Dans les départements

Une rentrée politique déterminante

dimanche 24 août 2014

Retrouvez cette tribune sur le site de Maintenant la Gauche 49.

C’est une rentrée politique importante qui s’annonce. Après les défaites historiques du Parti socialiste aux élections municipales et européennes, après des chiffres très décevants qui révèlent la fragilité économique de notre pays (0% de croissance au premier et au deuxième trimestre, un chômage qui continue d’augmenter, des entreprises qui préfèrent verser de faramineux dividendes plutôt que d’investir ou d’embaucher), après la censure du Conseil constitutionnel d’un pan important du «Pacte de responsabilité» qui visait à rendre un peu de pouvoir d’achat aux salariés les moins bien payés, on aurait pu s’attendre à une inflexion dans la politique suivie. Manuel Valls et François Hollande ont décidé au contraire de poursuivre et «d’accélérer» leur politique.

Cette politique, c’est le «socialisme de l’offre», c’est-à-dire attribuer des subventions publiques sous la forme d’un crédit d’impôt (CICE) ou d’une baisse des cotisations sociales (Pacte de responsabilité) à toutes les entreprises, quels que soient leur situation, leur secteur d’activité ou leur comportement. C’est ainsi qu’Auchan, dont les propriétaires se sont fiscalement exilés en Belgique depuis des années, touchera 120 millions d’euros de CICE cette année tout en prévoyant de licencier 300 salariés.

L’objectif affiché de cette politique est de soutenir la « compétitivité » des entreprises. Mais les 40 milliards d’euros distribués ainsi aux entreprises ne peuvent être financés que par des économies dans les dépenses publiques. Économies faites sur le salaire et le nombre des fonctionnaires qui travaillent pourtant dans des conditions les plus difficiles, économies dans les prestations sociales et les retraites qui ont été gelées, économie dans les dépenses d’investissement de l’État et des collectivités territoriales (lire la tribune de Jacques Auxiette). Au final les 40 milliards d’euros versés aux entreprises sont financés par une réduction de 50 milliards de dépenses publiques (le reste allant à la baisse des déficits).

Mais l’économie Française est trop mal en point pour absorber 50 milliards de réduction de dépenses en trois ans. Car les dépenses publiques sont les recettes des entreprises: entreprises du bâtiment et de travaux publics, entreprises de service, café et restaurants, biens de consommation courant… Tous ces producteurs sont victimes de la baisse de leurs carnets de commandes qui sont directement liés à la baisse des revenus des ménages et à la baisse des dépenses d’investissement de l’État. 50 milliards d’euros d’économie dans les dépenses c’est 50 milliards d’euros de chiffre d’affaire en moins pour les entreprises. Cela représente 2,5% du PIB et environ 650 000 emplois.

On mesure le risque pris par le couple exécutif en choisissant de s’obstiner dans une stratégie impopulaire et, pour l’instant, inefficace.

Mais le risque pris n’est pas qu’économique. La démarche, la méthode, la relation de l’exécutif avec sa majorité sont également au cœur du problème. Le Parti socialiste a, depuis longtemps, critiqué les dérives monarchistes de la cinquième République. Nos institutions contribuent à concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme. Cela ne facilite ni le débat, ni la concertation.

A ce titre, la manière dont la réforme territoriale a été engagée, par la publication d’une carte sortie tout droit d’un bureau de l’Elysée (et modifiée depuis) a été vécue comme un moment ubuesque. Comment se fait-il qu’il n’a pas été possible de discuter sereinement, avec les Français, de la réorganisation de leurs régions et de la disparition de leurs Conseils généraux ? Ce débat était d’autant plus nécessaire que cette réforme n’avait pas été présentée aux Français dans le programme de 2012. Discuter, débattre, trancher. Dans ce sens et pas à l’inverse! Et pourquoi ne pas laisser le Parlement jouer pleinement son rôle plutôt que de décider par avance les textes qu’il doit voter ?

Nos institutions tendent à reléguer en second plan le Parlement c’est-à-dire l’espace du débat démocratique. C’est cette tension grandissante entre un exécutif droit dans ses bottes et un Parlement frustré dans ses prérogatives qui explique l’apparition d’une contestation à l’Assemblée nationale et au Sénat. Qu’on ne s’y trompe pas. La « fronde » n’est pas la cause de la faiblesse de l’exécutif, elle en est la conséquence. Car l’excès d’autoritarisme, les tentatives répétées de « punir » les députés récalcitrants montre la fébrilité, l’improvisation et la faiblesse d’une politique qui n’a jamais été débattue et qui ne s’assume pas. Les députés « frondeurs » comme les appellent les journalistes, ne veulent pas la défaite de la majorité. Ils souhaitent simplement que celle-ci applique son programme, défendu devant les électeurs et majoritaire dans la population. Le changement, la priorité à la jeunesse, la fin de l’austérité, la responsabilisation réelle des entreprises, la réforme fiscale…

L’année qui vient décidera de l’échec ou de la réussite de la gauche. Elle est cruciale pour la crédibilité de notre parti, pour son avenir, pour ses réussites électorales futures.

A ce titre notre mobilisation, celle des militants du Parti socialiste, est essentielle. Rien ne changera sans remise en question et rien ne sera remis en question sans débat, sans discussion. Le Parti socialiste est aujourd’hui le lieu où se crée le débat à gauche. Voilà pourquoi nous devons y contribuer, par la force de nos convictions et par la sincérité de notre engagement. Le Parti socialiste s’est forgé dans les luttes en plus d’un siècle d’histoire. Il n’est pas encore mort. Car le Parti socialiste, c’est nous.

DC

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