Presse, tribunes, Vie du parti

Tribune de Marie-Noëlle Lienemann dans L’Humanité : « une nouvelle forme d’unité »

jeudi 28 mai 2015

Humanite_logorubrique « en débats » – L’Humanité – 28 mai 2015

De quelle dynamique la gauche a-t-elle besoin pour rassembler la société ?

par Marie-Noëlle Lienemann, Sénatrice de Paris, membre du bureau national du PS

La gauche va mal. En France et ailleurs. Elle n’incarne pas pour nos concitoyens une véritable alternative porteuse de progrès et d’espoir face à la mondialisation libérale et à la domination de la finance. Hélas, trop souvent, ce sont les forces nationalistes, xénophobes et réactionnaires qui semblent proposer une autre voie face à l’ordre dominant. La gauche française a une responsabilité particulière face à cet enjeu majeur, parce que, dans une grande nation développée, elle a conquis le pouvoir, dans le cadre de l’alternance, autour d’objectifs de changements réels (réorientation de l’UE, régulation de la finance, réforme fiscale, etc.). Mais aussi parce que l’ambition républicaine, la « République jusqu’au bout », en particulier celle de l’égalité, du primat du politique sur l’économie, comme la prise en compte de l’intérêt général, grâce à l’intervention publique, demeure chevillée au cœur de nos concitoyens. Nul besoin de commenter longtemps les déceptions, voire les colères, qui percutent aujourd’hui le peuple de gauche. Nul besoin, non plus, de cacher une réalité inquiétante : le désaveu qui s’exprime face au gouvernement n’est pas capté par les autres partis de gauche ou les écologistes. C’est toute la gauche qui va mal.

Rien ne sera possible sans retrouver le chemin du rassemblement rouge-rose-vert : les Français savent pertinemment que, sans une nouvelle forme d’unité, toute la gauche sera dans l’impuissance et condamnée à la défaite. Mais le rassemblement ne saurait être l’alignement sur la position d’une force principale ou l’acceptation de la domination d’un seul, au motif de l’élection au suffrage universel du président et des institutions de la Ve République. A contrario, pas de majorité et nulle capacité à mobiliser les forces sociales autour de règlements de comptes internes à la gauche ou de la proclamation d’une légitimité supérieure des points de vue minoritaires. Je reste persuadée que rien n’est possible sans un nouveau contrat de gouvernement ou pour le moins un nouveau contrat législatif. D’abord et avant tout pour achever ce quinquennat en renouant avec les classes populaires, en leur permettant de mesurer effectivement des avancées tangibles, en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de droits sociaux et d’égalité républicaine.

Cela suppose des inflexions réelles dans la politique gouvernementale. Des inflexions réalistes au regard des deux ans qui restent avant la prochaine présidentielle. Et donc, cela suppose un mouvement effectif du président de la République dans cette direction – retrouver l’esprit et le souffle du discours du Bourget – et incarnant cette volonté unitaire à gauche. De ce point de vue, le congrès du PS est important car il doit permettre au parti qui est le principal soutien du gouvernement de lui faire mesurer qu’une nouvelle feuille de route est indispensable, qu’elle ne saurait poursuivre les dérives néolibérales qui minent toutes les possibilités de rebond et qu’il est possible de rassembler autour de quelques réformes majeures attendues et indispensables tant pour le redressement du pays que pour la justice sociale.

Évidemment, l’horizon de la gauche va bien au-delà de 2017. Il s’agit de construire un nouveau projet de civilisation. L’idée de l’écosocialisme mérite d’être incarnée, débattue, partagée. Mais chacun voit bien qu’il faut réorienter notre politique ici et maintenant pour convaincre nos concitoyens que l’avenir de la France est à gauche, que son destin est dans un nouveau projet, ouvert sur le monde mais fidèle à son histoire, son identité. Il faut reprendre la voie de l’épopée républicaine, qui n’a pas encore tenu toutes ses promesses. Il nous faut oser à nouveau le volontarisme unitaire sur des bases programmatiques. Je ne vois pas d’autre issue. J’y vois aussi la fantastique opportunité de reconstruire une gauche à l’image de notre peuple, à l’image de celles et ceux qui attendent d’être défendus, soutenus, et de pouvoir prendre leur destin en main.

If you enjoyed this post, please consider leaving a comment or subscribing to the RSS feed to have future articles delivered to your feed reader.

Réagir