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Le scénario alternatif pour les européens, avec le Progressive Caucus

lundi 15 mai 2017
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Afin de relancer le projet européen, les forces progressistes doivent avoir une vision ambitieuse allant au-delà d’un système intergouvernemental et met en œuvre une véritable méthode communautaire, écrivent les députés de l’alliance Progressive Caucus.

15652694953_eb214fde1a_zTribune signée par Guillaume Balas (député européen, S&D), Sergio Cofferati (député européen, S&D), Eva Joly (députée européenne, Greens/EFA), Curzio Maltese (député européen, GUE/NGL), Florent Marcellesi (Greens/EFA), Emmanuel Maurel (député européen, S&D), Dimitrios Papadimoulis (député européen, GUE/NGL), Georgi Pirinski (député européen, S&D) and Ernest Urtasun (député européen, Greens/EFA) ; ils sont membres de l’alliance Progressive Caucus.

Un spectre hante l’Europe. C’est l’Europe elle-même, dirigée par les intérêts de l’élite néo-libérale et financière. Soixante ans après le traité de Rome, le rêve de l’Union qui a osé se réveiller pour la première fois dans les prisons fascistes a été trahi. L’Europe reste un continent encore riche mais habité par une population de plus en plus pauvre.

L’austérité qui est devenue le dogme de l’Union Européenne, depuis la crise de 2007 jusqu’à aujourd’hui, a échoué dans l’ensemble et a entraîné des inégalités croissantes. Les pauvres sont devenus progressivement plus pauvres, les rares riches sont devenus plus riches, les dettes souveraines n’ont pas été régulées et la désaffection des citoyens de l’Union européenne a augmenté.

Vote après vote, soit pour un référendum, soit pour une élection nationale, les partis progressistes et conservateurs, qui ont permis plus d’un demi-siècle de développement démocratique, se sont effondrés. Parmi les décombres surgit un populisme peu scrupuleux qui n’offre pas une alternative authentique, mais simplement un reflet immédiat de la fureur justifiée des oubliés et des vaincus.

Le Livre blanc que la Commission Juncker a préparé est encore une déception sévère. Il convoque la vision du Manifeste de Ventotene porté par Altiero Spinelli et Ernesto Rossi sur la création de l’Union mais ne fournit pas de diagnostic et de substance, en décrivant simplement un avenir vide.
Les cinq scénarios techniques possibles pour l’évolution de l’Europe nous piègent de nouveau dans un paradigme de plus d’Europe ou moins d’Europe, confirmant que le rôle de la Commission s’est dégradé en humble secrétariat du Conseil et des États membres.

En tant que membres du Progressive Caucus, nous défendons le scénario manquant et pourtant le seul possible. L’Union européenne ne peut se réaliser sur le terrain aride des paramètres économiques, ou sur celui de la monnaie unique, mais par un New Deal pour les peuples basé sur ses valeurs fondatrices : la justice sociale, la liberté des citoyens et la solidarité.

C’est la condition sine qua non pour garantir un avenir pour l’Union européenne.

Cela pourrait sembler une utopie de transmettre aujourd’hui cette idée de l’Europe des peuples, mais c’est la seule perspective réaliste en face de deux choix suicidaires.

D’une part, la proposition de la Commission européenne, la préservation du statu quo avec peu d’ajustements techniques, finira par accélérer le processus de dissolution commencé avec le Brexit.

D’autre part, le retour nostalgique, dangereux et définitivement impossible au nationalisme du vingtième siècle, entraîné par le populisme.

Pour relancer le projet européen, les forces progressistes doivent avoir une vision ambitieuse qui va au-delà d’un système intergouvernemental et met en œuvre une véritable méthode communautaire. Cela se traduit par une série de propositions pratiques qui couvrent tous les points qui rompent avec l’idée d’une Europe conçue dans ces dernières décennies de domination culturelle du programme libéral :

  • investissements centrés sur la création d’emplois ;
  • démocratisation des institutions européennes en réexaminant les traités ;
  • politiques d’accueil des réfugiés ;
  • cadre européen commun pour lutter contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent ;
  • passage des politiques d’austérité à une transition écologique et un nouveau grand pacte pour les citoyens qui assume la prédominance des droits sociaux, de l’éducation, des biens communs et une vision partagée du développement durable.

Au contraire de l’alternative entre le statu quo et le nationalisme, notre but, indépendamment des distinctions entre groupes, écologiques, radicaux et socialistes, est de mettre en place un nouveau projet pour l’Europe.

Dans l’histoire laïque de la gauche européenne, plusieurs propositions ont été conçues comme des utopies et ont été pourtant réalisées. Cela s’est réalisé lorsque les forces progressistes ont su placer au cœur de leur vision les besoins réels des gens.

Aujourd’hui, les Européens n’ont pas besoin de murs ou de clôtures bureaucratiques placés dans la protection de l’establishment, mais des valeurs cohérentes au service de l’intérêt collectif. Sans cela, l’Europe risque de se désintégrer lors de la prochaine crise inévitable.

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