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Olivier Mouret : « La loi El Khomri, c’est la goutte d‘eau qui a fait déborder le vase » – Paris-Normandie

jeudi 7 avril 2016

Paris-Normandie – mercredi 6 avril 2016 – 22h50

Politique. Signataire d’une tribune d’élus PS contre la loi Travail la semaine dernière, l’adjoint rouennais Olivier Mouret affiche de plus en plus son opposition à la ligne Valls. Tout en restant attaché à son parti.

image_content_general_20368784_20160406203112L’idée de contacter Olivier Mouret datait du dernier conseil municipal. Une séance agitée autour du vote du budget 2016 et de la hausse des taux d’imposition votée à l’unanimité par la majorité, sur fond de baisse des dotations de l’État. Avec comme principale question : comment le président du groupe socialiste au conseil municipal, parfois chahuté par ses « amis » écologistes et communistes, arrive-t-il à garder le cap à gauche face à un gouvernement qui lui complique sérieusement la tâche (création du CICE, déchéance de la nationalité, loi El Khomri…) ?

Et avant même d’avoir décroché le téléphone, le voilà qui sort du bois en signant, le 30 mars dernier au côté d’une trentaine de responsables et d’élus PS départementaux, une tribune dans les colonnes deParis-Normandie intitulée clairement : « Loi Travail : c’est toujours non merci ». Le lendemain, sur Twitter cette fois, l’adjoint au personnel et aux personnes âgées persiste et signe : « #LoiTravail Et la rue répondit #Resistance… retour aux valeurs. Les socialistes ne sont pas des girouettes ni des godillots #Abonetendeur ». Pas si fréquent (!) au sein du PS local de voir l’un de ses élus (depuis 2008) sortir du discours convenu du soutien de principe à l’action du président Hollande, dont le discours du Bourget semble bien loin, et du gouvernement Valls. Le signe que les temps changent sur les terres de Laurent Fabius depuis son départ du gouvernement ? Cela reste à confirmer…

BUDGET 2016 : « CE N’ÉTAIT PAS GAGNÉ »

Aujourd’hui, Olivier Mouret, membre du conseil national du PS, assume toujours, « même si certains ont pu me reprocher de ne pas laver notre linge sale en famille en portant le débat sur la place publique. Ce n’est pas grave… » Pour lui, c’est clair : « La loi El Khomri, plus qu’une ligne rouge qui serait franchie, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez beaucoup d’élus socialistes. »

À gauche de la gauche pourtant, on reproche au même homme de ne pas assumer ses convictions lorsque le débat national s’invite au sein du conseil municipal. Lui constate « qu’une prise de position radicale sur ces questions de politique générale au sein d’une majorité qui a la responsabilité de la gestion collective d’une ville comme Rouen n’a pas de sens. Je ne suis pas là pour me faire plaisir. […]L’unité de notre groupe, et plus largement de notre majorité plurielle, se construit dans le débat interne, en travaillant pour aboutir à un consensus. » Il en veut pour preuve l’accord trouvé sur le budget 2016, «alors que ce n’était pas gagné. Et si nous avons commencé à en discuter avant l’été, c’était bien pour nous laisser le temps d’y parvenir. »

Pour certains, le choix d’Olivier Mouret pour présider le groupe PS à Rouen n’est pas un hasard : « Il fait le lien au sein de la majorité entre des élus socialistes agacés par le discours un peu donneur de leçon des Verts et du PCF et ces derniers », assure l’un de ses adversaires politiques au conseil, qui constate au fil des mois que le groupe PS n’est pas aussi monolithique qu’il le laisse à voir vote après vote.

On pourrait aussi penser que ce proche de la députée Valérie Fourneyron – « si je suis venu en politique, c’est avant tout pour et grâce à elle » – est un peu le porte-drapeau de ses collègues socialistes, frustrés par la ligne sociale-libérale de leurs représentants à la tête de l’État, qui n’osent pas encore le faire savoir. Un rôle de soupape pour éviter l’implosion ? Lui préfère penser « que la meilleure façon de remettre le cap à gauche au sein du PS est d’y rester et pas d’en sortir ». Et visiblement, de temps en temps, de prendre le risque de l’ouvrir…

LAURENT DEROUET – l.derouet@presse-normande.com

« Dans la nature même du PS »

Secrétaire de la section rouennaise du PS, à laquelle Olivier Mouret appartient, Alexandre Canet, directeur de cabinet du maire Yvon Robert, est également membre du conseil national du PS.

Voir un élu rouennais critiquer publiquement l’action d’un gouvernement PS, c’est plutôt rare. Avez-vous été surpris ?

n Alexandre Canet : « Surpris, non. Le contexte national est très complexe. Des voix s’élèvent au PS pour critiquer la loi Travail, c’est un constat. Et Olivier Mouret n’a jamais caché ses doutes et ses critiques en étant ici le porte-parole de ce que vous appelez la gauche du PS. Mais c’est vrai qu’on a pour habitude de débattre entre nous, au sein de la section, plutôt que sur la place publique. »

De l’extérieur, on peut être surpris de voir un parti où les courants s’affrontent régulièrement et un groupe PS au conseil toujours sur la même ligne. Comme l’expliquez-vous ?

n « C’est dans la nature même du PS, dans son histoire, d’être traversé par différents courants, tantôt plus social, tantôt plus libéral. Le débat existe donc, au sein même de la section rouennaise. […] Mais la gestion d’une ville, c’est différent. Yvon Robert ne refuse pas le débat, ni avec les élus PS, ni avec les autres composantes de la majorité. Mais il est important que ces discussions aient lieu en amont des décisions, pas toujours faciles à prendre. Et qu’une fois qu’elles sont prises, nous puissions avancer. »

Est-ce simple d’être secrétaire de section au PS en ce moment ?

n « La question n’est pas que ce soit simple ou pas. La question est de permettre à tous de s’exprimer. »

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