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Les bonnes pages de « Merci pour ce changement ! » dans L’Obs

jeudi 31 mars 2016

« Merci pour ce changement », le réquisitoire de Lienemann contre Hollande

mercipourcechangementSénatrice PS de Paris, à l’aile gauche du parti, Marie-Noëlle Lienemann publie aux Editions du Moment, un brûlot contre la politique menée par Hollande depuis 2012. « L’Obs » en publie quelques extraits.

 

Dans « Merci pour ce changement », publié ce jeudi 31 mars aux éditions du Moment, la sénatrice socialiste de Paris Marie-Noëlle Lienemann s’en prend à la politique mise en œuvre par François Hollande depuis son arrivée au pouvoir en 2012. A l’aile gauche du PS, elle reproche notamment au président de s’être, très tôt, coupé d’une partie de la gauche et de s’être « plié aux desiderata du Medef » en matière de politique économique. Candidate d’ores et déjà déclarée à une primaire à gauche qu’elle appelle de ses vœux, Marie-Noëlle Lienemann somme aussi le président d’en accepter le principe, indispensable selon elle pour que la gauche accède au second tour de la présidentielle. Extraits.

« Le talon d’Achille de François Hollande : négliger, voire mépriser, une large partie de la gauche »

Très vite, François Hollande s’est laissé aller à une étrange conception du pouvoir, centré sur lui, ses proches, et la promotion Voltaire. Non seulement elle est marquée par un exercice personnel dudit pouvoir – dérive assez classique dans la Ve République – mais, de surcroît, par une vision restrictive de sa majorité. Il n’a que faire de mobiliser ses soutiens, s’en tenant à de vagues incantations sur le rassemblement des Français, avec en arrière-plan l’idée fantasmée du lien singulier que le suffrage universel fonderait entre un homme et le peuple.

Comment unir les Français si celles et ceux qui vous ont accordé leur confiance la perdent faute d’avoir été considérés et compris ? Comment rallier nos concitoyens si les corps intermédiaires, ceux qui représentent la diversité de notre société, ne sont jamais réellement parties prenantes des choix ? La rencontre d’un homme et du peuple peut exister, le temps d’une élection. Mais au-delà, imaginer qu’en démocratie cela puisse durer relève de l’illusion ou, pis, de la naïveté. François Hollande devait le savoir. Il était de ceux qui prétendaient que la question était moins les institutions que la pratique des gouvernants…

Dès le début du mandat, ce fut le talon d’Achille de François Hollande : négliger, voire mépriser, une large partie de la gauche. Oublier ses soutiens pour ensuite écarter et éliminer celles et ceux qui refusent d’être des inconditionnels. Or, ils ne sont pas légion : au mieux, il reste les 39% qui ont voté pour lui au premier tour des primaires socialistes. Il ne faut pas oublier le score, loin d’être triomphal, avec lequel il a remporté ce scrutin : malgré les ralliements d’Arnaud Montebourg (17,19 %), Ségolène Royal (6,95 %) et Manuel Valls (5,63%), il ne fut désigné qu’avec 56,57% des suffrages face à Martine Aubry, qui en a recueilli 43,43 %. On ne peut pas dire que le candidat Hollande – et encore moins le président Hollande – ait fait le moindre effort pour associer ou écouter Martine Aubry.

Elle resta cependant d’une loyauté absolue pendant la campagne et contribua avec une attitude exemplaire à la victoire en mai 2012. Elle se montra d’une grande discrétion – trop grande à mon goût – dans les premières années du quinquennat. Au-delà de la personne de Martine Aubry, bon nombre de propositions du projet socialiste furent purement et simplement rejetées. Les proches de Martine Aubry lors des primaires ont tout juste été tolérés, et à des fonctions mineures au sein du gouvernement. Cette attitude a été répétée avec les alliés du PS et les écologistes. François Hollande croit toujours que l’attrait des postes résout tout et que les questions de fond, les choix programmatiques, les convictions, comptent peu. Le seul élargissement que le nouveau président opère, au-delà du PRG traditionnellement associé, concerne EELV. Il ne s’effectue pas sur des bases claires et un accord engageant réellement de part et d’autre. Son goût pour les fausses synthèses, le plus souvent ambiguës, donnent l’illusion d’un accord. Cette méthode a pu marcher à la direction du PS, ou dans l’opposition. Elle s’avère un réel handicap lorsque l’on est chef de l’État et qu’il faut agir.

Europe

« C’était, paraît-il, plus grave d’être en accord avec les citoyens et le peuple de gauche que de suivre l’isolement de notre parti dans une voie erronée »

En 2005, il entraîne le PS dans un vote favorable au projet de Constitution européenne alors même que notre peuple le refuse. Non seulement une très forte proportion de la gauche vote non, mais aussi une nette majorité des électeurs socialistes. J’ai vécu cette période comme une rupture.

En 2003, alors secrétaire nationale aux entreprises, je me retrouve un jour en confrontation avec François Hollande, premier secrétaire du Parti. Nous voilà dans son grand bureau à la décoration contemporaine de la rue de Solférino, à Paris, au siège du PS. À mesure que j’exprime un désaccord profond sur cette question européenne, il délaisse sa faconde habituelle au profit d’un ton glacial et cassant. Difficile d’évoquer avec lui le fond du débat. Face à mes réticences, son attitude est radicale : il me fait comprendre que soit je le suis, soit il me débarque de mes responsabilités au sein du PS. Inutile de dire que ce n’est pas ce genre de chantage qui peut me faire changer d’avis.

Avec le recul, cet épisode prête à sourire. Quand je pense qu’un de ses bras droits, le plus écouté à l’époque, le secrétaire national aux affaires économiques, n’était autre qu’un certain… Éric Besson ! Savoir s’entourer est important, mais ne pas savoir faire vivre les équipes pluralistes que l’on mobilise pour des causes, des buts, des projets communs, toujours privilégier le repli sur les plus alignés, constitue une faiblesse majeure. L’ancien premier secrétaire du PS ne tiendra pas compte de ce fait inédit, en décalage majeur avec sa base. Il préférera régler ce problème par une purge interne, dénoncer les félons qui ne se sont pas pliés à la « discipline » du Parti. C’était, paraît-il, plus grave d’être en accord avec les citoyens et le peuple de gauche que de suivre l’isolement de notre parti dans une voie erronée. Ce comportement deviendra une constante chez François Hollande : privilégier les injonctions disciplinaires plutôt qu’engager le débat de fond. Il reproduira cette attitude durant son quinquennat lorsque, prenant des décisions contraires à ce qu’il a lui-même proposé aux Français, il ne tolérera aucune controverse, fustigera les « frondeurs » au motif du fait majoritaire ou plutôt du fait présidentiel.

Politique économique

« Le tournant libéral du quinquennat a été pris dès la première année. Ses conséquences furent catastrophiques pour la croissance, l’emploi et la justice sociale »

Alors que le Parti socialiste avait toujours soutenu que la baisse des salaires, de la protection sociale, n’était pas la clef de la compétitivité retrouvée mais qu’il fallait de nouvelles politiques industrielles fondées sur la modernisation, l’innovation et l’investissement, le gouvernement dit et fait désormais le contraire avec la création du CICE. Une gabegie d’argent public avec des allégements de cotisations sans contreparties et sans ciblage ! Dès le lancement de ce mécanisme, les prévisions montrent que l’industrie ne captera que 20% des 20 milliards d’euros d’allégements de charges et les services aux entreprises, pas plus de 45 %. Le crédit d’impôt ne ciblera pas les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale. Plus grave encore, son financement sera partiellement assuré par une hausse de la TVA. Ne surtout pas dire que la TVA sociale revient par la petite porte…

Pendant ce temps-là, le gouvernement refuse toutes les propositions budgétaires visant à soutenir la robotisation, la numérisation des outils de production, que je dépose régulièrement. Il faudra attendre 2015 pour qu’enfin le ministre de l’Économie envisage une mesure équivalente mais trop temporaire. Je le dis avec force : dans cette affaire comme dans de nombreuses autres, le gouvernement ne devait pas se plier aux desiderata du Medef qui promettait à l’époque un million d’emplois… On voit ce que cela a donné ! Il faut regarder la réalité avec lucidité : le tournant libéral du quinquennat a été pris dès la première année. Ses conséquences furent catastrophiques pour la croissance, l’emploi et la justice sociale. Pourquoi tant de socialistes, au sein du Parti comme au gouvernement, ont-ils refusé de voir ? Comment être aussi aveugle ? Si des voix plus nombreuses s’étaient alors manifesté, et avec vigueur, peut être aurions-nous évité cette erreur manifeste d’aiguillage.

Primaires à gauche

« Le rêve de François Hollande ? Se représenter… Faire en sorte que nous n’ayons pas le choix… »

Des primaires à gauche permettraient de sortir du piège anesthésiant du « sauve-qui-peut » et à la gauche pouvait être au second tour de la présidentielle. Le rêve de François Hollande ? Se représenter… Faire en sorte que nous n’ayons pas le choix… que nous le soutenions contraints et forcés pour éviter Sarkozy et Le Pen…Il souhaite avoir les mains libres pour poursuivre sur la voie engagée durant son premier quinquennat. Il y mettra quelques douceurs avec des paroles plus conciliantes, espérant faire passer ainsi la pilule amère. L’homme sait être habile. Il fait partie de ceux qui considèrent que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…Mais il rêve ! Les moutons n’aiment pas être tondus et à gauche, de surcroît, on affectionne les moutons noirs. Le talisman de l’union peut seul garantir la présence d’un candidat de gauche au second tour des présidentielles. François Hollande, lui, mise tout sur le talisman de la désunion à droite. Le problème est que, même avec le second, rien n’est possible sans le premier.

Aujourd’hui tout est fait dans l’entourage du Président pour empêcher les primaires. Les arguments sont confondants. D’abord, le président sortant serait le candidat naturel pour un second mandat. Au passage, on fera remarquer que le principe démocratique est fondé sur le rejet de l’idée d’un pouvoir naturel ou issu de Dieu. Passons sur les mots.

Trois réalités sont incontournables. D’abord les statuts du Parti socialiste imposent qu’il désigne son candidat à travers des primaires ouvertes à tous les électeurs de gauche. On ne peut changer les règles en permanence, au gré des circonstances et des opportunités. D’autant que François Hollande lui-même avait annoncé après sa désignation aux précédentes primaires qu’elles s’imposeraient maintenant à tous et qu’une fois élu, il s’y conformerait.

[…] Maintenant, Jean-Christophe Cambadélis essaye de faire croire que puisque Jean-Luc Mélenchon n’en veut pas, elles ne pourront avoir lieu. Étrange raisonnement qu’on aurait pu tenir précédemment. Mais, surtout, qui peut comprendre que l’intérêt de la gauche, le choix du PS, puissent être battus en brèche par le veto des uns ou des autres ? C’est une manœuvre de diversion qui ne convainc personne et qui ne fait qu’entretenir l’idée que François Hollande et bon nombre de socialistes ont peur du verdict des urnes.

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