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« Universités d’été : Emmanuel Maurel, un socialiste chez les insoumis » – Le Point, samedi 26 août 2017

dimanche 27 août 2017
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L’eurodéputé, membre de la direction collégiale du PS, est l’unique socialiste présent aux Amphis d’été de La France insoumise. Désir d’alliance ? Entretien.

L’eurodéputé PS Emmanuel Maurel participe aux universités d’été des insoumis. © ZAKARIA ABDELKAFI / AFP

PROPOS RECUEILLIS PAR ERWAN BRUCKERT
Publié le 26/08/2017 à 12:59 | Le Point.fr

« Vous allez vite me repérer, je suis le seul en costume », s’amuse-t-il au téléphone. C’est vrai, sous ses airs de politicard dans son complet gris, Emmanuel Maurel dénote un peu au milieu des insoumis. Le député européen socialiste, membre de la direction collégiale transitoire du parti à la rose, a été invité par les organisateurs des universités d’été de La France insoumise, qui se tiennent jusqu’au 27 août à Marseille, pour participer à une conférence sur les accords CETA et TAFTA, où il sera d’ailleurs très applaudi. « Maurel, on le connaît depuis toujours, on a des désaccords sur la stratégie, mais, sur le fond, il y a peu de choses qui nous séparent, indique Charlotte Gillard, la coresponsable du programme L’Avenir en commun. C’est aussi une manière de donner un signal favorable, de montrer que notre mouvement n’est pas retranché sur lui-même », précise-t-elle quand la porte-parole Raquel Garrido invite cette figure de l’aile de gauche à « rejoindre La France insoumise ». Un socialiste chez les insoumis : l’occasion de parler alliance des gauches et avenir du PS.

Le Point.fr : Mais que vient donc faire un membre de la direction collégiale du Parti socialiste aux universités d’été de La France insoumise ?

Emmanuel Maurel : D’abord, je suis invité. Et, habituellement, je réponds aux invitations, surtout quand elles viennent d’amis ! Il y a beaucoup de gens que je connais, que j’apprécie, avec lesquels nous avons mené des combats communs. (L’économiste Liêm Hoang-Ngoc le salue…) Vraiment, je les connais tous. N’oubliez pas que j’ai été assistant parlementaire de Jean-Luc (Mélenchon, NDLR) à 18 ans…

Plus sérieusement, rien de ce qui est à gauche ne m’est étranger. C’est ma ligne de conduite depuis des années, et je considère que La France insoumise est une force politique incontestable. Et puis, vu le contexte politique, les premiers pas du gouvernement, les mesures annoncées, je pense qu’il est de notre devoir de tout faire pour rassembler les forces d’opposition pour faire échec à un certain nombre de réformes. Donc ma présence ici est tout à fait naturelle.

Êtes-vous favorable à un rapprochement des forces de gauche, à un grand « navire amiral », comme l’évoque votre collègue Luc Carvounas ?

Je suis tout à fait favorable à cette alliance. Cela fait des années que je dis qu’au-delà de la plateforme programmatique que l’on doit construire il y a la nécessité absolue d’un rassemblement le plus large possible des forces progressistes. Jean-Luc Mélenchon a fait 20 % des voix à la présidentielle, La France insoumise a fait plus de voix que nous aux législatives. Ce serait donc assez peu indiqué de la part du Parti socialiste de continuer de la jouer hégémonique avec une position de surplomb alors qu’on s’est pris deux claques monumentales.

Si on en reste à la théorie des gauches irréconciliables de Manuel Valls, nous serons condamnés à l’opposition à perpétuité. Quant aux amis de François Hollande, ils veulent rester à équidistance de Macron et de Mélenchon, en ayant voté Macron quand même… Ce n’est pas opportun : la politique d’Emmanuel Macron est de centre droit, voire de droite. Ce n’est pas notre histoire, pas notre tradition.

Mais La France insoumise n’est pas tellement prête à faire alliance…

C’est certain… Le quinquennat Hollande a laissé des traces au sein de la gauche française, au sein du PS également, et il est normal que les relations soient un peu plus tendues. Mais, dans les mois qui viennent, des rapprochements vont se faire et ils seront naturels. Regardez la loi travail, quand j’entends les débuts de Boris Vallaud, par exemple, je suis assez rassuré. Quand je vois qu’Olivier Faure [chef du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée, NDLR] saisit le Conseil constitutionnel comme Jean-Luc Mélenchon, je vois que des rapprochements sont possibles. Surtout, quand on regarde le fond, les points de désaccord ne sont pas si nombreux : ce qui nous rapproche est bien plus important que ce qui nous sépare.

Quels principaux points de désaccord noteriez-vous néanmoins ?

Au cœur du projet de Jean-Luc Mélenchon, il y a cette idée de révolution citoyenne. Moi, je ne sais pas si l’on est dans une situation prérévolutionnaire. Je ne sais pas si la priorité est la mobilisation de la société sur ce mot d’ordre. Me concernant, il y a des désaccords en termes de degrés, mais jamais de nature.

Vous parliez des amis de François Hollande qui sont sur une ligne de « ni-ni ». Mais existe-t-il vraiment un espace politique pour le PS aujourd’hui ?

C’est une erreur de poser le débat dans ces termes, comme si on était sur un marché et qu’un segment serait réservé à tel ou tel. La question est plutôt de savoir si nous avons encore quelque chose à dire en tant que socialistes. Si nous avons encore vocation à être ensemble. Si nous sommes clairs dans notre opposition à Macron. Si l’on répond à ces questions, il n’y aura pas de soucis et on retrouvera du crédit. Si l’on reste dans une forme d’ambiguïté émolliente et dans des querelles absconses, alors oui, évidemment, on sera balayé.

Vous qui êtes à la gauche du PS, ne vous sentez-vous pas un peu esseulé parfois dans cette direction collégiale ?

Ce qui m’embête, ce sont ceux qui sont dans l’esquive, en particulier celle qui consiste à ne pas avoir de débat sur le bilan des cinq dernières années. La stratégie de Stéphane Le Foll, qui essaye de saturer l’espace médiatique – autant qu’un socialiste puisse le faire en tout cas –, vise précisément à shunter complètement de débat, alors qu’il est fondamental. On a fait des choses bien, mais aussi beaucoup d’erreurs et même des fautes. La dernière année, on a quand même eu la déchéance de nationalité, plus la loi travail… Il faut avoir cette discussion avec les gens, qui nous interpellent, qui nous engueulent. Pour être à la hauteur de notre responsabilité, il ne faut pas que ce soit « business as usual ». C’est ça qui me panique quand j’entends Hollande revenir et donner des conseils sur la loi travail… C’est vraiment le conservatisme à la Hollande, qui a toujours pensé qu’en économie, comme en politique, il y avait des cycles, et que les gens reviendront assez naturellement vers nous. Moi, je pense que, si on n’est pas dans une dynamique profonde et une remise en question radicale, on n’y arrivera pas.

Le renouveau du PS adviendra-t-il lors des élections européennes ? N’est-ce pas là qu’il pourra montrer sa spécificité par rapport aux programmes de La France insoumise et de La République en marche ?

Il ne faut surtout pas que l’on tombe dans le piège de la facilité consistant à dire ce que l’on dit depuis vingt ans : « Et maintenant, l’Europe sociale ! » Elle n’advient pas, l’Europe sociale. Il faudra être moins paresseux. Je me sens très européen, l’unification de ce continent est une chose exaltante, mais la contradiction, c’est que tout est fait pour mettre de la compétition là où il devait y avoir de la solidarité. De la concurrence là où on avait dit qu’il y aurait de la coopération. Cette contradiction traverse le groupe social-démocrate et, pour le moment, nous n’avons pas encore de réflexion aboutie.

Le prochain congrès du PS pour élire un nouveau premier secrétaire se tiendra probablement au premier semestre 2018. Êtes-vous tenté de proposer votre candidature pour orienter le parti selon vos aspirations ?

J’étais candidat en 2012 contre Harlem Désir et j’ai toujours considéré que c’était une mission essentielle que de diriger le Parti socialiste. Je n’ai pas changé d’avis là-dessus… Mais ce qui importe dans les mois qui viennent, c’est de refonder le Parti socialiste, retrouver des fondamentaux à peu près clairs.

On parle aussi de Julien Dray, pourquoi pas de Stéphane Le Foll ?

Il faut qu’ils comprennent qu’il y a quand même une forte aspiration au renouvellement. Je ne suis pas sûr que la Hollandie jadis triomphante mais aujourd’hui défaite puisse incarner ce renouvellement.

On prévoit une rentrée sociale assez mouvementée. Souhaitez-vous que le PS prenne place dans la rue aux côtés des manifestants, des jeunes, des syndicats ?

Évidemment, cela me paraîtrait invraisemblable que le Parti socialiste reste dans ses bureaux à regarder passer les manifestants. Et je crois que même ceux qui étaient Macron-compatibles commencent à voir l’autre face du président. Un, il veut notre disparition. Deux, il ne fera pas une politique de centre-gauche. Certains pensent qu’il sera de centre-gauche lors de la deuxième partie de son mandat, je n’y crois pas une seconde. Il est très intelligent, charmant, mais il est aveuglé par sa grille de lecture libérale. Ce qui explique qu’il vient de critiquer ses compatriotes à l’étranger… C’est quasiment unique ! Vous n’imaginez pas Angela Merkel dire du mal des Allemands dans un autre pays !

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