Dans les départements

Quand on gagne la bataille des mots, on gagne celle des idées

lundi 7 juillet 2014

Par Christine Tabouret, mandataire MLG en Gironde – MLG Aquitaine

 

A quelque chose, malheur est bon, dit un refrain populaire. Dans ce moment d’effondrement, le temps du sursaut est venu. Le sursaut est urgent et il est possible. La défaite magistrale aux municipales a affaibli le Parti Socialiste avec la perte de nombreuses communes et les équipes militantes qui les animaient.

Peu après, une autre défaite  aux européennes a placé son score au seuil histriquement bas de 13%. On note aussi que chacune de ces consultations a enregistré un taux d’abstention élevé. Enfin, au terme de cette courte séquence, on apprend que le Parti Socialiste a perdu 25.000 militants entre 2012 et 2013.

Tout cela fait beaucoup de « sans voix ». Des milliers de citoyens et de militants ne trouvent plus d’autres moyens d’expression que le silence et la désertion des urnes. Le vote est un acte de responsabilité réciproque entre le mandant qui accorde son suffrage au mandataire de son choix, sur la base d’un programme, d’une ligne politique et des valeurs clairement proposés.

Or, depuis mai 2012, les Français découvrent (confusément pendant deux ans et plus franchement depuis la conférence présidentielle du 14 janvier dernier) que le ramage n’a plus grand-chose à voir avec le plumage. Le programme présidentiel décliné en 60 engagements est très éloigné, voire opposé, aux discours mais aussi aux actes, lois et choix politiques qui marquent cette première moitié de la mandature.

Pour les 16 millions d’électeurs qui ont porté de manière décisive la gauche aux responsabilités, c’est une incompréhension et une déception aussi inouïe que brutale. Mais le dommage dépasse l’aspect partisan car pour l’ensemble des électeurs, quel qu’ait pu être leur vote, ce mode de gouvernance ébranle les fondements de la démocratie.

La politique de la chose publique étant le ministère de la parole, les citoyens ne peuvent que se payer de mots pour accorder leur suffrage au programme qui portera le mieux leurs aspirations. Mais faut-il pour autant, une fois l’élection gagnée, renoncer à tout ce qui a été dit, expliqué clamé, au prétexte que « l’exercice du pouvoir », « le pragmatisme » ou bien encore « le sens des réalités » contraindaient à faire le contraire de ce pour quoi on a été élu?

Ce débat traverse depuis quelque temps notre formation politique. Or, tant que le PS n’interrogera pas directement et sans détours cette contradiction majeure et invalidante, aucun sujet ne pourra être sincèrement réfléchi ni débattu. Et il ne sert à pas grand-chose d’agiter un acte de décès de la gauche, ni à vouloir ranger le socialisme sur l’étagère des « vieilles lunes » parce qu’il s’origine dans le XIXème siècle. A ce compte-là, au motif d’une soit-disant modernité, va-t-on jeter aux orties la démocratie dont le berceau a plus de 4.000 ans d’histoire?

Depuis cette série de défaites, le Parti Socialiste souhaite renouer le dialogue, tant avec les citoyens qu’en interne en promouvant le débat. La démarche va dans la bonne voie et nous la soutenons avec conviction. Mais pour recréer du lien, la parole doit d’abord retrouver sa crédibilité. Pour inspirer confiance, elle doit prouver sa cohérence en s’appuyant sur les valeurs qu’elle défend. Pour l’instant, nous en sommes encore loin comme le démontre la proposition présidentielle de nommer Jacques Toubon au  poste de Défenseur des droits.

Si on ne lève pas d’abord le voile des confusions, beaucoup d’énergie se perdra dans des combats obscurs, ce qui laissera à l’extrême droite le champ libre pour y pratiquer ses manœuvres.

C’est pourquoi, la seule bataille efficace contre les populismes qui prospèrent dans ces mélanges troubles, c’est la bataille des mots: parler des chômeurs et pas des courbes du chômage, parler de cotisations et pas des charges, faire prévaloir la justice au travail (engagement n°24) et non pas tendre la boîte de mouchoirs au Medef chaque fois qu’il a la goutte au nez, donner un nouvel élan à notre démocratie (engagement n°54) et non pas griffonner à la hâte sur un coin de table une carte de France brouillonne en supprimant les départements, donner des gages des valeurs que l’on porte et ne pas voter pour Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, engager une réforme fiscale et non pas alourdir l’impôt de 9 ménages sur 10 tout en épargnant le capital, ne pas se battre contre la suppression des seuils sociaux quand on est dans l’opposition pour la mettre en oeuvre dès qu’on est au gouvernement.

La bataille des mots est devant nous et il faut la mener. Face à l’ancrage dangereux de l’extrême droite dans le paysage politique, face à l’abstention et à la défiance vis à vis du politique qui fragilisent la démocratie, face à la gauche de gouvernement qui tient un discours en décalage avec son électorat, il est urgent de mener la mère des batailles pour faire gagner celle des idées. En partageant l’épopée française avec le peuple, en faisant progresser tout ce qui fait la richesse de notre pays, nous pouvons faire gagner la France.

Blum a fait les congés payés, Mitterrand a fait la retraite à 60 ans, Jospin a fait les 35 heures. Il reste un peu moins de trois ans pour que la gauche au pouvoir apporte sa pierre à l’édifice du progrès social pour tous dans la justice sociale. Oui, c’est encore possible car la gauche l’a toujours fait et à chaque fois qu’elle a gouverné. Même dans l’adversité la plus rude.

Vous pouvez également retrouver ce texte sur le blog Mediapart de Christine Tabouret.

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