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Olivier Thomas – Maire de Marcoussis : « Parce que je suis profondément attaché au débat… « 

dimanche 30 septembre 2012

Parce que je suis profondément attaché au débat, je vis ce Congrès de Toulouse, comme une chance. De présentation de Motion en présentation de Motion, partout, les militants que je rencontre sont attachés à cette structuration du Parti. Il est vrai que les courants ont parfois, dans notre histoire, caché des écuries présidentielles, nuisant ainsi au vrai débat d’idées.

Cette fois le congrès est totalement libéré des enjeux de personnes.

Il ne peut y être question de présidentiable, car nous avons tous fait une belle campagne pour faire élire un des notre à l’Elysée, car nous le soutenons dans sa difficile mission de redressement de la France dans la justice, car nous souhaitons tous qu’il réussisse et qu’il soit naturellement notre candidat dans 5 ans.

Il ne peut y être question de Premier secrétaire puisque celui-ci à quasiment été choisi à l’avance, par ce changement statutaire qui oblige à être 1er signataire d’une motion pour prétendre à être 1er secrétaire national. Ce changement de statut produit des effets pervers : d’abord, la démocratie directe des militants est confisquée par cette pré-désignation, ensuite, si cette règle perdure, elle obligera systématiquement à des rassemblements hétéroclites dans le seul but de créer « la grosse Motion » qui dépasse 50% et qui donnera à tout coup le 1er secrétaire. On a donc remplacé le vote des militants pour des candidats, qui affichait il est vrai, devant la presse, nos batailles internes et les guerres des égos, par les tractations de couloir, échangeant un soutien contre quelques places dans les instances. L’avenir nous dira ce qui est mieux… ces questions ne sont pas mon obsession.

En revanche l’intérêt certain de cette nouvelle règle pourrait justement être que débarrassés des questions de personnes, nos congrès soient à nouveau (enfin) de vrais moments d’échanges et de débats sur nos orientations.

C’est dans cet esprit que nous avons, réunissant quatre contributions, créé ce rassemblement qu’est la Motion 3 : Maintenant la Gauche !

Oui, nous avons encore et toujours envie de débattre. 

Car c’est à cela que sert un parti, au fourmillement d’idées, venues de militants de tous horizons. Certes nous sommes comme toujours volontaires et plein d’allant pour aller populariser l’action du Gouvernement, distribuer des tracts et coller des affiches, mais nous voulons aussi que notre Parti redevienne un Parti d’idées, un Parti de proposition, un Parti qui prépare l’opinion plutôt qu’un parti qui s’y adapte.

Car nous ne renonçons pas à changer la vie.

Nous préférons comme le disait Gramsci, l’optimisme de la volonté, au pessimisme de la raison.

Notre motion propose donc une autre voie que celle de l’austérité imposée par l’Europe.

La construction de l’Europe est probablement la plus belle idée du XXème siècle. Nous ne voulons plus que cette idée généreuse soit gâchée par une vision de l’Europe des contraintes qui est donnée aux citoyens de ce continent depuis 25 ans. Où est passée notre volonté de construire l’Europe sociale, l’Europe des peuples ?

C’est à nous socialistes européens et, singulièrement, socialistes français, de porter à nouveau ce flambeau, notamment par l’élection d’une assemblée européenne constituante. Harmonisation fiscale, harmonisation sociale et salariale… l’Europe doit être juste, pour être aimée et ne peut se contenter d’incarner l’économie de l’offre.

L’heure n’est pas venue d’appliquer froidement des quotas de rigueur. Cette réduction des déficits ne correspond à rien. C’est lorsqu’on est riche qu’on réduit les déficits. Nous risquons par l’austérité imposée de faire entrer durablement notre continent dans la récession et de provoquer ainsi l’aggravation de la crise.

Nous proposons, au contraire, une relance par les salaires et le pouvoir d’achat et la fixation de règles européennes à nos frontières évitant les ravageurs effets de dumping. Les japonais, les américains et les chinois pratiquent ces barrières virtuelles depuis longtemps.

Il nous faut aussi être exemplaire dans la redistribution des richesses.

La politique salariale avec notamment la fixation d’un salaire maximal est un axe de cette juste redistribution, mais c’est surtout par une révolution fiscale que nous corrigerons les graves inégalités sociales de notre pays.

La fiscalité doit être réellement progressive et chacun sait qu’elle ne l’est plus à partir des hauts revenus. Notre Parti doit aussi demeurer vigilants sur l’usage de la TVA qui est, nous le savons, l’impôt le plus injuste.

Et c’est encore vers l’Europe que nous nous tournons en proposant l’instauration d’un serpent fiscal européen, qui éviterait le dumping fiscal, les évasions intra-européennes, et fixerait à toutes les entreprises européennes des règles fiscales justes, par lesquelles, comme l’a promis François Hollande, les Pme seraient moins imposées que les multinationales ! Il est également temps qu’une fiscalité écologique soit créée au niveau européen et surtout aux frontières de l’Europe.

Mais le socle de notre motion n’est pas uniquement social, il est aussi profondément écologiste.

L’urgence écologique est, dans ces dernières élections passé au second plan sous les coup de butoirs de la crise sociale. Cela ne signifie pas qu’elle a disparu.

Cette urgence doit nous interroger, nous socialistes, sur le temps de notre action, de nos projets, de nos orientations. Le temps pressé de la bourse affichée au bas de nos écrans, le temps infernal des médias, sautant d’un sujet à l’autre à une vitesse jamais atteinte, le temps d’une information tellement accélérée par Internet et les réseaux sociaux, ce temps là, n’est pas le temps des socialistes écologistes que nous devons devenir.

C’est donc sur une échelle du temps long que nous devons construire l’orientation de notre Parti. Au Gouvernement de gérer le temps court et nous le soutenons. Au Parti de penser le temps long, de préparer l’opinion, de penser une société moins dévoreuse de ressources naturelles, plus protectrice de la planète, altermondialiste et alterconsommatrice. La croissance du PIB est un indicateur mais ne peut pas être la seule boussole de nos politiques.

Notre motion, inspirée du travail en commun que nous avons effectué l’an passé autour de l’égalité réelle, souhaite que tout ce travail militant se traduise dans nos orientations et dans nos actions.

Nous réaffirmons notre attachement fort à la Laïcité. Cette valeur essentielle de notre République n’a pas besoin d’être qualifiée, d’être modernisée, d’être amendée. La Laïcité n’est pas la triste caricature qu’en a faite Nicolas Sarkozy. Elle n’est pas non-plus l’instrument du racisme de Mme Le Pen et le rempart du seul « racisme anti-blanc » qui frapperait Mr Coppé.

Elle est une valeur universelle qui garantît nos libertés et notre capacité à vivre ensemble dans la tolérance et le respect de l’autre. Elle n’est pas anti-religieuse comme on tente parfois de nous le faire croire, au contraire elle garantit à chacun de pouvoir ou non exercer sa religion ou ne pas en avoir.

Notre Motion prône la mise en place rapide (ces mesures ne sont pas budgétaires) de lutte contre toutes les discriminations.

Égalité des salaires hommes-femmes (au passage ce sera aussi un augmentation salariale de relance), droit de vote des immigrés aux élections locales (sans attendre la proximité d’une autre élection qui nous empêcherait par peur de faire enfin cette juste réforme), mariage homosexuel…

Fidèles à nos engagements nous souhaitons également la mis en place d’une VIème République donnant davantage de pouvoir au Parlement qui n’a aujourd’hui pas les moyens de la réflexion et de la proposition. Cette VIème République doit se créer dans une grand débat consultatif, redéfinissant les missions des collectivités territoriales, interdisant strictement le cumul des mandats des parlementaires et créant enfin un véritable statut de l’élu local.

Mais un congrès socialiste est aussi le moment de fixer la stratégie politique du Parti et son fonctionnement interne.

Sur la stratégie, nous réaffirmons que c’est par l’union de la Gauche et des écologistes que nous occuperons durablement le pouvoir et donc que nous pourrons durablement changer la société. C’est d’ailleurs ainsi que sont gérées de très nombreuses collectivités que nous dirigeons. Mais cela doit se faire par un réel travail en commun. L’erreur de la Gauche plurielle aura été de déléguer les questions écologiques aux seuls verts sans nous en emparer nous mêmes et les questions sociales aux communistes.

C’est au contraire par un travail en intergroupe au parlement, par la création partout de plateformes de discussions que nous dépasserons nos divergences pour l’intérêt de toute la gauche et de notre pays.

Quant au parti, il est toujours difficile aux lendemains de belles victoires comme la présidentielle et les législatives de porter un œil critique sur le fonctionnement du Parti. Et pourtant tout n’est pas rose à Solférino…

Notre Parti vieillit, notre Parti est devenu un Parti d’élus, de collaborateurs d’élus et de futurs élus. Certes les primaires nous ont permis de nous dépasser, puis de nous rassembler salutairement… mais très vite les vieilles habitudes ont repris le dessus et la désignation du 1er signataire de la Motion considérée comme la plus grosse prête à de nombreux doute sur notre démocratie interne…

Nous proposons de créer une véritable école du militant, avec un programme national de formations, théoriques et pratiques, décliné partout grâce aux nouveaux outils numériques, dans chaque fédération afin de préparer le Parti du futur…

Voilà, mes chers camarades, quelles sont nos intentions. Elles se résument en une seule volonté, celle faire vivre le débat en notre sein, et donc de faire de notre Parti un Parti fort, sur lequel le gouvernement pourra s’appuyer pour aller plus loin sur le chemin de la justice sociale et du redressement de notre pays !

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