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Loi Travail : nous, militants, nous devons réveiller le PS. Ne soyons pas résignés

jeudi 3 mars 2016

L’Obs, Le Plus – 

4261456839545LE PLUS. Pacte de responsabilité, CICE et maintenant loi Travail… À un an de l’élection présidentielle 2017, François Hollande et Manuel Valls assument de plus en plus clairement leur orientation sociale-libérale. Une ligne politique qui désoriente une partie de la gauche et de ses militants. Charlotte Picard, militante PS et membre du Conseil national du parti, espère un réveil de son parti.

Édité et parrainé par Sébastien Billard

French President Francois Hollande and French Prime minister Manuel Valls leave the Elysee Presidential Palace after the weekly cabinet meeting in Paris, FRANCE-17/02/2016/NIVIERE_0009NIV/Credit:NIVIERE/VILLARD/SIPA/1602171321

French President Francois Hollande and French Prime minister Manuel Valls leave the Elysee Presidential Palace after the weekly cabinet meeting in Paris, FRANCE-17/02/2016/NIVIERE_0009NIV/Credit:NIVIERE/VILLARD/SIPA/1602171321

Les projets du gouvernement, c’est une valse à trois temps.

>> Temps 1

L’exécutif promet quelque chose que jamais, ô grand jamais, la gauche n’acceptera mais que les socialistes doivent appliquer de facto.

>> Temps 2

Quelques grands « chevaux » sont de sorties avec promesses de barricades bien respectueuses des institutions, quand même.

>> Temps 3

Tentative de déconstruction de cet improbable projet à quelques-uns (pas assez), alors que la plupart des grands « chevaux » rentrent à l’écurie.

Ceux qui vous disent que le débat est possible en interne (dans les groupes parlementaires, dans le parti) doivent sans doute penser que l’autorité arrive avec la fonction et non en inspirant confiance. Il suffit que le couple de l’exécutif ait une idée pour qu’elle doive être appliquée en l’état.

Souvent, ceux-ci nous expliquent que si on ne les suit pas aveuglément, on fait le jeu du FN, on va perdre la République, faire chuter le président. Sa voix devrait avoir force de loi. Je doute que ce soit la vision de la politique de François Hollande lui-même, mais c’est ce que ses inconditionnels soutiens veulent nous faire dire.

Comme l’a dit il y a peu Emmanuel Maurel :

« Maintenant que le Vatican a rendu caduque l’infaillibilité papale, il serait peut-être temps d’acter la fin de l’infaillibilité présidentielle.« 

Mais non.

Un monde politique en crise

Notre monde politique est devenu un théâtre sans spectacle. Un miroir face à un autre qui ne reflète que son reflet et croit y voir de la profondeur. Aujourd’hui, on espère des acteurs qu’ils nous emmènent ailleurs, mais on refuse de sortir du confort de nos fauteuils de velours, de notre espace facile, alors les spectateurs ont pris passivement le pouvoir. Puis, les acteurs ont vidé la scène et personne ne l’a vu.

La politique est devenue un commentaire de commentaire, une absence totale de prise de risques. On reproduit, on gère, on n’invente plus. Plus rien ne se fabrique, plus rien ne se joue. Le spectateur reste là, à parler des spectacles d’hier et d’avant-hier. Mais plus personne ne monte sur scène pour jouer. Pourtant, cela fait 400 ans que nous savons que Life is a Stage… Comment avons-nous pu l’oublier ?

Parce qu’il faut savoir se l’approprier : ce n’est pas la crise des autres puisqu’elle nous touche tous. Si on parle de la gauche, elle touche chacun, dès l’électeur socialiste de second tour, le moins convaincu, qui ne l’est même plus assez pour se déplacer les deuxièmes dimanches d’élections.

Si on parle de tous, cette crise touche tout le monde, jusqu’aux dirigeants de toutes obédiences de tous les pays de l’Union européenne qui ne savent plus trop comment se parler et réussir à tenir une UE debout…

La gauche « des hommes » va bien

Notre crise est un manque de confiance en la démocratie. Une crise aiguë.

Dans l’Union européenne, il n’y point de démocratie et l’UE est en échec. En France, la majorité parlementaire n’a de liberté politique que dans une complète adéquation au président, et c’est un échec. Même au PS, notre démocratie représentative est limitée par l’obligation morale de garder la parole présidentielle intacte quoiqu’il arrive. Et là, l’échec arrive à une explosion incompréhensible.

Pourtant, la gauche « des hommes » va bien. Elle vient de rassembler presqu’un million de personnes en une semaine autour d’une idée : protéger les salariés. Quoi de plus normal ? Quoi de plus « de gauche » ? Elle va très bien, la gauche. C’est la gauche dans les institutions qui échoue.

Les intellectuels ne la laissent même plus sans voix : l’égoïsme européen face aux réfugiés, aux familles de réfugiés qui affluent et afflueront encore a déclenché une vague d’indignation constructive.

La gauche française, c’est une pensée, des débats puis des avancées parce qu’un bon acteur a besoin d’un bon texte. Alors, peut-être que si des auteurs reviennent, la scène se rouvrira sur un jeu meilleur, si les acteurs veulent bien se lever et s’engager à nouveau.

Bien sûr que le PS est de gauche

Le PS est de gauche… Si, si ! Il a fait depuis le début du quinquennat des états généraux (l’ADN du parti serait principalement l’égalité), un Congrès (contre le travail le dimanche et le CICE sans condition), a pris des décisions au bureau national ou dans les fédérations, dans les sections (contre la déchéance de nationalité, la loi El Khomri).

De fond en comble, il est majoritairement bien clairement de gauche. Pas une extrême gauche flamboyante et révolutionnaire, non. Mais qui a jamais imaginé cela du PS ?

Le PS est pour la défense de la justice, de l’égalité, il est pour une juste répartition des richesses, il est pour une justice sociale et sociétale… Il fait partie de l’Internationale socialiste, du Parti socialiste européen.

D’ailleurs, l’exécutif ne s’y est pas trompé au Congrès de Poitiers : il a eu besoin de se rallier à Martine Aubry (qui en fut forte aise) pour être dans la majorité du PS. Le texte de la « majo » ressemble au texte des « frondeurs », si on le lit, alors que la politique du gouvernement, pas du tout.

La politique est sortie du PS

Le PS est un parti de débat et qui entérine ses solutions par écrit. Tant que ce n’est pas écrit puis voté, ce n’est pas concret. Et jamais il ne fut validé le soutien à cette politique de l’exécutif (déchéance de nationalité, loi Travail, mais même en son temps le CICE ou l’ANI…). Jamais votés donc non validés. C’est notre manière de faire rentrer l’idéal dans le réel : la démocratie. Ce mot. Ce concept.

Même si ce fonctionnement existe toujours, il faut regarder la réalité en face : les « éléphants » ont cassé la porcelaine et nous regardent cois en nous demandant de leur faire encore confiance. En interne, on ne vote plus, on ne décide plus, on ne débat que lorsqu’on sait que l’exécutif sera le vainqueur du débat.

À force de calculs et de rancœurs, à force de fermetures et de bidouilles, la politique est sortie du PS. C’est devenu un appareil : un mélange qui fait tenir les fruits debout sur la tarte, sans jamais prendre le goût du fruit. Mais je ne suis pas une pomme, et la politique n’est pas une migaine.

À cause de la Ve République « présidentialo-monarchiste », nous attendons l’homme providentiel, mais nous ne faisons qu’attendre. Alors, çà et là, des tentatives de regroupements apparaissent, des tentatives de dynamiques, pour sortir de l’attente : Notre primaire, le Mouvement commun et d’autres encore… C’est bien, c’est vivant. Ca se cherche mais c’est vivant.

Nous n’avons plus le temps d’attendre

Quand je suis rentrée au PS, un camarade au milieu de sa trentaine comme moi, m’a dit : « il faut attendre notre tour ». C’est faux. Et pourtant, je vois tellement de camarades attendre… D’ailleurs, le système entier est fait pour que nous attendions. La France attend d’être vieille et cagneuse pour se lever.

Or attendre ne marche plus. Aujourd’hui, le parti attend le prochain mouvement de Martine Aubry. Demain, on attendra l’annonce de telle ou telle candidature à une hypothétique primaire où l’appareil se fera un plaisir d’empêcher le débat par un calendrier bien bouclé. Et après-demain, on nous dira : « ben vous voyez c’est comme ça ».

Nous sommes restés sous l’Ancien régime : héritage et legs, cours et partisans. Il faut choisir son équipe, sa micro-équipe, et ne jamais rien mettre en cause.

Alors que le monde aujourd’hui est horizontal, personne n’en a pris acte en politique. Nous n’avons plus besoin de figures tutélaires mais de leaders attachés à un moment, à une situation.

Envie de comprendre

En fait, plus rien « n’est comme ça ». Mais le nouveau « ça » fait peur car il nous faut le construire. C’est un saut dans le vide. On ne le construira pas avec des gens qui ont passé leur vie à attendre leur tour, à calculer quelle triangulation leur permettrait d’être le mieux placé pour le jour où…

Mais ni nos institutions, ni les gens, ni les partis ne sont prêts à voir autre chose arriver. Nous reproduisons ce que nous connaissons en le haïssant et le rejetant.

Je n’ai pas envie d’haïr. J’ai envie d’avoir envie. Les militants socialistes, aujourd’hui, ont envie de comprendre. Mais ceux qui voudraient qu’on les adoube à chaque pas qu’ils font n’ont plus que l’argument d’autorité à nous proposer. Une autorité agressive. Jamais cela n’a permis de comprendre quoique ce soit, ni de construire.

La fausse route est assumée. Qui coupera le moteur ?

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