La POEI de France Travail, qui la demande et qui la finance ?

Quand un recrutement bloque à cause de quelques compétences manquantes, la tentation est forte de renoncer au candidat ou de reporter l’embauche. La POEI de France Travail arrive précisément à cet endroit, mais une confusion revient sans cesse : est-ce le demandeur d’emploi qui la demande, l’employeur, ou les deux, et qui paie réellement la formation ? La réponse courte ne suffit pas, parce qu’un dossier mal monté peut retarder l’embauche ou faire rater un financement utile.

Les points à retenir :

  • La demande de POEI est portée par l’employeur, mais le candidat peut en prendre l’initiative en proposant ce dispositif à l’entreprise et doit donner son accord dans son espace personnel France Travail.
  • La formation est financée en tout ou partie par France Travail, avec une aide pouvant aller jusqu’à 5 € net par heure en tutorat dans l’entreprise, dans la limite de 300 heures et donc de 1 500 €.
  • Quand la formation est réalisée par un organisme externe certifié Qualiopi, la prise en charge se fait sur dossier, dans la limite de 450 heures, portée à 600 heures pour certains publics prioritaires.
  • La POEI suppose une promesse d’embauche sur un contrat éligible : CDI, CDD d’au moins 6 mois, alternance d’au moins 6 mois, emploi saisonnier d’au moins 4 mois, CDII ou missions d’intérim totalisant au moins 6 mois sur 9 mois.
  • Pendant la formation, le demandeur d’emploi garde son statut de stagiaire de la formation professionnelle ; s’il n’est pas indemnisé, la RFFT atteint 775,65 € par mois en 2026 pour une formation à temps plein.

La POEI de France Travail, qui fait la demande ?

La demande formelle part de l’entreprise. C’est le point qui évite le plus de malentendus. France Travail présente la POEI comme une aide au financement de la formation à destination des employeurs, avec une offre d’emploi déposée et un besoin de combler un écart de compétences avant la prise de poste.

Mais le candidat n’est pas passif. La page dédiée aux demandeurs d’emploi prévoit clairement qu’une personne peut proposer à une entreprise de recourir à ce dispositif si le poste lui convient mais exige quelques compétences en plus. En pratique, il y a donc deux portes d’entrée : l’employeur repère un profil intéressant et lance la démarche, ou le candidat suggère la solution puis l’employeur la saisit. Dans les deux cas, sans entreprise prête à embaucher à l’issue, il n’y a pas de POEI.

Qui finance la POEI, France Travail ou l’employeur ?

Le financement repose d’abord sur France Travail, mais pas toujours à 100 % dans tous les cas. Pour le tutorat en entreprise, la règle est nette : l’aide peut aller jusqu’à 5 € net par heure, dans la limite de 300 heures. Cela représente au maximum 1 500 €. Ce n’est pas un forfait abstrait ; pour une formation interne de 200 heures, l’aide maximale atteint 1 000 €.

Quand la formation est confiée à un organisme externe certifié Qualiopi, la prise en charge n’est pas un barème fixe par heure. France Travail examine le plan individuel de formation et le devis. L’aide peut aussi être cofinancée par l’OPCO de la branche. Du coup, dire que « France Travail finance » est juste, mais incomplet : selon le dossier, l’employeur peut avoir un reste à assumer, ou bénéficier d’un montage avec l’OPCO.

Mode de formation Prise en charge Durée maximale
Tutorat en entreprise Jusqu’à 5 € net par heure 300 heures
Organisme de formation externe Prise en charge sur dossier selon plan de formation et devis 450 heures
Publics prioritaires en organisme externe Prise en charge sur dossier 600 heures

Quel employeur peut demander une POEI ?

La préparation opérationnelle à l’emploi individuelle n’est pas réservée aux grandes entreprises. Tous les employeurs du secteur privé et du secteur public peuvent y accéder, à condition d’avoir déposé une offre auprès de France Travail. Les structures d’insertion par l’activité économique et les entreprises adaptées sont aussi visées.

Il existe tout de même un filtre. L’employeur doit être à jour de ses contributions d’assurance chômage et de ses cotisations sociales. Il ne doit pas avoir procédé à un licenciement économique dans les 12 mois précédant la demande, sauf dérogation du directeur d’agence France Travail. C’est une règle importante pour les PME : un besoin de recrutement ne suffit pas à lui seul, la situation sociale de l’entreprise compte aussi dans l’instruction.

Quels candidats peuvent entrer en POEI ?

Le public principal, ce sont les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, indemnisés ou non. La logique du dispositif est simple : un poste existe, un candidat est présélectionné, mais il lui manque des compétences précises pour être opérationnel immédiatement.

Le périmètre est plus large qu’on le croit souvent. Sont aussi visés les salariés recrutés en contrat d’insertion, les personnes en CUI-CAE, CUI-CIE, CDDI dans l’insertion par l’activité économique, ainsi que les travailleurs handicapés employés dans une entreprise adaptée. Cela permet de traiter des recrutements qui ne rentrent pas dans le schéma classique du CDI immédiat.

Quel contrat doit suivre la formation ?

La POEI n’est pas une formation sans débouché précis. Elle prépare à une embauche sur un contrat déterminé par les règles de France Travail. Les cas admis sont assez larges, mais ils sont encadrés.

Après la formation, l’entreprise peut conclure un CDI, un CDD d’au moins 6 mois, un contrat de professionnalisation ou d’apprentissage d’au moins 6 mois, un emploi saisonnier d’au moins 4 mois, un CDI intérimaire, ou encore un ou plusieurs contrats de mission en intérim totalisant au moins 6 mois dans les 9 mois suivant la fin de la formation. C’est là qu’il faut être précis dans le dossier : si la promesse d’embauche ne colle pas à l’une de ces formes, la demande ne tient pas.

Comment la POEI se met en place concrètement ?

La démarche n’est pas longue sur le papier, mais elle suppose que les trois acteurs avancent ensemble : l’entreprise, le candidat et le conseiller France Travail. Côté employeur, le point de départ est le dépôt de l’offre sur l’espace employeur. Côté candidat, il faut être identifié sur le poste visé.

Le déroulé le plus courant suit ce chemin :

  1. L’employeur dépose son offre ou exprime son besoin auprès de France Travail.
  2. Un candidat est présélectionné et l’écart de compétences est identifié.
  3. Un plan de formation personnalisé est construit avec France Travail.
  4. L’employeur saisit la demande depuis son compte entreprise ou avec son conseiller.
  5. Le candidat reçoit la demande dans son espace personnel, rubrique « Mon parcours formation » puis « Mes formations », et donne son accord.
  6. Après validation et signature de la convention, la formation démarre.
  7. À l’issue, le contrat de travail prévu commence.

Pour une entreprise, l’intérêt est clair : au lieu de chercher le profil parfait, elle transforme un bon profil en salarié prêt à prendre le poste. Pour un candidat, l’enjeu est différent : obtenir une embauche qui aurait pu lui échapper à cause d’un manque technique ciblé.

Combien de temps dure la formation avant embauche ?

La durée dépend du mode choisi. En organisme externe, la limite standard est de 450 heures, avec une extension possible à 600 heures pour certains publics prioritaires. France Travail traduit aussi cela en ordre de grandeur opérationnel : jusqu’à 3 mois pour 450 heures et jusqu’à 4 mois pour 600 heures.

En tutorat intégral dans l’entreprise, le plafond tombe à 300 heures, soit environ 2 mois. Et il est possible de mixer les modalités : une partie en centre, une partie en entreprise. C’est souvent le montage le plus pertinent quand il faut à la fois une base technique et une adaptation très concrète au poste.

Quel revenu pendant la POEI ?

Pendant la formation, le candidat reste stagiaire de la formation professionnelle. Ce statut ouvre la protection sociale associée. Si la personne est déjà indemnisée, elle continue en principe à percevoir l’AREF pendant son parcours de formation.

Si elle n’est pas indemnisée, la Rémunération de Formation France Travail atteint 775,65 € par mois en 2026 pour une formation à temps plein. Et si les droits à l’AREF s’épuisent avant la fin de la formation, la RFF prend le relais automatiquement, dans la limite de 775,65 € par mois. C’est un point à ne pas négliger dans l’argumentaire de recrutement : pour un candidat hésitant, savoir qu’il ne bascule pas sans revenu change souvent la décision.

Pourquoi la POEI est surtout un outil de recrutement ?

Beaucoup la regardent comme une aide à la formation. En réalité, c’est d’abord un outil de recrutement ciblé. Son intérêt n’est pas de financer une montée en compétences générale, mais de résoudre un écart précis entre un poste ouvert et un candidat presque prêt. C’est beaucoup plus concret qu’une formation « pour voir ».

Le cas des Voyages Arnaud l’illustre bien. Cette entreprise de transport routier indique avoir conclu 33 POEI en 2023 et avoir formé puis recruté 51 personnes via ce dispositif depuis 2020. France Travail met aussi en avant un autre indicateur parlant : plus de 83 % des bénéficiaires étaient encore en poste 6 mois après la fin de la formation. Ce chiffre ne garantit rien dossier par dossier, mais il montre que la logique du dispositif est bien orientée vers l’embauche réelle, pas vers la seule entrée en formation.

Questions fréquentes

Le candidat peut-il demander seul une POEI ?

Non, pas seul jusqu’au bout. Il peut proposer le dispositif à une entreprise et en parler à son conseiller France Travail, mais la demande formelle doit être portée par l’employeur qui prévoit l’embauche. Sans offre d’emploi ni entreprise engagée, la démarche n’aboutit pas.

La POEI remplace-t-elle l’AFPR ?

Oui. France Travail précise que depuis la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023, l’AFPR a été fusionnée avec la POEI. Il ne faut donc plus raisonner avec l’ancienne séparation entre contrats courts et embauches plus durables.

Peut-on faire une POEI pour plusieurs recrutements ?

Oui, une entreprise peut recourir au dispositif pour plusieurs candidats. C’est utile dans les métiers en tension quand plusieurs postes exigent la même montée en compétences. Chaque parcours reste individualisé, avec un dossier et un plan de formation adaptés.

Que se passe-t-il si la formation s’arrête avant la fin ?

Le candidat ou l’employeur peut interrompre la POEI en informant France Travail. En cas d’abandon par le demandeur d’emploi, l’aide est versée au prorata des heures de formation réellement effectuées. La page employeur indique aussi qu’il n’y a pas de pénalité automatique pour le demandeur d’emploi sur ce point.

Y a-t-il une limite au nombre de POEI pour un candidat ?

France Travail indique qu’il n’existe pas de limite réglementaire au nombre de POEI qu’un candidat peut suivre. Chaque nouvelle demande doit simplement remplir les conditions du dispositif. Cela peut arriver lors d’un changement de secteur ou d’un nouveau besoin de compétences avant embauche.

Que se passe-t-il si l’embauche n’a pas lieu après la formation ?

France Travail prévoit un bilan tripartite lorsque l’embauche n’a pas lieu ou intervient dans des conditions moins favorables que celles envisagées. Le rendez-vous associe le candidat, l’entreprise et France Travail. L’objectif est de comprendre la décision, pas de laisser le dossier se refermer sans explication.

Sources

Sources consultées le 21 septembre 2026.

Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.

  1. www.francetravail.fr/employeur/aides-aux-recrutements/les-aides-a-la-formation/la-preparation-operationnelle-a.html
  2. Recrutements réussis grâce à la POEI |France Travail, www.francetravail.fr/employeur/aides-aux-recrutements/les-aides-a-la-formation/page-1.html