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Manifs contre l'écotaxe en Bretagne : l'utilisation du "bonnet rouge" est une imposture

mardi 5 novembre 2013

LE PLUS. Entre 15.000 et 30.000 personnes ont manifesté dans les rues de Quimper, le 2 novembre, pour l’emploi en Bretagne. Une manifestation organisée sur fond de fronde anti-écotaxe. Faut-il vraiment voir dans ce mouvement un particularisme régional ?

Par Roland Greuzat, animateur de Maintenant la Gauche Finistère et adjoint au maire de Plourin-lès-Morlaix.

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Incontestablement, les Bretons ont mal à la Bretagne. Est-ce là un particularisme régional, un sentiment mal vécu de délaissement dont le ressenti serait ici plus fort que dans les autres régions ? Le sentiment d’être mal payé en retour après avoir, Morbihan mis à part (et encore), contribué largement au succès de la gauche ? Ou bien alors une crise bien plus sérieuse dont les racines seraient ancrées au plus profond de la terre bretonne ?

Un hallucinant amalgame

 La Bretagne, si elle n’est pas favorisée en matière d’emploi, n’est pas la pire région de France sur ce plan mais les dernières catastrophes sociales (Marine Harvest, Tilly Sabco, Gad) viennent après une série de restructurations que l’on a déjà connues dans les arsenaux, l’électronique militaire et civile et d’autres secteurs.

 On pourrait penser à de simples phénomènes conjoncturels, comme c’était le cas par le passé. Mais dès que l’on entre dans le cadre de l’agro-alimentaire, le phénomène conjoncturel est révélateur d’une profonde crise structurelle.

 D’abord sur le caractère extensif des filières, où les coûts ont flambé pour diverses raisons (écologiques pour la production porcine, dumping social, mauvais choix stratégiques), comme pour l’organisation même du secteur en groupements de producteurs qui se sont éloignés petit à petit de ceux qui constituaient leur base.

 C’est là que naît l’incompréhension. Ce qui a conduit à cette néo-révolte des « bonnets rouges » est un hallucinant amalgame. Certes, les mécontentements étaient sous-jacents, mais guère différents de ceux qui sont étalés chaque jour dans les médias : impôts, prix, retraites, etc… Comme pour la formation du verglas, il y a partout en France en ce moment de l’eau en surfusion mais toute la Bretagne s’est verglacée à partir des 900 suppressions d’emploi chez Gad.

 D’un coup, tous les conflits antérieurs sont remontés à la surface, la lutte contre l’écotaxe qui était déjà un classique du genre depuis plusieurs mois et plusieurs portiques effondrés, a fait ressurgir l’esprit de révolte. C’est dire que dans cette démarche, s’il y a une forte connotation locale, il y a également une forte connotation hexagonale.

 Des arrières-pensées politiques

 Les sinistrés de l’emploi, les sinistrés de l’agriculture extensive ont été ainsi rejoints dans leur lutte totalement légitime par ceux auxquels, pour une bonne part, ils devaient leur malheur.

 Les imposteurs ont un nom : ce sont les groupements de producteurs, le Medef, les dirigeants de la FNSEA/FDSEA, les « pigeons » locaux, les revanchards UMP, les patrons sans scrupules, les fossoyeurs de l’agro-alimentaire breton, eux-mêmes présents dans les rangs de la manifestation quimpéroise, toute honte bue, le tout regroupé dans un collectif au nom fumeux « Vivre, travailler et décider en Bretagne ».

 Agnès Le Brun, maire de Morlaix, secrétaire départementale de l’UMP, avait affrété son car, des covoiturages étaient proposés sur le net par des extrémistes de droite notoires. Le tout sur un vieux fond de régionalisme breton pour mieux faire passer l’imposture. Et quand on dit régionalisme ici, nous n’évitons malheureusement pas l’expression peu glorieuse des factions de l’extrême-droite identitaire bretonnante toujours vivante, voire renaissante.

 Et puis on a vu le maire de Carhaix, Christian Troadec, agiter cet ensemble sans porter particulièrement attention à l’éclectisme dont il était fait. Ce n’était pas son souci. Co-fondateur du Festival des Vieilles charrues, il a emmené à Quimper, dans son sillage, l’association elle-même, suivi des principales associations culturelles bretonnes.

 Cela n’est pas étonnant, considérant Carhaix et le micro-pays du Poher, comme le Centre-Bretagne à lui tout seul, considérant sa ville comme une véritable principauté, il est toujours en avance d’une élection… Là encore, il vise 2014, pour un destin européen après avoir assuré sa mairie en neutralisant nos camarades socialistes, et 2015 pour les régionales.

 C’est dire que cette manifestation quimpéroise tombait à point nommé pour ressortir les fameux « bonnets rouges » dont il avait coiffé ses troupes il y a quatre ans pour la défense de son hôpital….

 La détresse des salariés instrumentalisée

 À agiter ainsi l’étendard de la révolte, le symbole du « bonnet rouge » est devenu celui de l’imposture. Pire, il y faute contre la morale : c’est profiter de la détresse de salariés pour lancer une manifestation avant tout anti-gouvernementale, anti-socialiste, et, disons-le, anti-Hollande.

 C’est conforter également ce qui nous inquiète de plus en plus, à savoir la progression de l’extrême-droite. Notre ruralité est devenue perméable aux propositions du Front National, nous avons vu des petites communes, lors des dernières législatives, voter FN à 60%. Nous ne voulons plus voir cela.

 Prudemment, la Fédération socialiste du Finistère a demandé à ses adhérents, dans un mail diffusé 48 heures avant, de faire en sorte qu’aucun socialiste ne soit présent à Quimper, rappelant au passage le« Pacte pour la Bretagne » et la suspension de l’écotaxe.

 Avec nos camarades de « Maintenant la gauche », nous avons été nombreux à nous démener sur le net comme en allant au devant de la population pour dénoncer cette imposture majeure et inviter un maximum de Finistériens à rejoindre la manifestation syndicale qui avait lieu à Carhaix en même temps que la manifestation quimpéroise.

 Notre position à Carhaix, au milieu des syndicalistes, des Verts, de nos camarades des autres partis de gauche, n’était certes pas des plus confortable, mais il nous fallait assumer, dire que le socialisme ce n’était pas uniquement la politique d’un gouvernement, que nous étions fidèles à nos valeurs, que nous entendions faire en sorte que notre parti le soit et que le gouvernement ressente cet appel profond d’un retour dans les actes à notre véritable identité.

 Retrouver le sens de la vertu

 On conçoit très bien le danger qui plane au lendemain de la manifestation des « bonnets rouges » (Armor Lux, 15 euros), à savoir que le gouvernement entende ce tumulte au-delà de ce qu’il a déjà fait, à savoir le « Pacte pour la Bretagne » et la suspension de l’écotaxe, en donnant des gages aux revanchards, en s’orientant de plus en plus vers un socio-libéralisme de mauvais aloi.

 Plus que jamais, nous devons être vigilants, vigilants contre nos adversaires politiques de toujours, vigilants contre l’extrême-droite (quoique entre ces deux derniers la frontière soit ténue), vigilants contre nous-même également : tenir fermement la barre du socialisme.

 Nous ne devons être porteurs de rien d’autre que de la parole socialiste. C’est à notre parti de dire le socialisme, c’est à « Maintenant la gauche » de le lui rappeler. Il serait plus que temps de revenir à ces fondamentaux. Et ne pas jeter nos bonnets comme notre vertu par dessus les moulins.

Vous pouvez retrouver cet article sur le site du Nouvel Observateur http://leplus.nouvelobs.com/contribution/965369-.html

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