Le salaire d’un chauffeur poids lourd, de quoi dépend-il ?
Par la rédaction · · 7 min de lecture

Sur les offres d’emploi de transport, une même mission affiche des rémunérations qui n’ont presque rien en commun, et la mention « selon expérience » ne dit rien du reste. Le salaire d’un chauffeur poids lourd se construit pourtant à partir de règles écrites : une grille de la convention collective, un plancher légal, des heures de service particulières et des indemnités qui ne sont pas du salaire. Les comprendre permet de lire une fiche de paie ou une proposition sans se tromper de ligne.
En bref
- Le salaire d’un chauffeur poids lourd dépend du groupe et du coefficient de la convention des transports routiers, de l’ancienneté, des heures de service effectuées et des indemnités de déplacement, sans pouvoir descendre sous le Smic de 12,31 € brut de l’heure.
- Un conducteur de plus de 19 tonnes relève du groupe 6 (coefficient 138M), et un conducteur hautement qualifié du groupe 7 (150M).
- L’ancienneté majore la rémunération conventionnelle de 2, 4, 6 et 8 % après 2, 5, 10 et 15 ans dans l’entreprise.
- Les indemnités de repas et de découcher, à 16,36 € le repas depuis le 1er janvier 2026, s’ajoutent à la paie.
Quels minimums la convention collective fixe-t-elle pour un chauffeur ?
La convention collective nationale des transports routiers (IDCC 16) fixe un minimum par groupe et par coefficient, selon le type de véhicule conduit. Le tableau publié par le ministère des Transports pour les ouvriers marchandises, établi avec l’accord du 23 octobre 2020, le montre.
| Groupe | Emploi | Coefficient | Taux de base (accord de 2020) |
|---|---|---|---|
| 3 bis | Véhicule jusqu’à 3,5 t de PTAC | 118M | 10,25 € |
| 4 | Poids lourd de plus de 3,5 t à 11 t | 120M | 10,25 € |
| 5 | Poids lourd de plus de 11 t à 19 t | 128M | 10,25 € |
| 6 | Poids lourd de plus de 19 t | 138M | 10,25 € |
| 7 | Conducteur hautement qualifié poids lourd | 150M | 10,49 € |
Ces taux de 2020 ne reflètent plus la paie actuelle : les rémunérations conventionnelles ont été revalorisées par un accord du 11 octobre 2023, appliqué au 1er décembre 2023, et le Smic s’établit à 12,31 € de l’heure brute, soit 1 867,02 € bruts par mois pour 35 heures par semaine (service-public.fr, page vérifiée le 1er juin 2026). Les minima par groupe et par coefficient dépendent du secteur, de la catégorie, du groupe et du coefficient, et se lisent dans l’accord de branche en vigueur ou la grille affichée par l’employeur.
Un conducteur de véhicule léger relève du groupe 3 bis, un conducteur de camion de plus de 19 tonnes du groupe 6, et un conducteur « hautement qualifié » du groupe 7. Le classement se fait selon l’emploi réellement tenu et le poids du véhicule, pas selon le titre du contrat.
Qu’est-ce qui fait varier la paie d’un chauffeur poids lourd ?
La paie varie d’abord avec le coefficient et l’ancienneté, puis avec le volume d’heures de service et les indemnités liées aux déplacements. Le tableau détaille les éléments qui composent une fiche de paie de conducteur.
| Élément | Nature | Ce qui le fait varier |
|---|---|---|
| Salaire de base | Salaire | Groupe, coefficient, Smic comme plancher |
| Majoration d’ancienneté | Salaire | +2 %, +4 %, +6 %, +8 % après 2, 5, 10 et 15 ans dans l’entreprise |
| Heures de la 36e à la 43e (ou 39e) | Salaire | Usages et accords collectifs, selon le type de conduite |
| Heures supplémentaires | Salaire | 25 % ou 50 % de droit commun, ou taux d’un accord |
| Repas, casse-croûte, découcher | Indemnité de frais | Nombre de repas et de nuits hors domicile |
La majoration d’ancienneté s’applique aux personnels ouvriers roulants du transport de marchandises et de voyageurs, d’après la convention collective telle que rappelée par le ministère des Transports. Elle porte sur les rémunérations conventionnelles garanties, c’est-à-dire sur le minimum de la grille et non sur la rémunération supérieure que l’employeur a pu accorder.
Longue distance, régional ou messagerie : qu’est-ce qui change ?
La durée de référence du temps de service change avec le type de transport : 43 heures par semaine pour les conducteurs « grands routiers » ou longue distance, 39 heures pour les autres conducteurs de marchandises, 35 heures pour la messagerie et les convoyeurs de fonds. Ces durées figurent à l’article D3312-45 du Code des transports.
Elles valent par semaine, ou par trimestre : 559 heures pour la longue distance, 507 pour les autres conducteurs et 455 pour la messagerie. La durée quotidienne du temps de service ne peut pas dépasser 12 heures pour le personnel roulant, et la durée maximale d’une semaine isolée est de 56 heures pour la longue distance. Un conducteur qui ne relève pas de la longue distance est donc rattaché à une durée de référence plus courte.
Pour les heures comprises entre la 36e et la 43e (ou la 39e) de la semaine, le Code des transports renvoie à l’usage et aux conventions collectives la manière de les rémunérer. L’écart entre deux employeurs pour une même durée de service se loge dans ce renvoi.
Comment les heures supplémentaires sont-elles payées ?
Les heures supplémentaires sont les heures de travail effectif accomplies au-delà de 35 heures par semaine, et sans accord particulier elles sont majorées de 25 % de la 36e à la 43e heure puis de 50 % à partir de la 44e (service-public.fr). Un accord collectif peut fixer un autre taux, sans descendre sous 10 % par palier.
La convention des transports routiers prévoit les contreparties de ces heures et fixe des contingents spécifiques selon les catégories de personnel (Code du travail numérique, mis à jour le 8 janvier 2026). À défaut d’accord, le contingent annuel est de 220 heures. Les règles s’appliquent sous réserve d’un accord d’entreprise, et le contrat de travail peut être plus favorable.
Quelles indemnités de déplacement s’ajoutent au salaire ?
Les indemnités de repas et de découcher du conducteur sont fixées par l’avenant n° 81 du 2 décembre 2025, en vigueur depuis le 1er janvier 2026. Elles remboursent des frais engagés hors du domicile et ne rémunèrent pas le travail.
| Indemnité | Montant au 1er janvier 2026 |
|---|---|
| Repas | 16,36 € |
| Repas unique | 10,07 € |
| Repas unique de nuit | 9,81 € |
| Casse-croûte | 8,87 € |
| Indemnité spéciale | 4,42 € |
| Grand déplacement : 1 repas et 1 découcher | 52,31 € |
| Grand déplacement : 2 repas et 1 découcher | 68,67 € |
Comment se compose un mois de paie ? Exemple chiffré
Exemple construit pour l’illustration, avec le Smic comme plancher et la majoration de droit commun de 25 % : un conducteur du groupe 6 (coefficient 138M) travaille 39 heures par semaine, soit 4 heures supplémentaires, et passe dans le mois 10 repas et 4 nuits dehors avec 2 repas.
- Base de 151,67 heures au Smic : 151,67 × 12,31 = 1 867,02 € brut ;
- Heures supplémentaires : 4 heures par semaine soit 17,33 heures par mois, 17,33 × 12,31 × 1,25 = 266,67 € brut ;
- Salaire brut du mois : 1 867,02 + 266,67 = 2 133,69 € ;
- Indemnités de frais : 10 × 16,36 = 163,60 €, plus 4 × 68,67 = 274,68 €, soit 438,28 €, versés en plus du salaire.
Ces chiffres ne constituent pas un barème : le taux de base réel, l’ancienneté et le taux d’heures supplémentaires de l’entreprise les font varier. Avec un revenu proche du Smic, le salarié peut aussi relever de la prime d’activité, dont l’article dédié détaille la date d’ouverture du droit.
Questions fréquentes
Quel est le Smic net mensuel pour un conducteur ?
Le Smic net indicatif est de 1 477,93 € par mois pour 35 heures, contre 1 867,02 € brut, d’après service-public.fr (page vérifiée le 1er juin 2026). Le net réel dépend de la situation du salarié et des cotisations applicables.
Que se passe-t-il quand deux conducteurs partagent le véhicule ?
Pour un véhicule à plusieurs conducteurs, le temps passé hors conduite pendant que le véhicule roule compte entièrement comme temps de travail (article R3312-44).
Quelle contrepartie au-delà du contingent d’heures supplémentaires ?
Les heures effectuées au-delà du contingent annuel ouvrent droit à une contrepartie obligatoire en repos de 50 % dans les entreprises de 20 salariés au plus et de 100 % dans les plus grandes. Le contingent est de 220 heures par an à défaut d’accord.
Les heures supplémentaires peuvent-elles être remplacées par du repos ?
Oui, leur paiement peut être remplacé en tout ou partie par un repos équivalent. Une majoration de 50 % correspond ainsi à 1 heure 30 de repos pour chaque heure supplémentaire effectuée.
Une heure supplémentaire non demandée par l’employeur est-elle payée ?
Elle est due si la charge de travail l’a rendue nécessaire, même sans demande écrite. L’accord de l’employeur peut aussi être implicite, par exemple lorsqu’il valide les heures enregistrées dans un système de suivi du temps de travail.
Sources
Sources consultées le 30 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Ministère de la Transition écologique, « Taux de rémunération horaire en vigueur pour les personnels ouvriers du transport routier », tableau fondé sur l’accord du 23 octobre 2020. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Tableau%20remuneration%20routier%20FR.pdf
- Service-public.gouv.fr (DILA), « Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) », vérifié le 1er juin 2026. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2300
- Service-public.gouv.fr (DILA), « Heures supplémentaires d’un salarié du secteur privé ». https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2391
- Code du travail numérique, « Heures supplémentaires : quelles majorations de salaire ? Repos compensateur ? », convention Transports routiers, mis à jour le 8 janvier 2026. https://code.travail.gouv.fr/contribution/16-heures-supplementaires
- Code du travail numérique, « SMIC, grille de rémunération conventionnelle : quel doit être votre salaire minimum ? Transports routiers et activités auxiliaires du transport », mis à jour le 1er juin 2026. https://code.travail.gouv.fr/contribution/16-quel-est-le-salaire-minimum
- Légifrance, « Paragraphe 3 : Durée du travail (Articles D3312-41 à R3312-53) », Code des transports, version consolidée au 22 octobre 2020. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000023086525/LEGISCTA000033450317/2020-10-22
- Légifrance, « Avenant n° 81 du 2 décembre 2025 relatif aux frais de déplacement des ouvriers au 1er janvier 2026 (annexe I) », convention collective nationale des transports routiers. https://www.legifrance.gouv.fr/conv_coll/article/KALIARTI000053715771
- OTRE, « NAO : rémunérations des personnels des entreprises de transport routier de marchandises », 22 décembre 2023. https://www.otre.org/nao-remunerations-des-personnels-des-entreprises-de-transport-routier-de-marchandises-et-des-activites-auxiliaires-du-transport/


