Europe, Général

MERKEL, saison 2.

mercredi 14 novembre 2012

Et voici la Chancelière allemande de nouveau en croisade contre la dépense publique et les droits sociaux. Le « manque de réformes structurelles en France » inquiéterait la Chancellerie allemande. C’est la raison pour laquelle, jeudi, Jean-Marc Ayrault, notre Premier Ministre sera dépêché à Berlin afin de « rassurer » la majorité CDU-CSU quant à la politique des socialistes français. On semble même attendre que l’Allemagne aille jusqu’à des « prescriptions » adressées à la France. Comme un élève docile, la France semble ne pas s’étonner que la Chancelière ait des velléités de maitresse d’école.

 En vérité, la situation dans laquelle nous nous trouvons n’a rien d’étonnant. En matière européenne, il y a toujours deux moteurs : le droit et la symbolique. Les deux propulsent une mécanique sophistiquée mêlant libéralisme et austérité. Ayant perdu sur le volet juridique et perdu la partie symbolique en courbant l’échine devant la Chancelière, le gouvernement risque bien de devoir, in fine, faire davantage de concessions encore. « L’Allemagne » ne veut pas de mal aux Français. Mais il n’est pas certain que Madame Merkel veuille le bien des millions de salariés français et, plus généralement, de notre appareil productif.

Il y avait donc, en ne renégociant pas le TSCG, deux erreurs d’analyse quant au pouvoir allemand. La première était de penser que la Chancelière s’arrêterait à l’acceptation par la France du traité signé par Nicolas Sarkozy et auquel quelques modiques ajouts donnaient une forme plus présentable. La deuxième consiste à croire que la société allemande et le pouvoir allemand forment un bloc compact dénué de contradiction. Derrière ces deux erreurs, il y en a une autre qui consiste à s’en remettre à une alternance SPD-Grünen en 2013 sans analyser les positions de ces deux partis et fonder ainsi tout espoir sur du sable…

Madame Merkel indique clairement qu’elle attend de la France davantage de « réformes structurelles ». Qu’on ne s’y trompe pas : cela signifie plus de rigueur, plus d’austérité budgétaire, moins de droit du travail, davantage encore de réduction des dépenses de santé et, évidemment, une nouvelle réforme des retraites. C’est ce que signifie « réforme » en novlangue merkelienne.

Pour autant, la société allemande est percluse de fractures. Les effets des réformes Hartz IV se font sentir et la précarisation des emplois de service de l’industrie, véritable raison de la « compétitivité du travail » allemand, sont vécues durement par la société allemande. Le salarié allemand n’est pas forcément d’accord avec Madame Merkel. Sans doute aurait-on pu s’adresser, en effet, à ces millions de salariés allemands et, en général, européens, qui pâtissent des effets de l’austérité et espèrent une alternative.

Quant au SPD et aux Grünen. Pour l’un, il poursuit son slalom entre sa politique « identitaire » d’indépendance du SPD et l’idée dominante d’entrée dans une Grosse Koalition. Et quant aux Grünen, on ferait bien enfin de comprendre qu’ils ont, en Allemagne, détrôné le FDP (parti des milieux d’affaire liés au miracle économique des années 60) comme parti des milieux les plus riches. Ceux-ci ont d’autant moins de raison de pencher du coté d’une alternative politique que le partenaire historique de l’Allemagne signe, de lui-même et contre tout évidence, les désidératas et les fantaisies malthusienne de la Chancelière CDU.

On le voit, le fait d’avoir signé le TSCG se paye au prix non pas d’une mansuétude plus grande de Madame Merkel mais d’une dureté plus grande dans un contexte social allemand qui n’a pas été correctement analysé par la gauche française.

Merkel, la saison 2 ne fait que commencer. Rassurez vous, il y aura encore beaucoup d’épisodes.

>>> A lire sur le blog de Julien Dray

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