toute autre. D’abord parce que la somme étalée dans le temps est trop faible, ensuite parce que ce chiffre est trompeur, issu d’une pirouette de calculs illusoires et mensongers.

Essayons donc d’y voir plus clair.

La somme de 300 milliards, si elle était exacte, serait déjà très insuffisante pour assurer une relance et conjurer la spirale déflationniste. Ces 300 milliards sont étalés sur 3 ans soit 100 milliards par an, environs 0,7 % du PIB annuel de l’Union. Même en cumulant sur 3 ans cela ne représente que 2,4 % du PIB… bien loin de ce qu’Obama avait injecté dans l’économie américaine pour relancer la croissance (environ 1000 milliards d’Euros soit 7% du PIB).

Sans compter que la poursuite des politiques de restrictions budgétaires et de dégradation sociales (salaires, précarités, flexibilité) va à rebours d’un soutien à l’activité et provoque une logique de déflation.

Il n’y a que 21 milliards d’argent public dont seulement 16 Milliards de l’Union Européenne et 5 Milliards de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Sur les 16 Milliards de l’Union Européenne, plus de la moitié est qui plus est le recyclage de crédits existants.

Une large partie des 21 Milliards est pris dans les crédits budgétaires programmés,  en particulier les fonds du FEDER qui sont peu consommés. Et pour cause, leurs critères les rendent souvent difficiles d’accès. D’ailleurs la France ne consomme pas tous les fonds qui lui sont alloués et les restitue à l’Europe. Pour obtenir ces crédits, il faut des subventions complémentaires des États ou collectivités, dont on réduit la voilure. Le comble est de parier sur ces crédits non consommés alors que le Parlement Européen vient de rejeter les budgets rectificatifs 2014 et le budget 2015 pour insuffisance de crédits et parce que l’Union est menacée  de cessation de paiement.

Il s’agit de prêts et non de subventions.

Il s’agit d’investissements privés

Il s’agit de garanties pour la BEI et non d’aides pour des programmes supplémentaires.

L’essentiel de ce plan est un pari sur l’investissement privé et l’argent public ne servira qu’à garantir des prêts pour ceux-ci. Dans le jargon bruxellois,  on appelle cela « optimiser » l’argent public. La commission prétend qu’il s’agit d’offrir une garantie à des ressources privées qui du coup seraient soudainement prêtes à s’investir dans l’économie réelle.

En fait la banque européenne d’investissement, comme les autres banques, est particulièrement frileuse pour  les prêts aux investissements et on lui offrirait à cette occasion un air-bag supplémentaire gonflé à coup d’argent public. Telle la multiplication des pains, ces 21 Milliards créerait par un effet multiplicateur de 15 (jamais constaté par le passé) 315 milliards d’euros d’investissements.

En fait, on va financer des projets qui en temps normal auraient été classiquement financés et non un soutien public, avec des subventions pour de nouveaux  projets d’intérêt général qui ne peuvent être financé par le seul privé. C’est par exemple le cas dans de nombreux programmes liés à la transition énergétique qui ne seront pas suffisamment «  rentables » à court terme pour être ainsi portés.

D’ailleurs, les projets financés seront choisis par un comité d’experts parmi une liste soumise par les Etats membres, pour des infrastructures stratégiques, comme le numérique ou l’énergie, les transports, mais aussi l’éducation, la recherche et l’innovation.  Le pilotage sera effectué par la BEI.

Bref tout cela ressemble à ce que la bureaucratie bruxelloise sait inventer pour faire semblant d’agir, de relancer l’économie et en fait de simplement consolider le secteur financier, bancaire et privé.

On nous refait le coup du pacte de croissance et de ses 120 Milliards d’Euros au moment de la ratification du TSCG ! On a vu l’efficacité !

Les 120 Milliards d’Euros du « pacte de croissance » étaient déjà un recyclage des crédits européens et une recapitalisation de la BEI à hauteur de 10 Milliards censé entrainer 60 Milliards d’euros d’investissements.. Tout cela était, hier comme aujourd’hui, un rideau de fumée qui s’est évaporé.  Il n’y a eu pas le moindre effet ni sur la croissance, ni sur l’emploi, ni sur l’investissement qui a fortement chuté depuis 2 junkerans.

Marie-Noëlle Lienemann

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