Economie, Général, Social

Quand le Medef veut « détabouïser » la flexibilité…

mercredi 28 novembre 2012

Laurence Parisot a déclaré récemment vouloir « détabouïser la flexibilité » afin  que cet objectif ne soit plus caché « derrière d’autres mots, comme « adaptabilité » ou « souplesse » », prévenant au passage que, dans le cadre des négociations sur l’emploi, le Medef ne signerait « pas d’accord si, du côté des organisations syndicales, il n’y a pas une acceptation des principes que nous mettons derrière la notion de flexibilité ».

Il est certes temps de s’entendre sur les mots et de ne plus accepter de se fier à des métaphores trompeuses comme celle de la « souplesse » à laquelle L.Parisot avait elle-même recours quand, lors des universités d’été du MEDEF, elle demandait « une souplesse, une simplification des procédures du droit du travail pour ajuster l’organisation de l’entreprise, éventuellement les effectifs, en fonction de la situation de l’entreprise, de la conjoncture d’une manière générale». Parce qu’elles évoquent sans démontrer et peuvent ainsi « persuader » sans justifier, les métaphores constituent, en effet, des instruments rhétoriques précieux pour qui veut manipuler autrui plutôt que s’adresser à sa raison par des arguments clairement explicités. Leur usage politique doit donc éveiller une certaine vigilance critique si l’on veut éviter d’être victime d’une « communication » conçue sur  le modèle technologique de la maîtrise d’objet.

La lucidité soudaine de L.Parisot sur le poids des mots n’est, toutefois, nullement motivée par un souci de vigilance critique émancipatrice mais par la volonté de remettre en cause des protections sociales majeures. Sans complexes, le Medef propose ainsi que les possibilités de  contrat de travail intermittent  soient élargies, que la prescription des conflits jugés aux Prud’hommes réduite de 5 à 1 an et que les dommages et intérêts en cas de licenciement abusif soient plafonnés. Sans complexes, le Medef préconise de suivre les bons remèdes des agences de notation et de réduirebien entendu, le « coût du travail » et non celui du capital.

En parlant de « détabouïsation de la flexibilité », L.Parisot tente d’inscrire la remise en cause du  code du travail si problématique[1] pour elle dans le champ d’un sacréirrationnel dont il conviendrait – enfin – de s’émanciper. Prétendument courageux et raisonnable, cet acte de rébellion permettrait de s’adapter « pragmatiquement » à un contexte décrit en toute objectivité par Moody’s and Co et  réaliser ainsi son vieux  rêve de précarité généralisée  : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ».

Sans complexes, rappelons à L.Parisot que, comme l’expliquait Freud, ce qui distingue les « prohibitions tabou » des « prohibitions morales » c’est qu’elles ne se fondent sur aucune raison ; leur origine est inconnue ». Nous savons, nous, que les  protections sociales ont une origine très sociale et que ce qui s’inscrit  contre « l’exploitation de l’homme par l’homme »  relève non pas d’un interdit irrationnel mais d’un progrès moral fondé en raison.

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