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Primaire de la gauche: « vaisselle cassée » ou « petits pas », l’Europe divise les candidats

samedi 7 janvier 2017

Par Jérémy MAROT – Publié le 07/01/2017 à 09:29 – Mis à jour le 07/01/2017 à 10:30

Les candidats à la primaire de la gauche partagent le même diagnostic d’une Union européenne en « crise », mais divergent radicalement sur la stratégie à adopter pour entamer les réformes, entre « vaisselle cassée » et « politique des petits pas ».

Paris, 7 jan 2017 (AFP) –

img_2415« On est assez d’accord sur les constats, pas sur les méthodes », résume le député européen Emmanuel Maurel, soutien d’Arnaud Montebourg, acide sur la « politique d’austérité, de dumping social en Europe ».

Ainsi infusent dans tous les programmes plusieurs thématiques, qualifiées de « marronniers français » par Pervenche Bérès, députée européenne qui a rallié Vincent Peillon.

Pêle-mêle: une Europe plus resserrée, actant une pause dans son élargissement; une Europe plus ferme dans les négociations commerciales avec Etats-Unis et Chine; la mise en oeuvre d’une harmonisation fiscale, notamment concernant l’impôt sur les sociétés; une meilleure coopération en matière de défense et de sécurité; la révision de la directive travailleurs détachés; surtout le lancement d’un vrai plan d’investissement de 1.000 milliards d’euros orienté sur la transition écologique notamment.

Ces réformes requièrent cependant l’aval de la droite actuellement au pouvoir en Allemagne, et la gauche s’interroge: comment faire prévaloir ses vues?

« Il faut un rapport de force dur », assure Emmanuel Maurel, qui se fonde sur son « expérience au Parlement européen ».

Dans son projet, Arnaud Montebourg demande ainsi un « nouveau traité de Rome », se dit prêt à « payer les amendes de la Commission européenne » plutôt que d’accepter l’austérité et compte s’autoriser le dépassement des traités européens « dans l’intérêt national de la France ».

« Mais le rapport de force, cela commence par des propositions concrètes, sinon on passe juste pour des gamins agités », réplique Guillaume Balas, eurodéputé soutien de Benoît Hamon, déplorant cette « vieille remontée en direction d’une partie de l’électorat eurosceptique ».

M. Hamon, qui avait brocardé cette « stratégie de la vaisselle cassée », penche pour une méthode en trois temps.

« D’abord, démontrer notre utilité au niveau européen, avec notre expertise militaire unique. Grâce à sa capacité de projection, également diplomatique, la France est la fenêtre de l’Europe sur le monde et il faut développer cela », explique M. Balas.

« Avec ce levier, il faut ensuite demander à l’Allemagne de construire un grand plan d’investissements, de 1.000 milliards d’euros, fléché sur la transition écologique et les territoires en difficulté, de l’Europe de l’Est et du Sud », poursuit-il. « Enfin, la troisième partie du contrat est de demander aux pays de l’Est et du Sud, grâce aux compensations du plan d’investissements, d’adapter leurs normes sociales », complète M. Balas.

– ‘Eurosceptique soft’ –

L’approche est encore différente pour Vincent Peillon qui fonde son « new deal européen » sur le respect des engagements de la France, notamment en matière de déficit budgétaire, afin de relancer le « moteur franco-allemand ». Ces gages permettront l’établissement d’un « véritable budget de la zone euro » ou le déblocage du plan de 1.000 milliards d’euros.

« Tout le monde attend que la France fasse des propositions, mais pas en donnant des leçons », résume Mme Beres. « Ce n’est pas en faisant la guerre aux Allemands qu’on y arrivera », renchérit-elle.

Et Guillaume Balas d’épingler cette « politique des petits pas »: « Cela été le pari de François Hollande durant tout son quinquennat de montrer que nous faisons des efforts, mais cela n’intéresse pas les Allemands, c’est un leurre. »

Enfin, Manuel Valls insiste de son côté sur une « refondation de l’Europe », un « nouveau consensus » avec « les pays qui veulent avancer » et qui acte notamment une plus grande implication des Parlements nationaux.

L’ancien Premier ministre a mauvaise presse parmi ses camarades socialistes européens: taxé, sans être nommé, d' »eurosceptique soft » par le commissaire européen français Pierre Moscovici, proche de Vincent Peillon, il est décrit comme « souverainiste » et « autoritaire » par Mme Bérès, quand un autre eurodéputé ironise sur son « peu d’appétence pour les questions européennes ».

Un procès qui contraste cependant avec la place importante accordée à ces questions dans le programme de M. Valls, étiqueté favori du premier tour de la primaire.

© 2017 AFP

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