Déposer un dossier de surendettement, qu’est-ce que ça change au quotidien ?

Déposer un dossier de surendettement change vite la vie de tous les jours, mais pas de la même façon le jour du dépôt et après la recevabilité. C’est la confusion la plus fréquente. Entre les deux, vos créanciers ne sont pas encore informés et vous devez continuer à payer vos charges courantes. Ensuite, le cadre bascule vraiment : poursuites stoppées, crédit fermé, budget encadré, compte bancaire adapté. Ces informations restent générales et ne remplacent pas un conseil personnalisé.

Les points à retenir :

  • Déposer un dossier ne bloque pas tout immédiatement : la vraie protection commence à la recevabilité, que la Banque de France examine en général en 5 à 6 semaines, avec un maximum de 3 mois.
  • Dès le dépôt, vous êtes inscrit au FICP et l’accès à un nouveau crédit devient quasiment impossible pendant la procédure, puis pendant 5 ans ou jusqu’à 7 ans selon l’issue du dossier.
  • Après la recevabilité, les saisies en cours sont suspendues, vous arrêtez de rembourser les crédits et les dettes anciennes visées par la procédure, mais vous devez continuer à payer le loyer, l’énergie, les impôts courants et les factures à venir.
  • Votre banque ne peut pas fermer le compte où arrivent vos revenus pour ce seul motif, mais elle peut supprimer le découvert autorisé et remplacer vos moyens de paiement par une carte à autorisation systématique.
  • La procédure est gratuite et aboutit en général à une solution en environ 4 mois, avec un traitement global souvent compris entre 4 et 6 mois selon la complexité du dossier.

Déposer un dossier de surendettement, qu’est-ce qui change tout de suite ?

Le premier changement, c’est administratif : votre dossier entre dans la procédure de la commission de surendettement, gérée par la Banque de France. Si le dossier est complet, une attestation de dépôt vous est adressée en moins d’une semaine d’après la Banque de France, et sous 48 heures dans le cas présenté par une source de référence pratique. Ce document prouve que la démarche est lancée, mais il ne vaut pas encore feu vert.

Dans cette première phase, vos créanciers et votre banque ne sont pas encore informés du dépôt. C’est un point décisif pour le quotidien : tant que le dossier n’est pas déclaré recevable, vous devez continuer à payer vos charges courantes et vos factures au maximum de vos possibilités, sans aggraver votre endettement par un nouveau crédit ou un usage plus large du découvert. Pour un ménage qui vit déjà à flux tendu, cette période est souvent la plus inconfortable : la procédure a commencé, mais la respiration budgétaire n’est pas encore là.

Quand la recevabilité arrive, qu’est-ce qui change vraiment ?

La bascule concrète intervient à la décision de recevabilité. Il s’écoule en général 5 à 6 semaines entre le dépôt et cette première décision de la commission. Une source de référence retient, elle, un délai pouvant aller jusqu’à 3 mois pour statuer. Dans la pratique, il faut donc raisonner en deux temps : quelques semaines le plus souvent, avec un plafond légal de 3 mois pour la décision.

À partir de cette date, les créanciers sont informés et la procédure vous protège. Les procédures de saisie en cours sont automatiquement suspendues et interdites pendant l’instruction, sauf pour les dettes alimentaires et pénales. Vous cessez aussi de régler les crédits à la consommation, les crédits immobiliers ou le découvert, ainsi que les arriérés antérieurs à la recevabilité. C’est là que la pression baisse réellement : les appels de recouvrement perdent leur effet, les poursuites sont encadrées, et le budget peut être reconstruit sur une base stable.

Cette protection n’est pas sans contrepartie. Vous ne choisissez plus librement de privilégier tel créancier plutôt qu’un autre. Le traitement devient collectif. Et si vous aviez l’habitude de tenir grâce à un report permanent des mensualités, aux cartes à débit différé ou au découvert, ce mode de survie s’arrête net.

Le budget du mois devient-il plus simple ?

Le quotidien devient plus lisible, pas forcément plus confortable au début. La commission fait calculer une capacité de remboursement, c’est-à-dire la part de vos revenus qui peut aller au paiement des dettes. Ce calcul sert à laisser un montant pour les dépenses indispensables : logement, énergie, alimentation, transport, impôts courants, assurances, vie familiale. C’est ce que beaucoup appellent le « reste à vivre ».

Ce reste à vivre n’est pas un bonus. C’est un cadre. Prenons un cas simple : un foyer qui encaissait son salaire, absorbait un découvert, payait trois crédits renouvelables puis repoussait le loyer au mois suivant vivait dans un budget mouvant. Après recevabilité, le fonctionnement change : on arrête les anciennes dettes concernées par la procédure, on paie le mois en cours, et la commission organise la suite. On perd en souplesse apparente, mais on sort du bricolage permanent.

La Banque de France précise aussi que, si des mesures de rééchelonnement sont décidées, c’est au débiteur de mettre en place les paiements vers ses créanciers. Autrement dit, la commission fixe un cadre, mais elle ne pilote pas votre compte à votre place. Il faut donc rapidement remettre en ordre les virements, les prélèvements et les dépenses incompressibles.

Ce qu’il faut encore payer, et ce qu’il faut stopper

Après la recevabilité, tout n’est pas gelé. C’est là que beaucoup se trompent. Les dettes antérieures visées par la procédure sont traitées dans le dossier, mais les charges courantes continuent. Le loyer du mois, l’électricité, le téléphone, les impôts courants, l’assurance habitation, les dépenses de vie quotidienne restent à payer. Les pensions alimentaires et les amendes pénales restent aussi dues.

À l’inverse, vous ne devez plus régler les arriérés antérieurs de loyer, d’impôts ou de factures inclus dans le dossier. Le cas du logement est parlant : si vous êtes locataire, les loyers impayés d’avant la recevabilité entrent dans le traitement, mais les loyers futurs redeviennent prioritaires. Pour un propriétaire bailleur, la Banque de France prévoit un délai de 30 jours pour déclarer les sommes dues après notification. Si le débiteur n’a plus la capacité de rembourser l’ensemble, un effacement partiel ou total peut être décidé.

Voici le repère le plus utile au quotidien :

Moment de la procédure Crédits et découvert Charges courantes Saisies
Après le dépôt, avant recevabilité À payer au maximum de vos possibilités À payer Pas de suspension automatique
Après la recevabilité À arrêter À payer pour le mois en cours et la suite Suspendues sauf dettes alimentaires et pénales
Pendant le plan ou la mesure Selon la mensualité fixée À payer normalement Encadrées par la mesure

Votre banque, votre compte et votre carte bancaire

Le dépôt d’un dossier entraîne votre inscription au FICP dès le départ. Seules les banques, établissements de crédit et acteurs comparables consultent ce fichier. Dans la vie courante, la conséquence la plus visible est simple : obtenir un nouveau prêt devient très difficile, puis impossible dans les faits pendant la procédure.

Quand la recevabilité est notifiée, votre banque est informée. Elle n’a pas le droit de clôturer le compte où sont domiciliés vos revenus pour ce seul motif. En revanche, elle doit adapter la gestion du compte et les moyens de paiement à votre situation. Concrètement, le découvert autorisé disparaît souvent, le chéquier peut être retiré, et la carte bancaire peut être remplacée par une carte à autorisation systématique. Pour quelqu’un qui utilisait le débit différé pour finir le mois, le changement est rude, mais il évite de recréer une dette invisible.

Il existe aussi un effet positif souvent oublié : après recevabilité, aucun frais ne peut être facturé pour un rejet de prélèvement, les frais d’huissier peuvent être réduits et les commissions d’intervention bancaires sont plafonnées au niveau réduit prévu pour les clients fragiles. Ce n’est pas ce qui efface la dette, mais c’est ce qui évite que le compte continue de se dégrader à cause des frais.

Combien de temps dure le fichage FICP ?

Le fichage commence dès le dépôt du dossier et dure pendant tout son traitement. Ensuite, la durée dépend de la solution retenue. Pour un plan conventionnel de redressement ou une mesure imposée, l’inscription dure 7 ans maximum. Si aucun nouvel incident n’est constaté pendant l’exécution, elle s’efface au bout de 5 ans.

En cas de rétablissement personnel, avec ou sans liquidation judiciaire, la durée est fixe : 5 ans. C’est un point très concret pour la vie de tous les jours : même quand la pression des dettes baisse, l’accès au crédit reste fermé longtemps. Changer de voiture à crédit, financer un déménagement par un prêt personnel, demander un regroupement de crédits ou une réserve d’argent n’est plus une option réaliste pendant cette période.

Peut-on garder son logement et son travail ?

Déposer un dossier de surendettement n’est pas un motif de licenciement. La Banque de France le dit clairement. Pour un salarié, c’est un point de stabilité majeur : l’employeur n’a pas à être informé par la procédure, sauf situation distincte liée à une saisie sur rémunération déjà engagée ou à des difficultés personnelles révélées autrement.

Pour le logement, la réponse est plus nuancée. Si vous êtes locataire, la recevabilité n’efface pas l’obligation de payer les loyers à venir. En revanche, elle bloque les poursuites sur les loyers impayés antérieurs intégrés au dossier. Une expulsion peut être suspendue, mais ce n’est pas automatique : il faut une demande de la commission et une décision du juge. Si vous êtes propriétaire, la présence d’un bien immobilier n’empêche pas, à elle seule, l’accès à la procédure. Mais elle pèsera dans l’analyse de votre patrimoine et dans l’orientation du dossier.

Quelles solutions la commission peut-elle imposer à votre quotidien ?

Une fois le dossier jugé recevable, la commission regarde si votre situation permet un remboursement partiel, total ou si elle impose un effacement. Le traitement complet prend en général de 4 à 6 mois selon la Banque de France, avec une solution proposée en environ 4 mois d’après son communiqué de début d’année. Pour le ménage concerné, cela veut dire qu’on ne reste pas indéfiniment dans le flou.

Trois familles de solutions reviennent dans la vie courante. D’abord, le rééchelonnement : les dettes sont étalées avec une mensualité supportable. Ensuite, des mesures imposées si aucun accord amiable n’est possible. Enfin, le rétablissement personnel, qui peut aller jusqu’à l’effacement des dettes quand la situation est trop dégradée. Ce n’est pas neutre : dans un cas, vous vivez plusieurs années avec une mensualité encadrée ; dans l’autre, vous repartez sans ces dettes, mais avec un fichage de 5 ans.

Dans tous les cas, la procédure ne règle pas tout. Les amendes pénales restent hors dossier. Elles ne peuvent être ni rééchelonnées ni effacées dans ce cadre. Même logique pour les pensions alimentaires. C’est pour cela qu’un dossier accepté ne signifie pas « plus aucune dette à payer ».

Ce que les chiffres disent vraiment du surendettement

Le surendettement n’est pas un phénomène marginal. La Banque de France a enregistré 148 013 dossiers déposés en 2025, soit une hausse de 9,8 % sur un an. Dans le même temps, 476 000 personnes étaient inscrites au FICP au titre d’une mesure de surendettement, en légère baisse de 0,7 % sur un an. On voit bien le paradoxe : plus de dépôts récents, mais un stock de personnes fichées qui recule encore sur longue période.

Le profil des ménages concernés aide à comprendre ce que change la procédure au quotidien. 62 % vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15 % dans l’ensemble de la population. Les dettes de consommation représentent 44 % de l’endettement, les charges courantes 13,4 % et les dettes immobilières 25,7 %. Et la cause de bascule n’est pas d’abord une mauvaise gestion : perte d’emploi, séparation, problème de santé pèsent davantage. Cela explique pourquoi, dans la vraie vie, le dossier agit moins comme une astuce bancaire que comme un filet de stabilisation après un accident de parcours.

Questions fréquentes

Quelles sont les conséquences du dépôt d’un dossier de surendettement ?

Dès le dépôt, vous êtes inscrit au FICP et vous ne devez plus aggraver votre endettement. En revanche, vos créanciers ne sont pas encore informés à ce stade et vous devez continuer à payer vos charges courantes au maximum de vos possibilités. Les protections fortes arrivent à la recevabilité.

Comment est calculé le reste à vivre dans un dossier de surendettement ?

La Banque de France calcule une capacité de remboursement à partir de vos revenus, de vos charges et de votre patrimoine éventuel. L’idée est de laisser de quoi couvrir les dépenses indispensables de la vie courante avant de fixer ce qui peut aller aux dettes. Le montant n’est donc pas forfaitaire : il dépend de votre situation concrète.

Quel est l’avantage de faire un dossier de surendettement ?

L’intérêt principal est de sortir d’une spirale où chaque mois sert à éteindre l’urgence du mois précédent. Après recevabilité, les saisies sont suspendues, les anciens remboursements sont stoppés et une solution unique est organisée. Pour beaucoup de ménages, le vrai bénéfice est là : retrouver un budget lisible.

Que se passe-t-il après avoir déposé un dossier de surendettement ?

Si le dossier est complet, une attestation de dépôt est envoyée rapidement. La commission étudie ensuite la recevabilité, en général en 5 à 6 semaines, avec un délai pouvant aller jusqu’à 3 mois. Si le dossier est recevable, elle oriente ensuite vers un plan, des mesures imposées ou un rétablissement personnel.

Peut-on déposer un dossier de surendettement seul quand on vit en couple ?

Oui. La procédure est personnelle. Si vous déposez seul, votre conjoint n’est pas inscrit au FICP de ce seul fait. En revanche, pour les dettes communes, les créanciers peuvent encore réclamer à l’autre conjoint ce qui reste dû.

Les amendes et condamnations pénales entrent-elles dans le dossier ?

Non. Les amendes pénales sont exclues de la procédure. Elles ne peuvent ni être rééchelonnées ni effacées dans le cadre du surendettement, et il faut demander un arrangement directement au service compétent qui les recouvre.

Peut-on fermer son dossier si la situation s’améliore ?

Oui. Un désistement est possible à tout moment tant que la procédure n’est pas terminée. Il suffit d’écrire au secrétariat de la commission. C’est utile, par exemple, après une vente de bien, une aide familiale ou un retour durable à meilleure fortune.

Sources

Sources consultées le 20 septembre 2026.

Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.

  1. www.banque-france.fr/fr/a-votre-service/intervenants-sociaux/procedure-dossier-surendettement
  2. www.banque-france.fr/fr/webform/surendettement-et-tribunaux-2026
  3. www.economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/beneficier-daides-et-de-reductions-dimpots/difficultes-financieres-comment-deposer-un-dossier-de-surendettement
  4. Dépôt d’un dossier de surendettement : mode d’emploi – La finance pour tous, www.lafinancepourtous.com/pratique/credit/surendettement/depot-dun-dossier-de-surendettement-mode-d-emploi/