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Motion de censure : Guedj et Mariani débattent en avant-première

vendredi 22 mars 2013

Jerome-Guedj-Thierry-Mariani-300x192Le journaliste Gaël Vaillant du JDD a interviewé Jérôme Guedj en compagnie de de l’UMP Thierry Mariani sur la motion de censure présentée à l’Assemblée nationale par l’opposition.

REGARD CROISES – Mercredi, les députés vont débattre d’une motion de censure déposée par l’UMP. Les députés Jérôme Guedj (PS) et Thierry Mariani (UMP), respectivement élus de l’Essonne et des Français hors de France, évoquent les enjeux de cette procédure pour leJDD.fr.

Est-il utile de déposer cette motion de censure?

Thierry Mariani : Par définition, les motions de censure ne peuvent pas être adoptées sous la Ve République. Mais, pour l’opposition, c’est le moyen de faire un constat d’échec dans tous les domaines.

Jérôme Guedj : Manifestement, l’intérêt de cette motion est orienté vers la reconstruction d’un groupe politique, celui de l’UMP esquinté par la bataille qui a opposé François Fillon et Jean-François Copé. Ce dernier veut donner l’impression d’exister dans le débat politique.

Cette motion de censure a été annoncée par Jean-François Copé et plusieurs parlementaires, notamment proches de François Fillon, ne l’ont pas signé…

J.G. : Au vu du nombre d’élus UMP qui n’auraient pas signé le texte de la motion, il s’agit déjà d’un demi-échec.

T.M. : Plusieurs députés auraient voulu signer cette motion, mais n’ont pas pu pour des raisons techniques. Au moment où le texte a été déposé, la semaine dernière pendant les vacances parlementaires, j’étais dans ma circonscription (Thierry Mariani est élu de la plus grande circonscription des Français de l’étranger, celle de l’Asie-Océanie, Ndlr). Je n’ai donc pas pu la signer, alors que je la voterai. Ce qui est important, ce sont les votes, pas les signatures.

Cette motion ravive-t-elle toutefois les tensions internes à l’UMP?

T.M. : L’enjeu n’est pas les querelles politiques à l’UMP, mais la façon de diriger la France. J’espère que tout le monde sera présent pour voter la motion.

J.G. : Jean-François Copé est au fond du trou, son image est durablement abimée et il essaye de se raccrocher à cette motion pour se relancer. Mais la gêne de certains élus à droite montre que les fractures au sein de l’UMP demeurent.

Le leader de l’UDI, Jean-Louis Borloo, menace de voter la motion de censure, à moins que Jean-Marc Ayrault « cesse d’augmenter les prélèvements obligatoires »…

T.M. : Son initiative est sympathique. Mais sa menace a autant de chances d’aboutir que la motion de censure. Ceci dit, je suis d’accord sur le fond.

J.G. : C’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. L’augmentation de prélèvements obligatoires n’a jamais été aussi importante que lors du quinquennat précédent. Jean-Louis Borloo regrette en réalité qu’on ait prélevé davantage ceux qui avaient été épargnés par les mesures fiscales de Nicolas Sarkozy, le bouclier fiscal notamment.

Jean-Louis Borloo évoque aussi la hausse de la TVA, qui touche tous les citoyens…
J.G. : Et c’est lui qui vantait, lorsqu’il était au pouvoir, les mérites d’une TVA sociale beaucoup plus massive.

Cette motion de censure arrange-t-elle Jean-Marc Ayrault qui va pouvoir bénéficier du soutien de la gauche?

J.G. : Elle va permettre à la majorité d’être soudée. Et, devant elle, Jean-Marc Ayrault va avoir l’occasion de faire un second discours de politique générale. Mais, puisqu’il s’agit d’une motion déposée par la droite, j’attends que Jean-Marc Ayrault saisisse l’occasion pour pointer les responsabilités et l’absence de propositions de l’UMP. Ils ne proposent rien et sont dans une nostalgie du sarkozysme. Il faut un retour à l’envoyeur.

T.M. : Ce sera l’occasion pour le gouvernement de rappeler la ligne qu’il entend tenir. Mais Jean-Marc Ayrault bénéficie déjà d’un soutien solide du groupe socialiste, dans une moindre mesure de ses alliés de gauche. Son problème ne vient pas de sa majorité, mais de son gouvernement.

Jean-Marc Ayrault est-il un bon Premier ministre?

J.G. : Il a su animer les orientations fixées par le président de la République. Il a profité du charme et subi les inconvénients d’une équipe nouvellement mise en place. Il y a eu une sorte de « Ayrault-bashing » détestable. L’opposition a monté en épingle le moindre fait ou geste. L’épisode des chutes de neige, début mars, a été révélateur : on a reproché à Jean-Marc Ayrault d’en faire trop. La réalité du quotidien est moins catastrophique qu’on ne veut le montrer.

T.M. : Jean-Marc Ayrault fait le travail. Il tranche, arbitre et déroule son programme. Je ne suis pas d’accord avec sa politique, mais il fait le job. Le problème vient de son gouvernement. Ses ministres jouent perso et privilégient leur égo sur la solidarité gouvernementale. A sa place, j’aurai fait sortir un ou deux ministres du gouvernement pour l’exemple.

Qu’est-ce que le gouvernement a le mieux réussi en neuf mois?

T.M. : Sur le Mali, le gouvernement a eu raison. Bien sûr, certains députés de l’UMP ont voté des textes du gouvernement. J’ai par exemple validé la loi bancaire. A l’Assemblée nationale, personne n’est obtus, bête et méchant. Nous pensons d’abord à l’intérêt de la France. Mais globalement, la politique menée par le gouvernement est extrêmement négative.

J.G. : La prioritédu gouvernement reste la lutte contre le chômage et de nombreuses réformes ont été mises en œuvre en ce sens. Mais ces mesures ne sont pas à effet immédiat. En parallèle, le gouvernement a su prendre d’autres mesures qui répondent à l’impatience des Français. Je pense aux textes de loi à venir, tels la future loi de Benoît Hamon sur le surendettement ou le texte sur la lutte des déserts médicaux. Des mesures qui devraient être davantage mises en avant.

Le moins bien réussi?

J.G. : Il y a eu des couacs, personne ne le conteste. Moi-même, je n’ai pas toujours été d’accord avec certaines décisions. Pour moi, l’épisode le plus délicat pour l’exécutif reste celui de Florange, en novembre dernier. Arnaud Montebourg a fait valoir une solution (la nationalisation partielle du site ArcelorMittal mosellan, Ndlr) finalement rejetée par Matignon. Mais le débat est toujours salvateur et nécessaire. Il n’y a pas de caporalisme à gauche, ce qui permet un équilibre entre exécutif et législatif.

T.M. : Au-delà des problèmes d’egos au sein du gouvernement, l’échec de l’exécutif est général. Dans tous les domaines, notamment sur l’emploi, la croissance et la lutte contre les déficits publics. Ce n’est pas « le changement, c’est maintenant », mais plutôt « on s’est fait avoir pour cinq ans ». Les Français vont aller de désillusion en désillusion.

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