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sur la situation au #Mali

mercredi 16 janvier 2013

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Dans un cas comme celui de la crise malienne, il est primordial de partir d’une analyse des faits, de la situation réelle du terrain pour se forger une opinion et envisager une issue politique favorable. Toute vision exclusivement idéologique de la situation, qui consisterait à enfermer la réalité dans un schéma préétabli serait source de bien des déconvenues. Le pacifisme principiel est mortifère dans une situation pareille. Le bellicisme des bons sentiments ne l’est pas moins. L’invocation de l’Histoire a elle-même ses limites : ce n’est ni le Viêt-Nam ni Munich ! Il ne s’agit pas de voir dans l’intervention française uniquement le spectre d’impérialisme qui opérerait par pur opportunisme. Ce n’est pas le cas. Il ne s’agit pas non plus d’analyser toute réticence envers un enlisement éventuel comme une forme d’esprit munichois. Il ne s’agit pas, enfin, de se réfugier derrière l’argument de la nature contestable du pouvoir de fait à Bamako pour renvoyer dos à dos chacune des parties en présence sur le terrain. Il s’agit donc d’analyser concrètement la situation en fixant des principes.

La crise malienne doit donc nous interroger. Elle doit nous interroger sur l’immense prise de risque géopolitique qu’a été l’expédition de Libye. La décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer ad patres le dictateur d’alors sans s’assurer de l’émergence d’un véritable Etat libyen a provoqué l’essaimage du stock d’armes kadhafistes à travers le Sahel. Cette gestion calamiteuse de la réalité libyenne est une leçon, en particulier pour la résolution de la guerre civile syrienne.
Quelle était la situation la semaine passée au Mali ? Des colonnes de miliciens islamistes, de diverses obédiences, peu inspirée par l’amour de leur prochain, s’avançaient vers le Sud du Mali et étaient en passe de faire sauter le dernier verrou avant Bamako. Il y avait alors deux options : laisser faire ou intervenir, à la demande du pouvoir en place à Bamako. Le Président de la République a, à raison, choisi d’intervenir et de stopper l’avancée des milices islamistes. Constatons cependant que la solidarité européenne n’a pas éclaté au grand jour au cours de ces derniers jours et que la Chancelière allemande n’a pas manqué de jouer sa propre partition…
Il y a fort à parier que les diverses tendances qui se sont emparées du Nord-Mali ont fait le pari de la paralysie internationale, qu’elles ont choisi d’agir vite parce qu’elles estimaient que les institutions internationales mettraient trop de temps à réagir. En fonçant vers le Sud, elles visaient à provoquer une situation de fait accompli qui aurait compromis la situation de toute l’Afrique de l’Ouest et tout le Sahel et surtout aurait coûté plus cher à toute intervention, vieille tactique du fait accompli devant la faiblesse de la communauté internationale. L’enjeu n’était pas mince. Le risque de voir se constituer une forme pseudo-étatique islamiste conçue sur le modèle taliban sur le Sahara n’était pas acceptable, pour aucun des peuples de la région, pour aucun peuple attaché à la liberté.
Il ne s’agit pas pour autant d’éviter tout questionnement quant à cette offensive.
Si, comme d’aucuns le laissent entendre, il s’agit de s’aventurer au Nord Mali sans autre dessein que la traque des guérilléros islamistes, les risques d’enlisement sont grands et leurs conséquences pourraient s’avérer lourdes pour le Mali, pour le Sahel et pour la France. Ils’agit d’un territoire grand comme deux fois la France, peu hospitalier, dont les guérillas islamistes sont les maitres et où il faudrait expédier des troupes au sol (mais lesquelles précisément ?).
S’il s’agit, en revanche, de bloquer la route du Sud de manière définitive aux milices islamistes, alors cette opération doit ouvrir d’autres perspectives : celle, notamment, d’une renaissance démocratique du Mali, qui passerait par l’élection d’une Assemblée constituante, la redéfinition de la solidarité internationale et l’engagement dans un processus d’unité africaine fondée sur la souveraineté sur les matières premières et la justice sociale.
Dans une guerre, il faut des buts stratégiques clairs. Ceux-ci doivent être énoncés clairement. Il s’agit d’aider un peuple, le peuple malien, à se libérer de l’oppression et à bâtir son propre destin. C’est au regard de ces principes qu’on doit juger le développement de cette opération.
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1 réaction

  1. Dunoyer Jean-Denis dit :

    Julien,
    Je suis heureux de lire une analyse assez juste de la situation au Mal. Je fais partie des opposants résolus à la guerre -on ne se refait pas-, bien plus encore quand mon pays se lance dans une intervention sans aucun mandat international sur le territoire d’un pays souverain, également parce qu’elle expose les populations en contact avec les islamistes radicaux à des actes de répression.

    Je pense, dans l’analyse faite, qu’une cause essentielle de ces troubles a été laissée de côté; ce sont les rapports entre les puissances occidentales et l’Afrique avec le malheur de la domination de pays souverains pour l’exploitation de leurs ressources naturelles. La voracité des pays occidentaux est telle que seules ces ressources comptent. Le maintien dans un continuel état de faiblesse conduit à empêcher ces pays à se défendre quand ils sont agressés. Ce conflit armé, lancé unilatéralement par la France, est la conséquence, non pas de la menace islamiste croissante, mais de l’état de domination dans lequel sont maintenus de nombreux Etats africains dont le Mali. Ce sont les occidentaux les pyromanes, les islamistes radicaux eux, profitent de cette faiblesse pour attiser le feu en tentant de prendre le contrôle du pouvoir. La faiblesse est le principal déclencheur du défoulement des islamistes radicaux. Si le Mali, comme l’Afrique du Sud, avait pu vivre de ses propres richesses et, s’il était en capacité de retenir sur son sol les diplômés maliens issus des meilleures universités occidentales, il n’aurait jamais connu les humiliations que les islamistes radicaux avaient décidé de lui faire subir parce qu’un pouvoir vacillant, mis dans l’incapacité de riposter, est la plus aisée des cibles à viser. La France n’a fait que se lancer dans un conflit armé pour contrer un opportunisme politique.
    Mais, eux ne sont pas prêts à faire des concessions encore moins à négocier avec des pays occidentaux étrangers au continent, ils ne se refuseront rien ni contre les Maliens vivant dans la zone qu »ils dominaient, ni contre la France. Si, la suite de la partie leur est défavorable, ils peuvent se disperser dans les villages, ils attendront le temps nécessaire pour se venger contre le pouvoir malien.

    Ce que l’ONU avait décidé, avant l’intervention française, allait dans le bon sens, car le soutien effectif du Mali lui permettait de tenir face aux islamistes radicaux. Elle a su faire le lien avec les Etats voisins et a respecté leur volonté de s’entraider dans la solidarité.
    La France ayant choisi de porter le fer est bien obligée maintenant d’aller au bout du processus lequel risque de prendre un certain temps avec de nombreux rebondissements auxquels nous n’avons pas encore songé.

    Si les puissances occidentales ne prennent pas la balle au bond pour abolir leur domination sur le continent africain, non seulement il y aura sûrement d’autres Mali pris en otages mais encore les leçons des causes de la guerre n’auront pas été tirées en soutenant convenablement chaque Etat désirant librement décider de son destin.

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