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Première analyse « à chaud » sur l’élection de Donald Trump

mercredi 9 novembre 2016

A chaud, donc forcément partiel et partial.

1) Le résultat est effarant, mais pas étonnant. Il faudrait être aveugle pour ne pas constater que nous sommes face à un mouvement de fond, qui touche, peu ou prou, toutes les démocraties occidentales. Un mouvement qui prospère sur l’incapacité avérée des dirigeants à protéger le plus grand nombre (économiquement, socialement, etc.)

2) Le point commun, c’est le rejet de la mondialisation, dans toutes ses dimensions. Trump, candidat « attrape-tout » par excellence, se contredit souvent, ou plutôt change de discours en fonction de chaque Etat, sauf sur deux points, toujours ressassés : l’immigration illégale et le libre-échange. Les effets désastreux de l’ALENA (l’accord de libre échange entre le Canada, les États Unis et le Mexique) ont sûrement joué un rôle bien plus important qu’on ne l’imagine.

3) il faut attendre la carte précise des résultats, mais il est facile d’imaginer qu’elle va confirmer une réalité géographique que des essais récents (et moins récents) démontrent : des fractures territoriales béantes, qui se superposent à des fractures sociales rendues possibles par un système économique (pour simplifier, le capitalisme financier transnational) par essence profondément inégalitaire. Ce n’est pas un hasard si Trump remporte les Etats de la « rust belt » (ceinture de rouille).

4) De grands intellectuels américains comme Christopher Lasch avaient analysé, il y a plusieurs décennies, ce qu’il appelait « la révolte des élites » (c’est à dire le comportement indécent des gagnants de la mondialisation libérale qu’ils soient, d’un point de vue « sociétal », « progressistes » ou conservateurs). Le ressentiment envers cette classe off shore, indifférente au sort de la majorité, a été grandissant. A partir du moment où rien ne change, il est inévitable qu’il s’exprime politiquement. En ce sens, Emmanuel Todd a raison quand il dit que « la fureur de l’électorat de Trump est rationnelle ». Le fait que les électeurs aient plébiscité un milliardaire abject, vulgaire et inconsistant n’a rien de paradoxal : c’est un pied de nez supplémentaire à l’arrogance de l’establishment, à qui est tendu un miroir déformant, offrant un reflet dégénéré.

5) On le savait, mais ça se confirme scrutin après scrutin : il ne suffit pas de s’autoproclamer « progressiste » pour être perçu comme tel. Ceux qui s’estiment appartenir au « camp du Bien » devraient surtout s’abstenir d’utiliser le qualificatif « populiste »: il a son intérêt en sciences politiques mais, utilisé systématiquement et à tort et à travers par des responsables qui cherchent seulement à discréditer un adversaire qui ne pense pas comme eux, il devient incompréhensible. Les gens sont bien plus sensibles aux mots qu’on ne le croit : dans « populisme », il y a « peuple ». Pour beaucoup de gens, c’est positif !

6) il y a tellement de choses à faire qu’on ne sait pas forcément, aujourd’hui, par où commencer. Ce qui est sûr, pour ce qui concerne l’Europe et la France, c’est que les partisans du « business as usual » comme les tenants du TINA (there is no alternative), qui sont bien souvent les mêmes, nous mènent droit dans le mur. Il faudra en tirer toutes les conséquences politiques.

Emmanuel Maurel

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