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Tribune d’Emmanuel Maurel dans Le Monde: Le Modem n’a pas la capacité d’entraînement démocratique du PS

mercredi 17 avril 2013

Il est toujours plaisant de voir des personnalités parmi les plus éminentes intéressées par les débats internes au Parti socialiste. Cela prouve que notre parti enrichit le débat démocratique grâce à la controverse et l’expression fraternelle des divergences, mais plus encore, qu’il est, grâce à la vitalité, au sérieux et à l’esprit de responsabilité de ses différents courants et de ses dirigeants, le lieu où s’élaborent les compromis politiques susceptibles de redresser la France dans la justice et faire réussir François Hollande et son gouvernement. Peut-on en dire autant du Modem dont le dirigeant a sonné « l’alerte rouge » dans Le Monde daté du 15 avril ? Il est permis d’en douter.

Ce doute sur la capacité d’entraînement démocratique du mouvement de François Bayrou ne tient pas seulement à sa perte de substance électorale continue depuis 2007. Il est fondé sur l’expérience : dans une crise aussi aigüe que celle que nous traversons, les réponses « centristes »,  » modérées », ménageant la chèvre et le chou, s’efforçant de « prendre le meilleur dans chaque camp » et autres « remarques de bon sens », sont totalement disqualifiées.

Comment s’imaginer qu’un parti centriste, si bien intentionné soit-il, puisse apporter des solutions efficaces à des contradictions qui s’exacerbent et des tensions qui menacent de faire sauter toutes les digues ? Le centrisme n’est en politique qu’une variante du pilote automatique en ligne droite par beau temps : lorsque survient l’orage et que tout dysfonctionne, alors il ne faut plus s’y fier.

Il faut d’autant moins s’y fier qu’en réalité, par beau temps et plus encore dans la tempête, le centrisme, c’est la droite. Le centre a toujours été de droite et le restera toujours, du moins tant que le suffrage sera en France à deux tours. C’est tellement vrai que les électeurs de François Bayrou du 1er tour ont voté à 60 % pour Nicolas Sarkozy au 2e, pas loin des pourcentages obtenus par le président sortant auprès des personnes âgées ou des artisans et commerçants, catégories les plus marquées à droite de la sociologie électorale.

LE RÉFORMISME DE BAYROU ET LES CONTRE-RÉFORMES DE SARKOZY

François Bayrou a beau jeu de dissimuler la vraie nature de son programme politique derrière des mots qui sonnent agréablement aux oreilles des socialistes, en proclamant par exemple son « réformisme ». Il n’en demeure pas moins qu’il n’y a strictement aucune différence entre le « réformisme » de François Bayrou et les… contre-réformes de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Pour lui comme pour la droite (décomplexée), « réformer », c’est poursuivre « l’ajustement structurel économique et financier », quel qu’en soit le coût social. Ce credo, il le reconnaît implicitement par son emploi systématique du même argumentaire que la droite : la France vit au-dessus de ses moyens, dépense pour son modèle social beaucoup trop par rapport à ses voisins, ses services publics inefficaces sont rongés par la gabegie et le corporatisme, etc.

Mais le réformisme, s’il est une condition nécessaire au progrès économique et social dans une démocratie comme la nôtre, n’est en aucun cas suffisant pour adhérer sous les vivats au club des progressistes et encore moins celui des socialistes ! Car même si des personnalités comme celle de François Bayrou se verraient bien sur le même banc que certains sociaux-libéraux désorientés, il y a encore pas mal d’années-lumières à parcourir aux centristes avant de correspondre politiquement et philosophiquement (on peine à entendre le centre sur la question du mariage pour tous, par exemple) à l’idée que l’immense majorité des militants socialistes se font de leur engagement.

Dès lors, il n’est guère étonnant que le centre voit rouge après avoir entendu le Parti socialiste critiquer la politique d’austérité et rappelé la nécessité de la confrontation idéologique avec la droite européenne. Il s’agit de sa part d’une vieille ficelle consistant à s’offusquer que le PS soit… de gauche, tout simplement.

Emmanuel Maurel (Membre du bureau national du Parti socialiste )

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1 réaction

  1. Comerick dit :

    Voila la preuve par 3 que le PS d’aujourd’hui est dans l’incapacité d’apporter des réponses justes et concrètes à la grave crise que nous traversons…

    Depuis 2007, M. Bayrou avait tiré la sonnette d’alarme et n’a jamais changé de cap contrairement ou gouvernement actuel qui vient de prendre un virage à 180° sous la menace de l’aile gauche du PS…

    Vous dite que le Modem n’a pas les capacité d’entrainement démocratique du PS,

    Mais le PS a-t-il seulement une ligne politique clair ? qui pour ménager la chèvre et le choux passe du coq à l’âne en matière de politique économique en faisant un virage à 180° après seulement 1an de pouvoir, toujours sous les menaces de l’aile gauche, antagoniste à l’aile droite du parti qui est sociale-démocrate.

    Pensez vous sérieusement que le PS sous sa forme actuel peut encore continuer longtemps avec un bandeau sur les yeux alors que nous sommes dans le mur ?

    Il est temps pour le PS de clarifier sa, ses, les, la politique(s), ligne(s) de ce parti resté sur les restes des années Mitterrand… Sans vouloir vous brusquer, nous sommes en 2013.

    Vous en êtes resté à la sempiternelle idée que soit on est sociale soit on est antisocial… soit on est libéral soit on est antilibéral et bien la vie c’est ni blanc, ni noir, il y a tout une palette de gris… La vie est ni bleu, ni rose, il y a plein d’autres couleurs… comme l’écologie d’ailleurs sous quelle prétexte elle serait « de gauche » comme si la « respectabilité » n’était que de gauche ou encore la « vertu » et la « morale »…

    Toutes ces valeurs sont ni de gauche, ni de droite, elles sont humaine et global.

    Réveillez-vous, ouvrez donc les yeux et regarder où en est la France après 30ans de « un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche » qui est la girouette dans tout ça à part le PS et l’UMP…

    Et bien évidemment à se renvoyer les erreurs des uns aux autres et vice versa… par pur refus de voir la vérité en face… ayez au moins la franchise de le reconnaitre…

    Les enjeux d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui, les vérités d’hier ne sont plus celle d’aujourd’hui !

    Les enjeux qui se présente à nous sont globaux et à l’échelle du Pays pas à l’échelle d’une catégorie de la population…

    Évoluez un peu et élargissez votre champs de vision, si on ouvre pas les 2 yeux en même temps on fini toujours pas se prendre un mur à force d’en ouvrir qu’un seul à la fois ou de n’en garder qu’un seul ouvert…

    Pour ce qui est des leçons de démocratie aucun parti n’a de leçon à donner à d’autres, car si vous voulez aborder le sujet des cuisines internes… mieux vaut ne trop s’avancer la dessus….

    Et ça n’est pas les primaires ouvertes qui certes marque un progrès mais qui ne sont que le crépi qui recouvre la façade car il suffit de gratter un peu pour s’apercevoir qu’elle est fissuré de toute part et qu’il ne suffit que d’un coup pour que la façade ne s’effondre

    tel est la situation du PS aujourd’hui !

    Maintenant à gauche ? parce que c’est à droite maintenant ?

    Le social, toujours le social encore le social, oui il faut du social mais la création de richesse vous en faites quoi à part donner des subventions, encore des subventions, toujours des subventions qui ne font que masquer les problèmes et toujours rajouter du poids au génération à venir qui devront le payer tôt ou tard… mais bien évidemment lorsque vous vous en apercevrez, si un jour vous vous en apercevez… et bien il sera trop tard !

    Que se pays arrête d’acheter la paix social car le jour ou nous nous retrouverons dans une situation à la grecque, vous aurez beau vous époumoner vous n’aurez que du vent à brasser…

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